Il est 6 heures du matin, mais déjà, une étrange agitation secoue la ville tranquille de Butare, où l'essentiel de l'activité commerciale se concentre sur une artère goudronnée d'à peine deux kilomètres, entre l'entrée nord de la ville, saluée par un musée national, et la sortie sud, qui borde le campus de l'Université nationale. C'est l'aube, une aube réglée au quart d'heure, 5h45 tous les matins. Mais cette aube-ci est différente : des camions -militaires, de marchandises, de presse- sont déjà parqués en troupeau le long de l'école primaire Notre Dame de la Providence. Ce qui augure déjà de la suite du jour : bientôt, la circulation sera si dense que l'unique route joignant Kigali à la ville devra être bouclée en partie, pour laisser la place à une centaine de visiteurs.
Le local qui s'amène ce jour-là aura le choc de sa vie s'il n'a pas déjà eu vent de la rumeur qui courait dans la ville depuis un bon moment : une équipe de tournage, « une de plus », de dire ironiquement un professeur d'histoire, débarque en ville pour tourner un film portant sur l'Opération turquoise, une opération militaire française controversée menée pendant le génocide. Le quidam qui ne lit pas les journaux (ils sont environ 5% à les lire), ou qui a peu porté attention aux signes avant-coureurs (invitation à un casting pour des figurants un mois plus tôt), aura à tout le moins toutes les chances d'avoir entendu parler de cette visite à la radio ou grâce au bouche-à-oreille qui est d'une efficacité redoutable. « Pourtant, j'ai l'impression que la ville n'était pas préparée à cette venue », de glisser une journaliste.
Savoir ou non, cela ne change pas grand chose. Ce matin-là, les locaux auront leur choc quand même, lorsqu'ils découvriront en déambulant dans la rue, que les anciens camions militaires de la garde d'Habyarimana, datant de la période génocidaire, ont ressucité. « Cela m'a fait très étrange, j'ai eu l'impression d'un retour en arrière. » Le réalisateur, et sa suite, ne restent en ville que le temps d'une journée, pour filmer la scène de l'évacuation controversée d'un orphelinat. Les figurants rwandais recevront un salaire de 4000 francs rwandais pour leur journée de travail (près de 10$ us), ce qui, pour un employé de maison, représente parfois près d'un mois de salaire. « Cela rappelle des souvenirs », de lancer un autre local, « je suis choqué, ça me ramène 13 ans en arrière ». Souvenirs ou pas, ils étaient des centaines à se précipiter au casting un mois auparavant. S'il est un proverbe rwandais qui dit « l'intérieur du ventre, c'est loin », s'agissant de la retenue et des pensées jalousement conservées, il reste que le ventre doit avant tout être nourri, nonobstant les scrupules.
Butare, ville de 100 000 habitants (95 000, recensement 2006), compte 17 000 prisonniers pour crimes de génocide. Dernière préfecture à être touchée par le génocide, elle a aussi été marquée par les plus violentes exactions. Réputée « résistante », elle a vite été investie par les réfugiés tutsis des préfectures environnantes, puis envahie par les miliciens et les militaires génocidaires venus de l'extérieur rappeler leurs concitoyens à leurs devoirs meurtriers. C'est ainsi que la poche de résistance intellectuelle a été réduite à néant. L'arboretum, où j'aime tant à me promener, aura été le théâtre du massacre de centaines d'étudiants. Chaque mercredi matin, pendant les gacaca (tribunaux populaires), les butariens tentent de faire face aux démons du passé, dans une ville où tous, rescapés comme meurtriers, doivent réapprendre à vivre ensemble.
