
12.23.2007
Germaine

12.19.2007
12.11.2007
Une M16 pour une bibitte (Mon quartier, 8e)
J'ai aiguillonné le focus, roulette par-ci, roulette par-là... l'image pas trop nette s'est éclaircie, assez pour que mon oeil entrevoie l'arrière-plan de ma bibitte : une M16, de tout son long pointée vers le sol, avec en parallèle une botte de soldat et un bout de pantalon de camouflage...
J'ai comme qui dirait bondi comme un léopard... pour me retrouver devant un soldat de la garde présidentielle, tout sourire.
- Je peux prendre la photo pour toi si tu veux...
Excellent français. Et moi de pointer stupidement la bibitte...
- Heu... je... voulais photographier... heu... l'insecte...
- L'insecte ? Ah... pas de problème dans ce cas... tu peux continuer...
Je vous ai dit combien j'aimais mon quartier ?
12.08.2007
Ténèbres enfouies

12.04.2007
Dealing with the enemy (7)
- Pour me faire pardonner tout ca, je t'invite à diner, m'a t-il gentiment proposé hier.
Voilà. Rien à voir bien entendu avec le fait que j'ai refusé de lui dénicher une lettre d'invitation pour le Canada il y a deux semaines...
Pour toute réponse, je lui ai ouvert une conserve de thon à la figure.
On parie que mes ennuis ne sont pas terminés ? Pas grave, moi j'aime le poisson.
11.28.2007
Retrouvailles congolaises!

Sourire satisfait d'une incruste qui croit avoir trouvé la solution à son problème de déménagement sur une ile-miniature : un chalet-bateau.
Mon quartier (acte 6)
Après une absence de trois jours (visiblement remarquée...), je rentre chez moi et me retrouve à nager dans une flaque d'eau, la bouffe du frigo complètement perdue. Le proprio a encore trafficoté avec l'électricité, profitant de mon absence pour économiser sur mon dos... Je sais, il faut toujours rester polie au Rwanda, et prendre de multiples détours pour exprimer sa colère... mais ce coup-ci, ce fut une réaction typiquement canadienne : menace de retrancher une part du loyer, demande de remboursement en règle, gesticulations sans équivoques, gros yeux méchants. Et lui de bafouiller: "je comprends, je comprends". Non, tu ne me comprends pas, bandit de grand chemin : toi, tu as de l'électricité chez toi, et tu me voles allègrement!
11.19.2007
Les joyeuses naufragées


11.12.2007
Justice traditionnelle à l'oeuvre
Vu l'ampleur des crimes de génocide à juger, les autorités rwandaises ont recours à des tribunaux traditionnels, les gacaca, basés sur un principe de "réparation". Le jury, composé de sept membres de la communauté, est appelé à se prononcer sur les exactions perpétrées par le quidam ordinaire (les infractions commises par les dirigeants étant réservées au Tribunal pénal international d'Arusha). Sur cette image, une prévenue du quartier de Nyamirambo à Kigali fait face à ses juges, sous les yeux d'habitants du district. Petites anecdotes : j'ai dû prêter mon crayon au président du jury car il avait oublié le sien. Aussi : notre reporter organisateur nous avait prévenu d'éteindre nos cellulaires, un dérangement de la Cour étant passible de trois mois de prison... il fallait le voir filer quand son propre cellulaire a retenti!Acquittée!

