11.28.2007

Retrouvailles congolaises!

Manu et ses équipiers du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), que je suis allée retrouver à Bukavu, en terre congolaise... Contexte explosif, sécurité maximale, liberté restreinte à des virées en bateau sur le Lac Kivu les jours de congé... Bref, j'ai retrouvé le Manu aventurier que je connais bien pour l'avoir vu à l'oeuvre par grands froids québécois. Il me fallait ma mésaventure : je confirme, je me suis fait arnaquer joyeusement à la frontière par un troupeau de policières pas trop nettes. A Manu qui s'est bien moqué de moi : on en reparlera quand ton employeur te donnera le droit de traverser la frontière. Et vlan...


Sourire satisfait d'une incruste qui croit avoir trouvé la solution à son problème de déménagement sur une ile-miniature : un chalet-bateau.

Mon quartier (acte 6)

Après une absence de trois jours (visiblement remarquée...), je rentre chez moi et me retrouve à nager dans une flaque d'eau, la bouffe du frigo complètement perdue. Le proprio a encore trafficoté avec l'électricité, profitant de mon absence pour économiser sur mon dos... Je sais, il faut toujours rester polie au Rwanda, et prendre de multiples détours pour exprimer sa colère... mais ce coup-ci, ce fut une réaction typiquement canadienne : menace de retrancher une part du loyer, demande de remboursement en règle, gesticulations sans équivoques, gros yeux méchants. Et lui de bafouiller: "je comprends, je comprends". Non, tu ne me comprends pas, bandit de grand chemin : toi, tu as de l'électricité chez toi, et tu me voles allègrement!

11.19.2007

Les joyeuses naufragées



Il fallait un certain culot pour déloger des guerriers à plumes de leur logement de fortune à Kibuye. N'écoutant que leur courage, deux incrustes (Andréanne et moi) ont brandi le spectre de la guerre maritime, remporté le fief, et ainsi pu se porter acquéreur d'une petite île du Kivu, entre le Rwanda et le Congo. Chalet à venir.

11.12.2007

Justice traditionnelle à l'oeuvre

Vu l'ampleur des crimes de génocide à juger, les autorités rwandaises ont recours à des tribunaux traditionnels, les gacaca, basés sur un principe de "réparation". Le jury, composé de sept membres de la communauté, est appelé à se prononcer sur les exactions perpétrées par le quidam ordinaire (les infractions commises par les dirigeants étant réservées au Tribunal pénal international d'Arusha). Sur cette image, une prévenue du quartier de Nyamirambo à Kigali fait face à ses juges, sous les yeux d'habitants du district. Petites anecdotes : j'ai dû prêter mon crayon au président du jury car il avait oublié le sien. Aussi : notre reporter organisateur nous avait prévenu d'éteindre nos cellulaires, un dérangement de la Cour étant passible de trois mois de prison... il fallait le voir filer quand son propre cellulaire a retenti!

Acquittée!


Le président du jury pleurait lorsqu'il a rendu le verdict. Les journalistes aussi. Cette femme hutue, dont le mari tutsi a été tué pendant le génocide, a été trainée devant les tribunaux par sa belle-famille soucieuse de récupérer les biens du mari disparu... On l'accusait d'avoir tué son mari! "On m'a tuée deux fois!", a-t-elle sangloté. "Je suis mère de quatre enfants, je n'ai plus de mari, on me persécute". Cette fois, après maints procès, la cour d'appel la relaxe, et elle pourra retrouver la sérénité auprès des siens.

11.06.2007

Scribes en transition -la suite

Le groupe de scribes en transition...

