5.26.2007

Ces prisons qui sont les nôtres

Chaque mardi matin, une colonne de femmes, marchant pieds nus pour la plupart et portant des paniers sur la tête, défilent devant la maison. Ce sont les femmes des prisonniers condamnés pour crimes de génocide à qui elles vont porter les vivres hebdomadaires. Ici, les prisonniers sont aux champs, relégués aux travaux agricoles. On les reconnaît à leur habit de coton rose, si caractéristique, si reconnaissable à mille lieues à la ronde qu'il rend toute fuite improbable. Pour les familles, souvent rurales et pauvres, c'est une misère de plus.

Dans chaque commune rwandaise, il est un jour de Gacaca, une fois la semaine. Le Gacaca, c'est un tribunal populaire, moyen original trouvé pour désengorger les prisons. Les présumés génocidaires y confrontent les familles de leurs victimes, pour une ultime confession. C'est le moment de demander pardon et d'offrir réparation, pour par la suite avoir la chance de réintégrer la communauté. L'innocence est un problème : au risque de se parjurer, comment ne pas céder à la tentation de révéler ce que l'autre veut entendre ? La culpabilité est aussi un problème : quelle juste réparation correspond à une famille décimée ? Je n'y suis pas encore allée. Je peux. Faut demander la permission. Mais je ne suis pas pressée de succomber à ce voyeurisme.

La justice n'est pas chose aisée. Nulle part ailleurs est-on en présence d'un pays où tous, rescapés comme coupables de massacres, doivent apprendre à cohabiter. Il y a eu tellement de massacres ici (plus d'un million, selon les estimations) qu'il serait difficile d'envisager une peine pour tout meurtrier. La réalité, à multi-facettes, est elle-même d'une telle complexité!

Avec le temps, je me rends compte de la sottise occidentale. Où a-t-on attrapé cette maladie de la catégorisation facile ? Où a-t-on acquis ce réflexe de classifier les Rwandais en deux clans : les tutsis/hutus, les victimes/coupables? Où a-t-on acquis ce sentiment de supériorité insufflé par une pseudo-modernité ? Jamais de ma courte vie n'ai-je ressenti cette impression si aiguë d'être complètement déjouée par mon ignorance. Dans ce pays empli de pièges, l'on ne fait pas de quartier de la naïve ignorance. On en joue avec dextérité, virtuosité même. On l'utilise, on la façonne, on s'en sert comme d'un miroir pour se façonner une image.

Bujumbura

La capitale du Burundi. Ça sonne joyeux non ? C'est la fête là-bas, une vraie ville africaine, chaleureuse. J'y serai pour une semaine (2-10 juin), ce qui correspond à une relaxe des cours. J'accompagne Alyce, amie journaliste, qui va y animer une émission de radio. Une semaine de plage, de pirogue, de musique et de bla-bla-bla. J'ai besoin de changer un peu de décor. J'ai surtout besoin de renouveller mon visa à la frontière, à quelques semaines de mon trois mois de grâce.

Un lundi au boulot à Kigali

Être Rwandaise mais n'avoir jamais vécu au Rwanda... Quitter Montréal pour joindre l'Université nationale du Rwanda, de même qu'une radio locale, le temps de retouver ses racines... C'est là le choix audacieux qu'a fait Alyce, animatrice-journaliste, au sortir de ses études de science politique à l'UQAM. Petite histoire d'un grand retour...

La semaine a été rude pour Alyce. Après avoir animé une tribune publique sur les ondes de City Radio, elle a passé les trois derniers jours à négocier les thèmes des prochaines émissions avec le reste de l'équipe de Génération Grands Lacs, une production hebdomadaire unissant des jeunes du Congo, du Rwanda et du Burundi autour d'un grand projet : penser une paix durable dans une région décimée par des conflits contagieux. Alyce a dû sécher ses cours de journalisme pour en arriver à tout faire. "Je suis un bourreau de travail". Quitte à hâter le pas... "On me reproche de marcher trop vite. C'est perçu comme une offense ici. Mais on me pardonne ce petit côté canadien".

