10.31.2007

Il n'y a plus de service au numéro composé...

Alors que le sommet Connect to Africa bat son plein à Kigali, en présence de la crème diplomatique, un mot sur les communications sans fil : vu la rareté des téléphones fixes, le cellulaire est le salut quotidien du bipède au Rwanda. Pourtant, il en coûte 5000 francs rwandais (10$) pour une carte de téléphone, pour appels locaux SVP, carte qui fond dans le temps de le dire. Un exemple ? Parler 5 minutes, c'est se faire débiter de 1000 balles, un peu comme s'il fallait débourser 2 dollars pour loger un court appel de Québec à... Québec. A ce prix-là, il m'en coûte moins cher de parler par skype pendant une heure de Kigali au Canada... Corollaire de cet état de fait pour le moins exhorbitant : le phénomène du 'Bip', qui en révèle beaucoup sur la perception de la richesse d'autrui. Définition-maison de l'art du bip : une personne qui se croit moins fortunée loge un appel éclair à un Autre jugé plus riche ; elle raccroche sans avoir parlé ni s'être annoncée, espérant que cet Autre la rappellera et endossera les frais de la communication... Forme abusive : ce dimanche, un inconnu que je n'ai pas daigné rappeler m'a bippé 15 fois. Ici, on parle d'un bip-bip-bip-bip-bip-bip.
Monopole, quand tu nous tiens...

10.29.2007

Un étrange dimanche à la piscine à Kigali

- Vous êtes Québécoise!

C'est en ces termes que la femme s'est adressée à moi alors que je faisais quelques brasses dans la piscine de l'Hôtel Mille-Collines, tristement célèbre depuis les événements macabres de 1994.

- Et vous, vous êtes... Lucie Pagé!

L'auteure de Mon Afrique et Mes Afriques en personne, amoureuse de l'Afrique du Sud depuis 17 ans, et qui a épousé un chef syndicaliste et militant de première heure contre l'Apartheid. Elle était de passage avec son mari pour assister au sommet Connect Africa. Une belle rencontre, qui allait ravir ce petit dimanche matin... avant que des nuages ne viennent ternir cette douce journée.

Moins de deux heures plus tard, j'étais presque inerte, couchée sur le plancher de la salle de bain de la piscine, devant une amie estomaquée, Andréanne. Le pire était a venir : sitôt sortie, j'ai vomi sur la belle pelouse de l'hôtel, derrière un buisson, alors que des dignitaires faisaient en grandes pompes leur entrée à l'hôtel. Comme quoi il y a des endroits pires que d'autres pour une solide indigestion...

10.22.2007

Je rebâtirai en trois jours...

À Gisenyi, le frère Gabriel, qui vit au Rwanda depuis une trentaine d'années, a cessé d'écouter les nouvelles pour se concentrer sur l'essentiel : la jeunesse de sa bourgade frontalière, voisine du Goma congolais. Des terrains de jeu, un centre culturel, des centres d'alphabétisation comme celui apparaissant sur cette photo, des fours économiseurs d'énergie... rien n'échappe à ce bâtisseur, qui travaille de concert avec des Batwas (pygmées) sans emploi. À trois maisons de chez lui : Goma et la frontière conglaise. À 35 km : des combats qui se rapprochent dangereusement...


10.17.2007

Casse-tête congolais

Cette semaine, des Congolais du Nord-Kivu ont manifesté leur hargne lors d'un rassemblement populaire. La cible : la Monuc (Mission des Nations-Unies au Congo), accusée par les manifestants de soutenir le rebelle tutsi Laurent Nkunda, qui lui est accusé d'avoir le soutien du régime rwandais... qui lui dément son implication... tout en reconnaissant les efforts du rebelle dans la lutte au FDRL, constitué d'anciens génocidaires hutus rwandais réfugiés au Congo... Ce FDRL... qui lui aurait l'appui de l'armée congolaise. Tout ce beau monde retient son souffle, alors qu'un inième cessez-le-feu vient d'être violé...

Du grand guignol

(Reuters) - La "jet-setteuse" Paris Hilton, qui a découvert la Bible lors d'un récent séjour en prison, va se rendre au Rwanda dans le cadre d'une mission humanitaire afin, dit-elle, de donner un sens à sa vie. (extrait)

10.09.2007

Une Québécoise en orbite!


Certaines compatriotes adoptent le Rwanda, et ne repartent plus! Mon amie Marieve a rencontré Olivier il y a trois ans alors qu'elle travaillait dans une ONG destinée aux enfants de la rue. Ils ont convolé en justes noces ce samedi, en présence de votre incruste. Particularité locale : pas de serment la main posée sur la bible... mais bien en tenant le drapeau rwandais.