11.06.2007
Scribes en transition -la suite
Le groupe de scribes en transition...Extraterrestre
Ça c'est moi. Hier, le formateur cherchait un cas de légitime défense abusive. J'ai pensé à une claque sur la gueule un peu trop appuyée en réponse à un croc-en-jambe. C'est un militaire burundais qui a répondu à voix haute : « Répondre à un tir au pistolet par une salve de kalachnikov ? Nous, dans l'armée, on appelle ça « attaque avec de la force superflue ». Autres lieux, autres moeurs, autres exemples...
11.04.2007
Des scribes en transition
Le déluge
Le déluge du Saguenay s'est trouvé un rancart. Il pleuvait tellement ce vendredi qu'il était impossible de seulement s'entendre parler à la Maison de la presse... De reconnaître un journaliste burundais :
« Wouah... le toit de tôle pour notre nouvelle salle de conférence, c'était pas l'idée du siècle! »
La langue de bois
« La justice transitionnelle », c'est ce jargon que nos juristes du droit international utilisent pour désigner les procès destinés à juger les exactions de masse. Une langue de bois contagieuse, qui laisse des traces. Pour preuve : cet échange qui a ponctué notre retour en minivan, après une solide journée d'échanges :
La scène : le minivan quitte la Maison de la presse du Burundi, sous le regard de votre Incruste, entourée d'un Burundais et d'un Rwandais.
Incruste- J'aime beaucoup l'ambiance qui règne dans cette maison. C'est bien d'y avoir ouvert un café. (au Rwandais, membre du CA de la Maison de la presse rwandaise) Je vais te taquiner un peu... parce qu'il me semble qu'au Rwanda, on attend toujours l'ouverture d'un tel café...
Journaliste rwandais- Hum... dans un avenir proche, nous allons en ouvrir un... à l'époque, un café existait, mais nous avons connu un peu de... hum... mégestion... nous sommes en période...pour ainsi dire... transitionnelle...
En poussant un peu, il a fini par reconnaître... qu'un ancien gestionnaire s'était poussé en détournant 30 millions de francs rwandais des coffres de l'institution.
Incruste - Heu... la « mégestion », c'est un terme poli! Wouah, on dirait un vrai politicien !
Journaliste rwandais – J'ai sans doute manqué ma vocation !
(À l'instant même, le minivan est solidement mis à l'épreuve par un nid-de-poule)
Journaliste rwandais (moqueur)- Hum...nous appelons cela une route transitionnelle...
Journaliste burundais (piqué sur le vif)- On va rebâtir la route... dans un avenir proche...
Journaliste rwandais- ... à moins de petits problèmes de mégestion...
Incruste (au Burundais)- Bon. Je m'inquiète pour votre Maison de la presse, alors... Voyez, au Rwanda, ils ont des routes magnifiques, mais leur maison de la presse, ouach...
Petits ressacs guerriers
Un journaliste rwandais (à son confrère congolais assied près de lui) - Moi, comme Rwandais, je préfère m'asseoir ici... parce que je vais pouvoir etre intrusif et prendre toute ta place...
Le Congolais- (...)
10.31.2007
Il n'y a plus de service au numéro composé...
Monopole, quand tu nous tiens...
10.29.2007
Un étrange dimanche à la piscine à Kigali
C'est en ces termes que la femme s'est adressée à moi alors que je faisais quelques brasses dans la piscine de l'Hôtel Mille-Collines, tristement célèbre depuis les événements macabres de 1994.
- Et vous, vous êtes... Lucie Pagé!
L'auteure de Mon Afrique et Mes Afriques en personne, amoureuse de l'Afrique du Sud depuis 17 ans, et qui a épousé un chef syndicaliste et militant de première heure contre l'Apartheid. Elle était de passage avec son mari pour assister au sommet Connect Africa. Une belle rencontre, qui allait ravir ce petit dimanche matin... avant que des nuages ne viennent ternir cette douce journée.
Moins de deux heures plus tard, j'étais presque inerte, couchée sur le plancher de la salle de bain de la piscine, devant une amie estomaquée, Andréanne. Le pire était a venir : sitôt sortie, j'ai vomi sur la belle pelouse de l'hôtel, derrière un buisson, alors que des dignitaires faisaient en grandes pompes leur entrée à l'hôtel. Comme quoi il y a des endroits pires que d'autres pour une solide indigestion...
10.22.2007
Je rebâtirai en trois jours...
À Gisenyi, le frère Gabriel, qui vit au Rwanda depuis une trentaine d'années, a cessé d'écouter les nouvelles pour se concentrer sur l'essentiel : la jeunesse de sa bourgade frontalière, voisine du Goma congolais. Des terrains de jeu, un centre culturel, des centres d'alphabétisation comme celui apparaissant sur cette photo, des fours économiseurs d'énergie... rien n'échappe à ce bâtisseur, qui travaille de concert avec des Batwas (pygmées) sans emploi. À trois maisons de chez lui : Goma et la frontière conglaise. À 35 km : des combats qui se rapprochent dangereusement...10.17.2007
Casse-tête congolais
Du grand guignol
(Reuters) - La "jet-setteuse" Paris Hilton, qui a découvert la Bible lors d'un récent séjour en prison, va se rendre au Rwanda dans le cadre d'une mission humanitaire afin, dit-elle, de donner un sens à sa vie. (extrait)
10.09.2007
Une Québécoise en orbite!