Alyce a passé la majeure partie de sa vie à suivre ses parents fonctionnaires internationaux un peu partout autour du globe, avant de s'installer au Canada en l'an 2000. L'an passé, elle s'amène pour de premières vacances rwandaises, dans un pays qu'elle sait encore hanté par le génocide de 1994. "J'avais en tête les mêmes images que les occidentaux, je m'attendais à rencontrer des personnes traumatisées, à voir de la destruction partout. J'ai eu un choc quand j'ai vu les gens rire!" L'université nationale offrait un programme de journalisme novateur, en coopération avec des journalistes canadiens. Tentée par l'aventure, Alyce a adopté sa patrie pour trois ans. Elle n'a pas tardé à joindre Radio Salus, une jeune radio en pleine effervescence appuyée par l'UNESCO, et qui est l'une des quatre radios participantes au projet Génération Grands Lacs. Un média dans l'air du temps : de nombreux donateurs internationaux investissent dans la mise sur pied de médias de paix, après le choc causé par la condamnation de journalistes pour incitation au génocide. Les besoins en journalisme sont tels que le pays n'hésite pas à faire appel aux jeunes.

"Les jeunes de l'extérieur sont ceux qui poussent le plus pour changer le visage du pays. Ils revendiquent encore plus leur appartenance rwandaise, je dirais!" Mais le contact entre la diaspora de retour et les locaux ne va pas toujours de soi. "Les gens de l'extérieur ont parfois mauvaise image, soupire Alyce, ce n'est pas toujours rose, mais ça valait la peine de venir. Beaucoup de projets lancés ici seraient extraordinaires s'ils pouvaient compter sur des gens compétents". La compétence, elle est bien en voie de création, témoin cette ruée locale vers les études. Mais encore faut-il combler les besoins immédiats.

"Ce qui m'a fait déchanter au bout d'un an, c'est le manque d'ouverture d'esprit, comme si l'ouverture sur le monde était strictement liée aux investissements récoltés. Il faut changer les mentalités aussi : le premier truc qui m'a frappée, c'est l'autocensure". Les tabous sont nombreux au Rwanda : émancipation des femmes, politique, ethnicité, sexualité, sans oublier l'homosexualité, soit le sujet qu'Alyce a choisi pour son premier article de journal à l'université! "Je ne pensais pas qu'il finirait par être publié! Il a fallu pour ça l'intervention du rédacteur en chef" se remémore-t-elle. Mais son profil de pigeon voyageur sied bien au milieu journalistique, très prisé par les enfants de la diaspora qui en viennent à penser "global", en fonction d'un auditoire éclaté.

"Beaucoup de jeunes se demandent ce que je fais ici. J'avais besoin de savoir où étaient mes racines. Oui, j'ai rencontré des difficultés, mais j'ai énormément appris sur moi-même. Je n'ai fait que ça!"

Apprendre, c'est aussi découvrir que la souffrance départage. L'étranger, même rwandais, ne porte pas les stigmates de ceux qui ont connu la réalité du génocide. Est-ce pour cela que les locaux donnent des sobriquets aux gens de la diaspora, se qualifiant eux-mêmes de "soaps" comme autant de terrains glissants?

Alyce ne sait pas. Pas encore. Elle poursuit son apprentissage. "Comme je viens d'un peu partout, on ne m'a pas encore trouvé de surnom!"

5.23.2007

Ce qui me surprend (encore) du Rwanda

Les hommes qui se promènent main dans la main

Les taxis-moto et taxis-vélo : leur nom l'indique, on embarque, on met son casque, et on part. Surprenant : certaines femmes qui s'assoient en amazone, d'autres qui s'assoient derrière, portant elles-mêmes un bébé dans leur dos. À déconseiller un jour de pluie!

Les humeurs du temps : une pluie inattendue qui arracherait un flanc de sa montagne. Puis, du jour au lendemain, le beau temps et la chaleur qui s'incrustent. Le temps sec est arrivé...

Frérôt : il épluche sa banane comme le ferait un être humain. En plus, il tente d'intimider en faisant de vraies grimaces. Quand un singe scrute notre visage, on a un peu l'impression de se regarder dans une glace.

L'habileté : à chaque fois, je suis impressionnée. Ici, on maîtrise à la perfection l'art de parler de A+B=C, sans ne jamais mentionner l'existence du C. J'appelle cela de la rhétorique auto-contrôlée.

Les bibittes : c'est moi qui rêve ou bien elles sont de plus en plus grosses au fur et à mesure que la saison s'achève ? Hier, ai trouvé une sauterelle qui n'aurait jamais mais alors jamais pu rentrer dans la paume de ma main. Disons que c'eut été difficile de ne pas la voir...