Figurante d'un jour, je joue les journalistes, pendant que de faux militaires embarquent des dizaines d'enfants dans les camions. Je n'ai pas vu le script. Personne ne l'a vu. Mais on saisit le sens de la scène. Les religieuses, des figurantes rwandaises, ont des traits fins, un nez étroit ; les femmes qui sont évacuées un peu plus loin, trapues, le nez très épaté, sont sensées jouer les hutues. Contrairement à la réalité, où le métissage a rendu caduque toute tentative d'identification sur des bases purement physiologiques. Qu'importe, le cinéma ne fait pas dans les nuances. Les enfants, sans doute nés après le génocide, rigolent alors qu'ils sont transportés dans les camions. Le film est une fiction basée sur le témoignage d'un scribe français. Après six heures à répéter la même scène, le dîner est servi aux figurants. Les blancs muzungus dans une salle. Les Rwandais dans l'autre. Le buffet aux blancs. Une boîte à lunch rationnée aux autres. « On ne peut pas leur donner accès au buffet, ils vont faire une montagne de leur assiette ». Cela me dérange, cette séparation. Que représente un buffet sur le total d'un budget gigantesque, pour un tournage qui déplace une montagne entre Kigali, Kibuye, Gikongoro et Butare?
Le soir, je rapporte mon expérience de tournage aux trois Rwandais qui partagent ma maison. Mes interlocuteurs me pressent de questions, je les sens perturbés.
« Comment peuvent-ils, 13 ans après, rendre les mêmes émotions ? » de lancer celui qui, des trois, était présent à Butare pendant le génocide. « Comment peuvent-ils rendre les émotions des enfants qu'on évacue? »
-Les enfants rigolaient, on essayait de leur dire de ne pas faire ça. Mais, je ne sais pas comment ça se passe, dans le cas d'évacuations. Essaie-t-on de préserver leur innocence en relativisant l'affaire, un peu comme le jeu que Roberto Begnini avait inventé pour le petit garçon de La vie est belle ?
- Moi j'étais là, les enfants de cet orphelinat, il avaient perdu leurs parents, tués par des militaires, ils s'étaient réfugiés dans l'arboretum de Butare, ils entendaient des balles siffler constamment, donc ils étaient terrorisés quand ils ont été évacués par les millitaires. Comment pouvaient-ils faire la différence, et comprendre où on les amenait? »
Le silence est lourd. Faut-il mettre un frein à l'art et à la représentation, sachant qu'elle sera plus qu'imparfaite? L'intellectuel du groupe fait la grimace, puis se lance : « Ce qui me dérange, c'est de savoir : peut-on représenter un génocide ? Je crois que ce n'est pas possible ».
En fait, nombre de badauds, venus regarder le tournage, ne comprennent pas. Ils ne saisissent pas la différence entre une fiction et un documentaire. Certains croyaient même, me rapporte-t-on, que les militaires étaient de vrais militaires revenus jouer leur scène. Et eux de s'interroger : pourquoi ne pas demander leur avis aux témoins occulaires encore en vie ? C'est quoi ce film ?
Et moi, de me demander : comment en arrive-t-on à redemander à des acteurs d'un génocide- victimes ou bourreaux- de jouer les figurants dans une version de leur histoire, écrite par des étrangers?
6.28.2007
6.22.2007
Scènes de ménage
La vie avec trois pères (dont un Burundais), les invités occasionnels, deux cuisiniers, trois veilleurs et une blanchisseuse (j'oublie aussi le coupeur de bois) regorge d'anecdotes les plus folles les unes des autres, et qui en révèlent souvent beaucoup sur la dynamique locale.
Les cuisiniers d'abord : ils se relaient aux 15 jours. Joséphine, taciturne, timide et -je le soupçonne- un peu hypocrite et rapporteuse, se montre d'une efficacité digne de mention. Son travail est impeccable, ses petits plats variés et bien parfumés. Le Père Faustin la taquine souvent, et parvient à lui arracher un sourire... mais en même temps, mon intuition féminine me suggère que quelque chose chez elle sonne faux. Sa conscience du travail bien fait en est une naturelle et n'a rien à voir avec quelconque sympatie pour ses patrons...