10.03.2007
Humour noir
J'étais dans la salle de documentation du Haut conseil de presse, à effectuer une revue de presse. C'est tout ce que cet étudiant a trouvé à dire pour attirer mon attention, après que ses sempiternelles questions de base aient visiblement échoué à me tirer hors de ma lecture. Effet réussi. J'ai fermé mon journal et l'ai regardé:
- Hum... je ne vois pas pourquoi j'irais embêter des gens qui ont assez souffert comme ça. Je sais pas... un village, c'est pas un jardin zoologique quand même!
- Non, non, ya pas de problème! de protester l'étudiant. Ces gens ont besoin de parler!
Au Rwanda, pour appâter un étranger, nul besoin est d'évoquer la musique, la danse et les clubs. Le mot « génocide » habituellement suffit. Un pattern que je juge plutôt pervers, mais qui est nourri par les attitudes de bien des étrangers dont je me demande parfois s'ils ne sont pas à l'affût de sensations fortes. Ce serait arrogant que de m'exclure du lot, remarquez... car il est vrai que la souffrance des autres nous conforte dans notre propre chance.
Au Rwanda, il est une certaine publicisation du génocide, au quotidien. Mon expérience des six derniers mois m'enseigne qu'elle vient rarement des rescapés eux-mêmes qui, s'ils ont peut-être besoin de parler, n'ont pas nécessairement envie de s'épancher devant le premier venu.
Il est quatre souffrances puissantes qui se juxtaposent au Rwanda : la souffrance de ceux qui ont échappé à la mort et qui ont vu leur famille décimée ; la culpabilité des génocidaires ; la souffrance de ceux qui portent l'odieux de leur ethnie alors qu'eux n'ont rien fait ; enfin, la souffrance de la diaspora, que souvent nous oublions. La diaspora, ce sont les Rwandais (majorité tutsie) qui ont vécu toute leur vie durant comme réfugiés dans un pays limitrophe (ou occidental), et qui avaient fui les précédants régimes ethnistes. Ces gens, qui ont souffert de discrimination comme réfugiés, ont après le génocide réintégré le Rwanda, leur Terre promise. Leur contact avec les rescapés n'est pas toujours facile : pendant que les rescapés s'enfoncent dans leurs traumatismes, eux ont la santé morale et physique nécessaire pour cumuler les fonctions professionnelles les plus prestigieuses... et pour assurer la survivance de la mémoire du génocide. Des souffrances terribles, qui parfois s'emboîtent difficilement les unes les autres.
Le Rwanda aujourd'hui est une mosaïque excessivement complexe. Les réfugiés de retour viennent eux-mêmes d'horizons variés : Tanzanie, Ouganda, Congo, Burundi (principales diasporas) et d'ailleurs. Tous ont leur bagage culturel et linguistique. Tous ont vécu un retour unique. Par exemple, c'est la diaspora ougandaise qui a fait et gagné la guerre contre le régime précédant, et qui a une forte infuence aujurd'hui sur l'anglicisation du pays.
Plaques d'immatriculation
J'ai reçu un petit cours de "culture populaire 101". Des étudiants d'université, intrigués par les initiales IT qui se trouvent au début de tous les numéros des plaques d'immatriculation des voitures diplomatiques, ont eu l'idée de leur trouver une signification colorée : Icara Tururye. Ce qui signifie : "s'asseoir, puis manger le Rwanda". Nul besoin de spécifications, je crois...
Les diplos ne sont pas les seuls à subir l'humour local. Avant que des changements administratifs ne viennent changer la donne, les voitures de chacune des différentes agglomérations rwandaises avaient également leurs initiales bien à elles. C'est ainsi que la ville universitaire de Butare, berceau de l'intelligentsia, et dont les initiales étaient CB, s'est vu décerner le qualificatif douteux de "Centre des Bandits".
Mon quartier, prise 5
Hier soir, pas d'électricité et plus de bougies non plus. Ai bouffé des céréales sur le pallier de la porte, jouissant du faible éclairage de la lune. "J'ai de la chance, j'ai encore l'eau", ai-je murmuré, éternelle optimiste devant l'adversité. Au matin, toujours pas d'électricité. Ouvre le robinet. Pas d'eau non plus. Oiseau de malheur...
9.30.2007
Québec-Trois-Rivières
Les frontières sont peut-être poreuses ici, pourtant nulle part ailleurs n'ai-je senti avec plus d'acuité leur présence, et le rampart absolu qu'elles opposent à la souffrance des autres. Faut-il préférer voir siffler les balles ou moisir chez qui appuie sur la détente?
La troisième guerre mondiale, c'est celle du Congo. Les Africains le savent depuis longtemps. C'est un épisode de plus dans un livre qui finira mal. La BBC a commencé à en parler. Mais il faudrait un carnage pour que l'Amérique ne daigne s'y intéresser. Le Darfour occupe toute l'attention et il n'y a pas de place dans les nouvelles pour deux drames africains. Alors celui-ci se joue dans le silence, à coups de trèves violées d'avance.
Pourtant, depuis 10 ans, 4 millions de morts au Congo. C'est dix fois le Darfour.
9.23.2007
Couvrir le Lac Kivu