Les tites-bibittes : elles ne sont pas en reste. Une prof cette semaine affichait une plaie béante de la grosseur d'une tangerine dans le creux du cou. J'ai d'abord cru à un coup de soleil au deuxième degré. Erreur : il s'agissait d'un insecte minuscule et jaune, qui dégage un puissant acide sur la peau si on ose seulement l'écraser...

Le casting : votre incruste qui tiendra un double rôle dans un film français - infirmière militaire et religieuse belge!

Sens de l'humour des pères-colocs : par accident, j'en ai baptisé un « umuuntu mubi », qui signifie littéralement « être humain vil, laid et désagréable ». Il a tellement trouvé ça drôle qu'il a demandé un copyright là-dessus. C'est pas moi qui allait lui refuser ce monopole...

5.21.2007

Gais lurons


Un souper a Kigali avec Christine et Alyce, ou la rencontre du Canada, du Rwanda et de la Belgique. Une bouffe ordinaire et longtemps attendue, mais une compagnie

extraordinaire. Alyce coanime un radiojournal pour les jeunes de la region des grands lacs.

Une amie qui part...


Derniere image de Christine, doctorante belge en psychologie repartie chez elle. Une amitie qui va me manquer. Qui pourra me corrompre maintenant et me distraire de mon travail ?

Photojournalistes en cavale

Nyungwe recevait la visite de jeunes journalistes, incruste y comprise. Mon defi personnel : capturer un petit singe... pour une fois!

Enfin j'en ai un!!!


Un cadeau pour Andreanne... baptise Jack Ouistiti!

5.16.2007

Débrouillez-vous!

Intéressante est la perception qu'ont les Rwandais de leurs voisins immédiats, à commencer par le Congo. Après un séjour-éclair à Cyangugu (prononcer Tchangougou) en compagnie de Florent, agronome français et Vieux-du-village, son collègue rwandais reconnu pour sa sagesse, je dois dire que mon imagination est plus que stimulée. Vieux-du-village a passé 30 ans au Congo, c'est une source fiable, et les histoires qu'il m'a racontées ont été dûment approuvées par mes colocs curés. Voici en primeur les idées reçues sur le Congo :
« C'est l'anarchie totale et la fête en permanence »
« Ils mangent tout tout tout : insectes, serpents, animaux variés, plantes »
« Tout moyen est bon pour extorquer de l'argent. Même demander le baptistère des passants... pour leur imposer des amendes comme ils ne le portent avec eux! »

Au Rwanda, circule une légende urbaine : on fait référence à « l'article 15 du Congo », qui signifie « débrouille-toi comme tu peux ». Mobutu avait, un jour, décrété que les fonctionnaires coûtaient trop cher à l'État. De fait, il a décidé d'abolir les fonctionnaires et de les remplacer par... l'esprit d'initiative des habitants. « Débrouillez-vous! »

On raconte aussi qu'en période d'inflation galopante, les habitants devaient se promener avec des valises d'argent pour seulement acheter un pain, comme l'argent ne valait plus rien. Et le président, de déclarer fièrement : « Les Congolais deviendront tous millionnaires! »

Autre phrase demeurée célèbre : « Nos habitants ont un fusil et leur débrouillardise. Ils n'ont besoin de rien d'autre! »

On comprendra que pour nos Rwandais « flegmatiques », dixit père Faustin, le tout tient du Far West. Étrangement, des scènes qui me rappelle le Guatemala de 1997 tiens...

Cela dit, Georges, toujours partant pour une affectation au Congo?

Incruste prof de lycée!

Lors d'un voyage de 2 heures entre Kigali et Butare, j'ai eu le loisir de discuter en espagnol avec une soeur de Madrid. J'étais cuite. En arrière de nous, le directeur du département de journalisme de l'université et membre du comité de parent du Lycée international local nous écoutait religieusement, ébauchant quelque plan machiavélique.

Par un tournemain inexplicable, j'étais deux jours plus tard professeure d'espagnol d'une classe d'ados, pour une période de deux mois. Le comité de parents était au désespoir, dans l'incapacité de trouver un prof parlant à la fois français et espagnol. Et comme je suis incapable de dire non...
J'ai eu mon premier cours ce matin. Des étudiants disciplinés, polis, respectueux, gentils, qui vouvoient leur prof... wow.