Une demoiselle d'honneur belle comme un coeur... si photogénique en plus !

10.03.2007

Humour noir

« Un jour, je vais t'amener dans un village de rescapés du génocide ».

J'étais dans la salle de documentation du Haut conseil de presse, à effectuer une revue de presse. C'est tout ce que cet étudiant a trouvé à dire pour attirer mon attention, après que ses sempiternelles questions de base aient visiblement échoué à me tirer hors de ma lecture. Effet réussi. J'ai fermé mon journal et l'ai regardé:
- Hum... je ne vois pas pourquoi j'irais embêter des gens qui ont assez souffert comme ça. Je sais pas... un village, c'est pas un jardin zoologique quand même!
- Non, non, ya pas de problème! de protester l'étudiant. Ces gens ont besoin de parler!

Au Rwanda, pour appâter un étranger, nul besoin est d'évoquer la musique, la danse et les clubs. Le mot « génocide » habituellement suffit. Un pattern que je juge plutôt pervers, mais qui est nourri par les attitudes de bien des étrangers dont je me demande parfois s'ils ne sont pas à l'affût de sensations fortes. Ce serait arrogant que de m'exclure du lot, remarquez... car il est vrai que la souffrance des autres nous conforte dans notre propre chance.

Au Rwanda, il est une certaine publicisation du génocide, au quotidien. Mon expérience des six derniers mois m'enseigne qu'elle vient rarement des rescapés eux-mêmes qui, s'ils ont peut-être besoin de parler, n'ont pas nécessairement envie de s'épancher devant le premier venu.

Il est quatre souffrances puissantes qui se juxtaposent au Rwanda : la souffrance de ceux qui ont échappé à la mort et qui ont vu leur famille décimée ; la culpabilité des génocidaires ; la souffrance de ceux qui portent l'odieux de leur ethnie alors qu'eux n'ont rien fait ; enfin, la souffrance de la diaspora, que souvent nous oublions. La diaspora, ce sont les Rwandais (majorité tutsie) qui ont vécu toute leur vie durant comme réfugiés dans un pays limitrophe (ou occidental), et qui avaient fui les précédants régimes ethnistes. Ces gens, qui ont souffert de discrimination comme réfugiés, ont après le génocide réintégré le Rwanda, leur Terre promise. Leur contact avec les rescapés n'est pas toujours facile : pendant que les rescapés s'enfoncent dans leurs traumatismes, eux ont la santé morale et physique nécessaire pour cumuler les fonctions professionnelles les plus prestigieuses... et pour assurer la survivance de la mémoire du génocide. Des souffrances terribles, qui parfois s'emboîtent difficilement les unes les autres.

Le Rwanda aujourd'hui est une mosaïque excessivement complexe. Les réfugiés de retour viennent eux-mêmes d'horizons variés : Tanzanie, Ouganda, Congo, Burundi (principales diasporas) et d'ailleurs. Tous ont leur bagage culturel et linguistique. Tous ont vécu un retour unique. Par exemple, c'est la diaspora ougandaise qui a fait et gagné la guerre contre le régime précédant, et qui a une forte infuence aujurd'hui sur l'anglicisation du pays.

Plaques d'immatriculation

J'ai reçu un petit cours de "culture populaire 101". Des étudiants d'université, intrigués par les initiales IT qui se trouvent au début de tous les numéros des plaques d'immatriculation des voitures diplomatiques, ont eu l'idée de leur trouver une signification colorée : Icara Tururye. Ce qui signifie : "s'asseoir, puis manger le Rwanda". Nul besoin de spécifications, je crois...

Les diplos ne sont pas les seuls à subir l'humour local. Avant que des changements administratifs ne viennent changer la donne, les voitures de chacune des différentes agglomérations rwandaises avaient également leurs initiales bien à elles. C'est ainsi que la ville universitaire de Butare, berceau de l'intelligentsia, et dont les initiales étaient CB, s'est vu décerner le qualificatif douteux de "Centre des Bandits".

Mon quartier, prise 5

Hier soir, pas d'électricité et plus de bougies non plus. Ai bouffé des céréales sur le pallier de la porte, jouissant du faible éclairage de la lune. "J'ai de la chance, j'ai encore l'eau", ai-je murmuré, éternelle optimiste devant l'adversité. Au matin, toujours pas d'électricité. Ouvre le robinet. Pas d'eau non plus. Oiseau de malheur...