Tournages éprouvants, qui m'ont fait prendre conscience de la difficile juxtaposition du temps médiatique à l'occidental et du rythme rwandais. Des sources qui demandent de l'argent, des autorités qui font poireauter des heures devant la porte (vive le temps perdu!), la hiérarchie qui jugule jusqu'au travail d'équipe journalistique, le chef ayant toujours le dernier mot... De lancer Marc : « J'imagine mal comment une équipe de Radio-Canada pourrait travailler dans ces conditions! Ça coûterait une fortune! Ce qui prend une journée au Canada en prend trois ici ». Pas surprenant que la nouvelle d'une conférence de presse ne soit publiée que trois jours plus tard, et non instantanément. Et soudain, me voilà qui remets en question certains postulats journalistiques : « Marc, à quoi nous sert cette course contre la montre? Pourquoi vouloir sortir la nouvelle tout de suite? C'est parce qu'au Canada, l'action engendre la réaction. L'immédiateté peut permettre une intervention efficace et rapide. Mais ici, au Rwanda, là où un certain fatalisme règne, à quoi cela sert-il de connaître la nouvelle tout de suite? » Dans un pays où règne la sagesse du présent, demain est un jour lointain. Chaque minute préservée du malheur est une accalmie en soit, non?

Le déclic languagier
9.18.2007
Ces hasards de la vie
Manu avait passé le plus clair de l'année à galérer au Canada avec son sac à dos plutôt qu'à étudier. Après sa maîtrise plus ou moins avortée, il est rentré en France, a décroché un boulot d'ingénieur dans une firme de télécoms, puis s'est mis à s'emmerder littéralement. Nous avons gardé contact, de loin. La semaine dernière, ô surprise, voilà qu'Emmanuel envoie un de ces messages collectifs annonciateurs de grands changements dans une vie:
« Chers amis, je vous annonce que je suis affecté un an à Bukavu ».
Le hic, c'est que Bukavu, dans le Congo voisin, est à 5 heures de bus de Kigali! Une guerre sévit là-bas, d'où la convergence des organisations humanitaires.
« Hé! Nous serons voisins! »
Lui ne me savait pas à Kigali. « Espèce de baroudrice, où est le chum, la tondeuse et la balayeuse? Comment ça se fait? » Lui en avait marre de la stabilité, et travaille désormais pour la Croix-Rouge, cette fois comme ingénieur sans frontière. Pas son premier mandat en Afrique.
Je l'ai mis en garde. Attention, je m'amène!
« Cette fois, on part en randonnée dans les montagnes congolaises, histoire de visiter les innombrables et innomables armées sans frontières qui foulent le terrain! »
Ces sectarismes qui nous unissent
Au Canada, les Témoins de Jéhovah ont jadis fait scandale pour leur refus d'accepter les transfusions sanguines? Soit. Au Rwanda, nos amis de Jéhovah ont soulevé l'ire (et les rires) cette semaine en refusant... de participer à une vaste campagne d'arrosage des maisons à l'insecticide, mesure reconnue efficace pour lutter contre l'Anophèle porteur de malaria.
Réveillez-moi quelqu'un!
9.16.2007
Le relationnel stratégique
Les Rwandais ont horreur du rose
(InfoSud 17/09/2007) (Syfia Grands Lacs/Rwanda)
Le rose, autrefois symbole d'amour et d'amitié, est aujourd'hui une couleur détestée au Rwanda. C'est celle des vêtements des prisonniers, en particulier des accusés de génocide, qui réveille de trop mauvais souvenirs. Plus personne n'ose en porter. Course poursuite effrénée dans la ville de Musanze, au nord du Rwanda. Klaxon en action et phares allumés en pleine journée, un pick-up de la police roule à vive allure pour arrêter une voiture suspecte. À son bord, un jeune homme d'une trentaine d'années, portant une chemise rose. La voiture du pourchassé, Kamanzi, lauréat de l'Université nationale du Rwanda, s'arrête. Comme dans un film d'action américain, trois policiers sautent de leur véhicule et l'encerclent. D'abord menaçants, les hommes en armes finissent par sourire et s'excuser. Alors que Kamanzi reprend sa respiration et cherche à comprendre ce qui lui arrive, les policiers, kalachnikov en mains, lui expliquent : "Nous t'avons vu de loin passer à côté de la prison et avons cru que tu étais un détenu qui nous échappait. Ton pantalon noir nous prouve que tu n'en es pas un." Stupéfait, Kamanzi reprend sa route, regrettant l'argent que sa fiancée a dépensé pour acheter sa belle chemise rose à l'occasion de la soutenance de son mémoire de fin de cycle universitaire. Déçu, Kamanzi n'est pas surpris outre mesure que cette couleur lui attire des ennuis…
La suite : http://www.africatime.com/rwanda/index.asp
Pause-paradis