Nyungwé

Ah, la forêt, ce qu'elle me manquait! Hier, j'ai accompagné une classe de photojournalisme à Nyungwé pour une longue randonnée parmi les singes et les arbres tropicaux. Magnifique. Faits saillants : la performance de Carine, étudiante un peu fièrepette qui s'est pointée en talons hauts et qui a réussi à compléter la rando de 4 heures sans se plaindre. Je confirme : chaussures encore vivantes.

Autre fait saillant : au retour, avons cueilli un autostoppeur, en fait un jeune militaire. Le jeune s'est assied sans prononcer un mot ni broncher. Ai demandé aux étudiants à la blague si je pouvais lui demander son nom et son emploi du temps dans la forêt et lui emprunter sa mitraillette pour maintenir fermée la porte du bus qui ne cessait de s'ouvrir toute grande au moindre virage. Vous avez déjà vu un Rwandais pâlir ?

Cela dit, les étudiants y sont allés d'une bonne blague : ils ont commencé à entamer une chanson de soldats. Réaction du militaire : pas un son, pas un geste. De m'expliquer en riant un étudiant : « Bah, il faut l'excuser, c'était une chanson de l'ancien régime... »

Moi j'mange

Je vais paraphraser le Wally Waller : Merci Cipro, merci.
Pour les néophytes : cipro est un antibiotique anti-turista efficace, vraiment...

5.10.2007

Moi j'mange pus!

Une librairie vide. Pas de carte de crédit, donc pas de possibilité de commander un bouquin par internet. Pouvez-vous bien m'expliquer alors de quelle manière un étudiant rwandais normalement constitué peut-il bien diversifier ses sources ?

J'ai tout le loisir de trouver une réponse, puisque je suis vouée a l'inactivité depuis deux jours. Mouais, une premiere turista, le corps qui devient un tube. Ou si vous préférez, l'application littérale du principe physique : tout ce qui rentre doit ressortir. Sauf que dans mon cas, c'est du directif : allez en prison, mais ne passez pas par go et ne réclamez pas 200. Pas grave, je dois dire que tous les expatriés ont attrapé une maladie cette semaine, qui va de la grippe a la malaria. Je dois donc me compter chanceuse.

Quand j'aurai davantage de "lattitude", j'enverrai des photos de mon court séjour au lac Kivu, a la lisiere du Congo.

5.04.2007



Un petit ami dans mon lit

Tout est question de perception, n'est-ce pas? Ce qui, pour certains, relève du film d'horreur peut être une pure merveille pour d'autres...
Je suis couchée à plat ventre dans mon lit, par une (rare) soirée fraîche, à lire bien tranquillement, emmitouflée sous les couvertures, quand soudainement, je sens une subtile pression sur ma cuisse, puis sur ma fesse, un peu comme une main caressante.
Première réaction : « Je rêve »!
Deuxième réaction : reprise de la lecture.
Riposte : la caresse se déplace dans l'entrecuisse. Alors là, voum, je sursaute, et je pense au pire : une coquerelle! Un, deux, trois, go, on se retourne abruptement et on lève les couvertures!
Première réaction : « Arrrrrrrrrrg !»
Deuxième réaction : « Cute!!!!!!!! »
Un bébé lézard, de ceux que je tente en vain d'attraper depuis un mois, repose tout doucement sur ma cuisse, à la recherche de chaleur et sans doute de sa maman. En un tournemain, l'animal se retrouve au creux de mes paumes. Mon dégoût des insectes n'a d'égal que ma totale dévotion pour les reptiles, serpents exceptés.
Depuis, Muslix s'est de nouveau volatilisé. N'en déplaise, voilà un épisode de plus au feuilleton « Annie et les animaux ». Les colocs-curés avaient parié que jamais, je ne réussirais ne serait-ce qu'à effleurer une de ces bestioles...