Emmanuel : quand il a son tour de travail, je me pousse plus souvent qu'autrement. Il est bouffon, gentil, plus souriant, mais il est d'une paresse indélébile : il peut nous servir du boeuf pendant cinq jours consécutifs, sans souci de diversité, sans oublier les petits insectes que nous trouvons parfois dans sa nourriture à lui... Pris en flagrant délit de vol de denrées à quelques reprises, il a été grondé par ses patrons plus souvent qu'à son tour... mais il recommence toujours au bout de deux semaines.
La palme de la paresse revient aux deux veilleurs de nuit qui dorment tout le temps. Comme dirait le Père Caillot, recteur désabusé, « leur présence est symbolique et dissuasive ». Je me demande pour qui. Ils sont tellement invisibles, tapis dans le noir et profondément endormis, que même une armée de guérilleros pourrait envahir la cour sans les voir et sans être inquiétée.
Hier soir, un conduit d'eau a éclaté dans l'appartement du recteur, voisin du mien. L'eau s'est infiltrée sous sa porte, sous le nez du veilleur profondément endormi, que j'ai dû moi-même prévenir. « Ikibazo y'amazi! ». Il a hoché la tête et... est resté assis. Pas dans sa description des tâches, je présume. Emmanuel était en fonction : arg, pas de chance. J'ai couru prévenir le Père Faustin, qui a fini en désespoir de cause par ordonner aux veilleurs de fermer l'eau. Le Père Faustin, furieux, de dire au recteur un peu plus tard: « Tu devrais parler à tes veilleurs! Je me demande sur quoi ils veillent! ».
Moi je le sais : ils veillent sur les aléas et les habitudes de la maison. Les ragots des employés de maison voyagent à la vitesse de la lumière... des employés qui gagnent une bouchée de pain, moins de 20 dollars US par mois, alors qu'un sac de pain coûte 10 sous, mais une carte de téléphone 10$, un livre 10 à 20$... une société à deux vitesses, où tous les biens de la modernité sont au tarif occidental, et sont donc inaccessibles pour la masse. Les maîtres, qui vivent dans une oppulence relative, peuvent se permettre d'embaucher un tas de personnes, chacune pour le prix mensuel de deux cartes de téléphone hebdomadaires. Il et vrai que l'absence d'électroménagers ici rend nécessaire la présence d'employés de maison... mais il reste que les salaires misérables qui sont versés contribuent à laisser une classe dans la pauvreté, de même qu'à attiser les convoitises. Oui, le conflit de classe ici est plus qu'apparent, et se voit au jour le jour...
Les cuisiniers d'abord : ils se relaient aux 15 jours. Joséphine, taciturne, timide et -je le soupçonne- un peu hypocrite et rapporteuse, se montre d'une efficacité digne de mention. Son travail est impeccable, ses petits plats variés et bien parfumés. Le Père Faustin la taquine souvent, et parvient à lui arracher un sourire... mais en même temps, mon intuition féminine me suggère que quelque chose chez elle sonne faux. Sa conscience du travail bien fait en est une naturelle et n'a rien à voir avec quelconque sympatie pour ses patrons...
Emmanuel : quand il a son tour de travail, je me pousse plus souvent qu'autrement. Il est bouffon, gentil, plus souriant, mais il est d'une paresse indélébile : il peut nous servir du boeuf pendant cinq jours consécutifs, sans souci de diversité, sans oublier les petits insectes que nous trouvons parfois dans sa nourriture à lui... Pris en flagrant délit de vol de denrées à quelques reprises, il a été grondé par ses patrons plus souvent qu'à son tour... mais il recommence toujours au bout de deux semaines.
La palme de la paresse revient aux deux veilleurs de nuit qui dorment tout le temps. Comme dirait le Père Caillot, recteur désabusé, « leur présence est symbolique et dissuasive ». Je me demande pour qui. Ils sont tellement invisibles, tapis dans le noir et profondément endormis, que même une armée de guérilleros pourrait envahir la cour sans les voir et sans être inquiétée.