9.04.2007
Mon quartier, prise IV
Bref, j'ai un peu perdu le fil. Je me demande s'il me faut parler ici d'un quatrième épisode de la série"Mon quartier", ou bien s'il serait préférable que je lance une toute nouvelle émission appelée : "Dealing with the enemy" (seconde partie), encore beaucoup plus tonitruante...
Pour ceux qui se poseraient la question, je cherche encore un moyen de tuer l'animal (car à cette grosseur, on ne parle plus en termes de "bestioles") sans me salir les mains. Un "spray" fera sans doute l'affaire.
Dans des termes plus joyeux, je me suis lancée dans un cours de kinyarwanda avec une Polonaise, un Colombien, une Espagnole, une Allemande, un Anglais et un Kenyan. Appelez cela l"'Auberge espagnole"...
9.02.2007
Dealing with the enemy
8.19.2007




La petite cousine du marié, que j'ai rencontrée lors de sa visite chez mon voisin il y a quelques semaines. Mireille a les traits et la voix qui me font penser à ma cousine Mélanie... Lors du mariage, elle portait la robe traditionnelle rwandaise. Elle me promet de me faire goûter les spécialités rwandaises... à suivre.
8.17.2007
Coup d’Etat
« Les étrangers font beaucoup de cauchemars ici » m’avait dit un jour Christine, chercheure en psychologie dans le domaine du trauma d’après-génocide. Comme je ne me rappelle jamais mes songes, j’avais haussé les épaules. Ai raconté mon rêve de coup d'État à un journaliste. Je n'y pensais plus, mais le lendemain, il est revenu me voir avec une lueur d'inquiétude dans les yeux. "T'arrive-t-il de faire des rêves prémonitoires?" J'ai éclaté de rire et l'ai rassuré à cet effet : "Mes rêves traduisent habituellement mon état d'esprit, et non un État réel".
8.09.2007
Mon quartier (la suite)
J'ai mis au bas mot une heure à expliquer à mon voisin chinois qu'une de mes tantes a adopté trois petites chinoises. Un anglais laborieux. Il était tout content de discuter, son traducteur électronique à la main. <
Chésie
En bon québécois, appelons cela une « run de lait ». Pascale, précieuse compatriote, qui a passé deux ans au Rwanda, n'avait remis une enveloppe à livrer à une amie rwandaise dans le besoin, une femme seule avec deux enfants. Noms de code : « Chésie » et un village « Gatagara ». Mission : trouver! En compagnie d'une jeune stagiaire québécoise, j'ai pris le bus, ai descendu au village puis, au prix de quelques phrases en kyniarwanda, me suis fait conduire en vélo jusqu'à la demeure de la brave femme qui, avenante, gentille et surtout, très émue, nous a accueillies au sein de sa demeure. Une visite essentielle, au coeur du vrai monde, là où les familles vivent à même le sol, sans eau courante, sans électricité, dans des conditions sanitaires précaires, pratiquement sans meuble...où la nourriture se limite à des haricots et des pommes de terre à tous les repas, 7 jours sur 7... Au Canada, même les étables sont mieux étriquées, c'est dire. Pendant ce temps à Kigali, nous, les étrangers, courons les piscines, les restos, les cafés internet, en béate admiration devant le développement vertigineux de la capitale...

8.05.2007
Deux vitesses

S.O.S. génocide


8.03.2007
Ras-le-pompom
Heureusement, ce n'est jamais pour très longtemps. De mauvaises nouvelles en provenance du Canada... un ami proche qui quitte... des embûches... la découverte des stigmates du génocide, qui handicapent les relations humaines... la difficulté de discerner le vrai du faux... et pire... le fait soudainement de ne voir que les faux-semblant...
C'est la faute aux chauve-souris qui habitent sur le terrain de ma maison. Elles piaillent toute la nuit. Je déteste ces bestioles. Quand je me réveille le matin au son de leurs jacasseries, je me sens comme un Joker en face d'une batmobile. Je sens que je suis seule en principe, mais toute solitude est impossible. Il y a toujours quelqu'un à quelque part qui est conscient de notre présence.
7.26.2007
Un premier safari