Une langue mordante

Si j'apprends le kinyarwanda, c'est non seulement pour communiquer, faciliter les contacts et montrer de la bonne volonté, mais également pour ouvrir une porte vers une cosmologie jusque-là inconnue. Parce que oui, une langue en dit long sur l'imaginaire du parlant, n'est-ce pas ?
Prenez les saluations, par exemple. Au matin, plutôt que le « bonjour » français, les Rwandais se souhaitent : « Mwaramutse » ce qui, intégralement, signifie : « Vous avez survécu à la nuit ». Après une longue absence, l'on dira à un ami : « muraho », ce qui veut dire : « vous existez! (encore) ». Avant d'aller dormir, on se souhaitera également de survivre à la nuit (muramuke). Ce qui en dit long sur la vison « au jour le jour » de la vie rwandaise, où chaque jour est une nouvelle victoire sur la mort, et où l'espérance de vie ne dépasse pas les 48 ans...

5.01.2007

Une Pentecôte à remonter

L'expérience aurait pu s'intituler « Borat chez les prédicateurs rwandais »... parce que oui, je me suis enfin décidée à assister à une messe pentecôtiste, dans la pure tradition des preachers américains. Une cérémonie de trois heures, s'il vous plaît, en Kyniarwanda-français. Ayoye. C'est Christine, doctorante belge en psychologie, qui m'a entraînée dans le vice, au grand amusement de mes colocs curés catholiques. Une incruste-convertie? Que non! Le pentecôtisme est un phénomène de société extrêmement révélateur des états d'âmes post-génocidaires, et c'est par souci de le comprendre que j'ai sacrifié mon dimanche matin.

Nous avons eu droit à une heure de chants, de danse, de prière et de transes, puis à deux heures de sermont, dont une heure complète consacrée au thème « il faut donner plus d'argent à l'église ». Il fallait voir la prédicatrice gesticuler, interpeller les gens : « vous avez deux billets dans votre porte-feuille, un de 100 et un de 1000 francs. Pourquoi avez-vous le réflexe de donner le 100 à l'église? Moi, je vous le dis, ceux qui donnent peu méritent peu ». Et moi, de glisser à l'oreille de Christine : « Muzungu, prépare-toi à cracher le magot, sinon on va se faire lyncher par Madame ». Et la prédicatrice de renchérir : « Il y a des gens qui préfèrent acheter des rideaux neufs plutôt que de donner à leur église! Il y a des gens qui, sous prétexte d'être pauvres, ne donnent presque pas. Moi, je vous le dis, les pauvres qui ne donnent pas, hé bien ils ne donneront pas davantage quand ils seront riches ».

Facile à dire... à des familles qui doivent bien souvent se contenter de bouffer des pommes de terre à tous les repas, faute de billets verts. Évidemment, Christine et moi avons vite été repérées par une « responsable du protocole » qui est venue se glisser entre nous deux pour s'assurer que le message divin était bien compris. « Nous avons besoin de 10 000 francs pour recevoir une chorale burundaise. Que les volontaires se lèvent et viennent porter de l'argent dans le panier ». La quête venait de passer, et les bizungu-visages-pâles avaient largement fait leur part. Nous sommes donc restées assises alors que la moitié des familles, pressées par les regards, se levaient. Il me semble avoir vu Miss protocole sourciller, mais je ne saurais lui prêter de mauvaises intentions...

Au sortir de l'épreuve, terrassées par la chaleur et la lassitude, Christine et moi n'avions même plus envie de pouffer de rire, tant la manipulation semblait grotesque. « Je viens à l'église car ici, nous sommes tous des frères, hutus comme tutsis », a glissé une mère de famille de notre connaissance. Il me semble que c'est là la question essentielle à poser : pourquoi et comment ces gens trouvent-ils du réconfort dans cette église? Pourquoi ont-ils délaissé le catholicisme ? Par quels mécanismes des rescapés du génocide et des génocidaires parviennent-ils à cohabiter au sein de ce groupe ? Faut-il surligner la manipulation des dirigeants sectaires ou bien, avec bienveillance, l'oublier au nom du réconfort que viennent y puiser des gens souffrants? Je n'ai pas trouvé mes réponses. Christine non plus.

Journalistes en fête

Depuis le début de mon terrain, j'observe les actions de formation journalistique menées dans le cadre d'une coopération Canada-Rwanda. Samedi, une petite fête a réuni les jeunes journalistes rwandais et leurs profs canadiens, des journalistes chevronnés qui évoluent notamment pour The Montreal Gazette et CBC television. Quelques images pour vous...

De l'Ouganda au Montreal Gazette


Drôles de dames


De sages étudiants


Ici Rwanda CBC