Les clubs de randonnée en montagne foisonnent en Occident ? Au Burundi, la version-maison de ces clubs a ses carastéristiques heu... pour le moins... originales. D'abord, il faut spécifier que des tensions armées subsistent entre le gouvernement et un mouvement hutu de libération (FLN). Or, ce sont les bourgeois tutsis qui raffolent de la rando... laquelle se pratique tout naturellement dans la montagne, lieu de prédilection des maquisards. Nos amoureux de la nature n'ont alors d'autre choix que de monnayer grassement leur passage... de fait, ils se trouvent à alimenter une guérilla qui lutte contre leurs intérêts! Morale de cette histoire, dixit un reporter local : «Faut oublier les guerres idéologiques. C'est devenu un mythe. Rien ne pèse plus lourd que les intérêts persos des chefs de guerre! »

Extraterrestre

Ça c'est moi. Hier, le formateur cherchait un cas de légitime défense abusive. J'ai pensé à une claque sur la gueule un peu trop appuyée en réponse à un croc-en-jambe. C'est un militaire burundais qui a répondu à voix haute : « Répondre à un tir au pistolet par une salve de kalachnikov ? Nous, dans l'armée, on appelle ça « attaque avec de la force superflue ». Autres lieux, autres moeurs, autres exemples...

11.04.2007

Des scribes en transition

De retour à Bujumbura, le temps d'assister à un séminaire sur la justice post-conflit, en compagnie de journalistes rwandais, burundais et congolais. L'Agence Hirondelle d'Arusha (qui couvre les procès du Tribunal pénal international du Rwanda), de concert avec la Maison de la presse du Burundi, sont les hôtes de cette formation riche en débats et anecdotes…

Le déluge

Le déluge du Saguenay s'est trouvé un rancart. Il pleuvait tellement ce vendredi qu'il était impossible de seulement s'entendre parler à la Maison de la presse... De reconnaître un journaliste burundais :

« Wouah... le toit de tôle pour notre nouvelle salle de conférence, c'était pas l'idée du siècle! »

La langue de bois

« La justice transitionnelle », c'est ce jargon que nos juristes du droit international utilisent pour désigner les procès destinés à juger les exactions de masse. Une langue de bois contagieuse, qui laisse des traces. Pour preuve : cet échange qui a ponctué notre retour en minivan, après une solide journée d'échanges :

La scène : le minivan quitte la Maison de la presse du Burundi, sous le regard de votre Incruste, entourée d'un Burundais et d'un Rwandais.

Incruste- J'aime beaucoup l'ambiance qui règne dans cette maison. C'est bien d'y avoir ouvert un café. (au Rwandais, membre du CA de la Maison de la presse rwandaise) Je vais te taquiner un peu... parce qu'il me semble qu'au Rwanda, on attend toujours l'ouverture d'un tel café...

Journaliste rwandais- Hum... dans un avenir proche, nous allons en ouvrir un... à l'époque, un café existait, mais nous avons connu un peu de... hum... mégestion... nous sommes en période...pour ainsi dire... transitionnelle...

En poussant un peu, il a fini par reconnaître... qu'un ancien gestionnaire s'était poussé en détournant 30 millions de francs rwandais des coffres de l'institution.

Incruste - Heu... la « mégestion », c'est un terme poli! Wouah, on dirait un vrai politicien !

Journaliste rwandais – J'ai sans doute manqué ma vocation !

(À l'instant même, le minivan est solidement mis à l'épreuve par un nid-de-poule)

Journaliste rwandais (moqueur)- Hum...nous appelons cela une route transitionnelle...

Journaliste burundais (piqué sur le vif)- On va rebâtir la route... dans un avenir proche...

Journaliste rwandais- ... à moins de petits problèmes de mégestion...

Incruste (au Burundais)- Bon. Je m'inquiète pour votre Maison de la presse, alors... Voyez, au Rwanda, ils ont des routes magnifiques, mais leur maison de la presse, ouach...

Petits ressacs guerriers

Un journaliste rwandais (à son confrère congolais assied près de lui) - Moi, comme Rwandais, je préfère m'asseoir ici... parce que je vais pouvoir etre intrusif et prendre toute ta place...

Le Congolais- (...)