Mes compatriotes de voyage : des stagiaires québécoises et des religieuses rwandaises, toutes de la communauté des soeurs du Bon-pasteur à Kigali (merci matante Simone...), de même que Umugabo w'umuteetsi, cuisinier de la communauté... qui a juré de mettre sa main dans la gueule d'un crocodile, pour prouver sa virilité. Ah zut, on n'en a même pas vus... peut-être le savait-il?Un voisin de taille
7.13.2007
La bière de banane
Donc... retour en arrière... Vroum.
C'est l'heure du souper, le père Sébastien s'amène avec une bouteille et une fierté non dissimulée.
-Annie, il faut goûter à cette bière locale.
Cela n'est un secret pour personne : je déteste la bière, sous toutes ses formes, fut-elle exotique.
- Père Sébastien, pas question! J'haïs la bière.
- Annie, tu dois goûter.
- Père Sébastien, vous savez combien j'haïs les pois verts. J'ai cessé d'en goûter depuis ma plus tendre enfance car vous savez quoi ? Je les détesterai jusqu'à la fin de mes jours. Et vous savez quoi? Pour la bière, ben c'est pareil.
- Ce n'est pas de la bière ordinaire, c'est de la bière de banane.
- Père Sébastien, même si les pois étaient bleus, je les détesterais pareil.
- Mais vous aimez la banane! Goûtez, je vous dis.
J'ai goûté, c'était infect. Je le savais.
-Ouach, ça goûte le vinaigre! Comment pouvez-vous me faire avaler un poison pareil ?
Cela dit, il semble que les touristes adorent. Et les Rwandais les plus pauvres, qui n'ont pas trop les moyens de faire dans la bière usuelle. J'en profite pour mentionner qu'ici, l'acte de manger n'a rien de très "fashion" : on invite volontiers les amis à boire un verre, mais pas à manger. D'ailleurs, si on ne se cache pas pour manger, il reste que rarement vous ne verrez un Rwandais bouffer un sandwich en pleine rue. Plusieurs aussi ne mangent qu'une fois par jour.
Les pères n'auront plus l'occasion de me faire goûter des spécialités locales, car je les ai quittés, avant qu'ils ne mettent leur menace à exécution : me trouver un mari rwandais. J'ai offert à ma tête de turc favorite (lire : le Père Faustin) de quoi être hanté par moi jusqu'à la fin de ses jours : un petit vase de table québécois Ketto, décoré d'une petite fée blanche.
"Comme ça, vous penserez à moi à chaque repas. Ma petite fée vous aura à l'oeil!"
Il a levé les yeux au ciel. Remarquez, je crois que ma présence a renforcé sa foi...
7.07.2007
J'ai appris à la dure... l'art de la recherche d'un appartement à la rwandaise! Un ami québécois avait un ami qui lui, avait un ami, qui lui avait un pote... au final, on a couru toute la journée, on m'a promis mers et mondes pour un prix raisonnable (lire : non muzungu...) pour finalement aboutir au final dans une piaule ridicule. Le tout m'a coûté la modique somme de 15 dollars US, mais aussi beaucoup beaucoup de temps. « J'en ai marre, la journée est terminée, au revoir et merci ». Ce fut mon soubresaut de colère de fin de journée, quand j'ai fini par renvoyer tout ce beau monde... pour ensuite en rire un coup sous cap. Ai fini par me réfugier chez un (vrai) ami qui m'a gentiment conseillée : « Annie, assume ton état de muzungu, va vivre dans le quartier des ambassades et accepte de payer une fortune ».
6.28.2007
Silence, on tourne
Le local qui s'amène ce jour-là aura le choc de sa vie s'il n'a pas déjà eu vent de la rumeur qui courait dans la ville depuis un bon moment : une équipe de tournage, « une de plus », de dire ironiquement un professeur d'histoire, débarque en ville pour tourner un film portant sur l'Opération turquoise, une opération militaire française controversée menée pendant le génocide. Le quidam qui ne lit pas les journaux (ils sont environ 5% à les lire), ou qui a peu porté attention aux signes avant-coureurs (invitation à un casting pour des figurants un mois plus tôt), aura à tout le moins toutes les chances d'avoir entendu parler de cette visite à la radio ou grâce au bouche-à-oreille qui est d'une efficacité redoutable. « Pourtant, j'ai l'impression que la ville n'était pas préparée à cette venue », de glisser une journaliste.
Savoir ou non, cela ne change pas grand chose. Ce matin-là, les locaux auront leur choc quand même, lorsqu'ils découvriront en déambulant dans la rue, que les anciens camions militaires de la garde d'Habyarimana, datant de la période génocidaire, ont ressucité. « Cela m'a fait très étrange, j'ai eu l'impression d'un retour en arrière. » Le réalisateur, et sa suite, ne restent en ville que le temps d'une journée, pour filmer la scène de l'évacuation controversée d'un orphelinat. Les figurants rwandais recevront un salaire de 4000 francs rwandais pour leur journée de travail (près de 10$ us), ce qui, pour un employé de maison, représente parfois près d'un mois de salaire. « Cela rappelle des souvenirs », de lancer un autre local, « je suis choqué, ça me ramène 13 ans en arrière ». Souvenirs ou pas, ils étaient des centaines à se précipiter au casting un mois auparavant. S'il est un proverbe rwandais qui dit « l'intérieur du ventre, c'est loin », s'agissant de la retenue et des pensées jalousement conservées, il reste que le ventre doit avant tout être nourri, nonobstant les scrupules.
Butare, ville de 100 000 habitants (95 000, recensement 2006), compte 17 000 prisonniers pour crimes de génocide. Dernière préfecture à être touchée par le génocide, elle a aussi été marquée par les plus violentes exactions. Réputée « résistante », elle a vite été investie par les réfugiés tutsis des préfectures environnantes, puis envahie par les miliciens et les militaires génocidaires venus de l'extérieur rappeler leurs concitoyens à leurs devoirs meurtriers. C'est ainsi que la poche de résistance intellectuelle a été réduite à néant. L'arboretum, où j'aime tant à me promener, aura été le théâtre du massacre de centaines d'étudiants. Chaque mercredi matin, pendant les gacaca (tribunaux populaires), les butariens tentent de faire face aux démons du passé, dans une ville où tous, rescapés comme meurtriers, doivent réapprendre à vivre ensemble.
Figurante d'un jour, je joue les journalistes, pendant que de faux militaires embarquent des dizaines d'enfants dans les camions. Je n'ai pas vu le script. Personne ne l'a vu. Mais on saisit le sens de la scène. Les religieuses, des figurantes rwandaises, ont des traits fins, un nez étroit ; les femmes qui sont évacuées un peu plus loin, trapues, le nez très épaté, sont sensées jouer les hutues. Contrairement à la réalité, où le métissage a rendu caduque toute tentative d'identification sur des bases purement physiologiques. Qu'importe, le cinéma ne fait pas dans les nuances. Les enfants, sans doute nés après le génocide, rigolent alors qu'ils sont transportés dans les camions. Le film est une fiction basée sur le témoignage d'un scribe français. Après six heures à répéter la même scène, le dîner est servi aux figurants. Les blancs muzungus dans une salle. Les Rwandais dans l'autre. Le buffet aux blancs. Une boîte à lunch rationnée aux autres. « On ne peut pas leur donner accès au buffet, ils vont faire une montagne de leur assiette ». Cela me dérange, cette séparation. Que représente un buffet sur le total d'un budget gigantesque, pour un tournage qui déplace une montagne entre Kigali, Kibuye, Gikongoro et Butare?
Le soir, je rapporte mon expérience de tournage aux trois Rwandais qui partagent ma maison. Mes interlocuteurs me pressent de questions, je les sens perturbés.
« Comment peuvent-ils, 13 ans après, rendre les mêmes émotions ? » de lancer celui qui, des trois, était présent à Butare pendant le génocide. « Comment peuvent-ils rendre les émotions des enfants qu'on évacue? »
-Les enfants rigolaient, on essayait de leur dire de ne pas faire ça. Mais, je ne sais pas comment ça se passe, dans le cas d'évacuations. Essaie-t-on de préserver leur innocence en relativisant l'affaire, un peu comme le jeu que Roberto Begnini avait inventé pour le petit garçon de La vie est belle ?
- Moi j'étais là, les enfants de cet orphelinat, il avaient perdu leurs parents, tués par des militaires, ils s'étaient réfugiés dans l'arboretum de Butare, ils entendaient des balles siffler constamment, donc ils étaient terrorisés quand ils ont été évacués par les millitaires. Comment pouvaient-ils faire la différence, et comprendre où on les amenait? »
Le silence est lourd. Faut-il mettre un frein à l'art et à la représentation, sachant qu'elle sera plus qu'imparfaite? L'intellectuel du groupe fait la grimace, puis se lance : « Ce qui me dérange, c'est de savoir : peut-on représenter un génocide ? Je crois que ce n'est pas possible ».
En fait, nombre de badauds, venus regarder le tournage, ne comprennent pas. Ils ne saisissent pas la différence entre une fiction et un documentaire. Certains croyaient même, me rapporte-t-on, que les militaires étaient de vrais militaires revenus jouer leur scène. Et eux de s'interroger : pourquoi ne pas demander leur avis aux témoins occulaires encore en vie ? C'est quoi ce film ?
Et moi, de me demander : comment en arrive-t-on à redemander à des acteurs d'un génocide- victimes ou bourreaux- de jouer les figurants dans une version de leur histoire, écrite par des étrangers?
6.22.2007
Scènes de ménage
Les cuisiniers d'abord : ils se relaient aux 15 jours. Joséphine, taciturne, timide et -je le soupçonne- un peu hypocrite et rapporteuse, se montre d'une efficacité digne de mention. Son travail est impeccable, ses petits plats variés et bien parfumés. Le Père Faustin la taquine souvent, et parvient à lui arracher un sourire... mais en même temps, mon intuition féminine me suggère que quelque chose chez elle sonne faux. Sa conscience du travail bien fait en est une naturelle et n'a rien à voir avec quelconque sympatie pour ses patrons...
Emmanuel : quand il a son tour de travail, je me pousse plus souvent qu'autrement. Il est bouffon, gentil, plus souriant, mais il est d'une paresse indélébile : il peut nous servir du boeuf pendant cinq jours consécutifs, sans souci de diversité, sans oublier les petits insectes que nous trouvons parfois dans sa nourriture à lui... Pris en flagrant délit de vol de denrées à quelques reprises, il a été grondé par ses patrons plus souvent qu'à son tour... mais il recommence toujours au bout de deux semaines.
La palme de la paresse revient aux deux veilleurs de nuit qui dorment tout le temps. Comme dirait le Père Caillot, recteur désabusé, « leur présence est symbolique et dissuasive ». Je me demande pour qui. Ils sont tellement invisibles, tapis dans le noir et profondément endormis, que même une armée de guérilleros pourrait envahir la cour sans les voir et sans être inquiétée.
Hier soir, un conduit d'eau a éclaté dans l'appartement du recteur, voisin du mien. L'eau s'est infiltrée sous sa porte, sous le nez du veilleur profondément endormi, que j'ai dû moi-même prévenir. « Ikibazo y'amazi! ». Il a hoché la tête et... est resté assis. Pas dans sa description des tâches, je présume. Emmanuel était en fonction : arg, pas de chance. J'ai couru prévenir le Père Faustin, qui a fini en désespoir de cause par ordonner aux veilleurs de fermer l'eau. Le Père Faustin, furieux, de dire au recteur un peu plus tard: « Tu devrais parler à tes veilleurs! Je me demande sur quoi ils veillent! ».
Moi je le sais : ils veillent sur les aléas et les habitudes de la maison. Les ragots des employés de maison voyagent à la vitesse de la lumière... des employés qui gagnent une bouchée de pain, moins de 20 dollars US par mois, alors qu'un sac de pain coûte 10 sous, mais une carte de téléphone 10$, un livre 10 à 20$... une société à deux vitesses, où tous les biens de la modernité sont au tarif occidental, et sont donc inaccessibles pour la masse. Les maîtres, qui vivent dans une oppulence relative, peuvent se permettre d'embaucher un tas de personnes, chacune pour le prix mensuel de deux cartes de téléphone hebdomadaires. Il et vrai que l'absence d'électroménagers ici rend nécessaire la présence d'employés de maison... mais il reste que les salaires misérables qui sont versés contribuent à laisser une classe dans la pauvreté, de même qu'à attiser les convoitises. Oui, le conflit de classe ici est plus qu'apparent, et se voit au jour le jour...
6.21.2007
Auberge espagnole

Voici les ados que j'ai eu la chance de suivre pendant quelques semaines, moi comme incruste-prof d'espagnol, eux comme étudiants-incrustés. L'année prend fin mais voilà que la demande explose, notamment à l'université nationale. Qui l'eût cru... Cela dit, je ne désire pas poursuivre cette aventure qui me gobe un peu trop de temps, malgré la joie que mes incursions en classe me procurent. Disons que je suis là pour autre chose et que nous sommes vite happés par les demandes ici... Les curieux pourront jeter un oeil sur le blog-journal que nous avons créé ensemble en espagnol :
6.14.2007
Certains le vivent mal
-Je vous le souhaite.
-Mais non! Il ne faut pas le souhaiter! C'est la ré-a-li-té! C'est un miracle!
Il avait le regard mi-fou, mi-enfant. Poliment, j'ai prétexté un rendez-vous pour m'éclipser à ma guise. C'est là qu'il a déconné. D'un ton agressif, il m'a demandé l'heure exacte de mon rendez-vous, comme pour vérifier mes dires.
« Je suis déjà en retard ».
– Quelle heure? a-t-il rugi de nouveau.
Voyant mon exaspération, il a changé de ton. « Non! Non! Ne partez pas! Non! » Il m'a retenue par la manche et un tiers a dû intervenir pour me dégager. Plus tard, ai appris du Père Faustin que cet homme, un ancien professeur en médecine, avait été chassé de l'université des causes d'un important problème d'ivresse. Il revient hanter les lieux du crime et on le tolère à reculons.
La Faculté de médecine a été le théâtre d'un massacre très documenté par Human Rights Watch. Pendant le génocide de 1994, de nombreux tutsis s'y étaient réfugiés avant d'y être découverts, avec les conséquences que l'on connaît. Le pauvre homme est, je le devine, un rescapé meurtri. Triste. Et je comprends mieux après coup son obstination à parler de « miracle ». Peut-être voudrait-il lui-même chercher à en incarner un, et voir ses mauvais souvenirs cesser de le ronger...
6.11.2007
Mes compagnons de voyage

La plage
La croisière s'amuse
En pirogue

