Hier soir, un conduit d'eau a éclaté dans l'appartement du recteur, voisin du mien. L'eau s'est infiltrée sous sa porte, sous le nez du veilleur profondément endormi, que j'ai dû moi-même prévenir. « Ikibazo y'amazi! ». Il a hoché la tête et... est resté assis. Pas dans sa description des tâches, je présume. Emmanuel était en fonction : arg, pas de chance. J'ai couru prévenir le Père Faustin, qui a fini en désespoir de cause par ordonner aux veilleurs de fermer l'eau. Le Père Faustin, furieux, de dire au recteur un peu plus tard: « Tu devrais parler à tes veilleurs! Je me demande sur quoi ils veillent! ».
Moi je le sais : ils veillent sur les aléas et les habitudes de la maison. Les ragots des employés de maison voyagent à la vitesse de la lumière... des employés qui gagnent une bouchée de pain, moins de 20 dollars US par mois, alors qu'un sac de pain coûte 10 sous, mais une carte de téléphone 10$, un livre 10 à 20$... une société à deux vitesses, où tous les biens de la modernité sont au tarif occidental, et sont donc inaccessibles pour la masse. Les maîtres, qui vivent dans une oppulence relative, peuvent se permettre d'embaucher un tas de personnes, chacune pour le prix mensuel de deux cartes de téléphone hebdomadaires. Il et vrai que l'absence d'électroménagers ici rend nécessaire la présence d'employés de maison... mais il reste que les salaires misérables qui sont versés contribuent à laisser une classe dans la pauvreté, de même qu'à attiser les convoitises. Oui, le conflit de classe ici est plus qu'apparent, et se voit au jour le jour...
6.21.2007
Auberge espagnole

Voici les ados que j'ai eu la chance de suivre pendant quelques semaines, moi comme incruste-prof d'espagnol, eux comme étudiants-incrustés. L'année prend fin mais voilà que la demande explose, notamment à l'université nationale. Qui l'eût cru... Cela dit, je ne désire pas poursuivre cette aventure qui me gobe un peu trop de temps, malgré la joie que mes incursions en classe me procurent. Disons que je suis là pour autre chose et que nous sommes vite happés par les demandes ici... Les curieux pourront jeter un oeil sur le blog-journal que nous avons créé ensemble en espagnol :
http//:elcuatrobutare.blogspot.com
6.14.2007
Certains le vivent mal
Le vieil homme, qui prétendait enseigner à la faculté de médecine, se promenait sur le campus, des fleurs et un Racine à la main, lorsqu'il m'a accostée et convaincue d'aller visiter son département de bactériologie. « Vous êtes Québécoise! Vous savez, j'ai connu le Père Lévesque (U.Laval) qui a fondé notre université! » Il paraissait un peu excentrique mais inoffensif, je l'ai donc suivi davantage par politesse que par curiosité. Au département, il embrassait tout le monde, exagérément, et c'est là que j'ai eu la puce à l'oreille, resentant un certain malaise chez les « collègues ».En fait, il ne semblait pas expressément le bienvenu. « Fuyez! », m'a alors enjointe une jeune femme, « il ne faut jamais le suivre, il ne lâche plus! » Trop tard, déjà, le vieil excentrique m'entraînait dans la salle de bactériologie, où s'entassaient des béchers. Mouvement de recul, envie soudaine de rester dans la porte. Déjà, le vieil homme tenait des propos étranges : « Avant, il y avait les tutsis et les hutus. Maintenant, le miracle a eu lieu, c'est terminé! Je peux enfin exister! »
-Je vous le souhaite.
-Mais non! Il ne faut pas le souhaiter! C'est la ré-a-li-té! C'est un miracle!
Il avait le regard mi-fou, mi-enfant. Poliment, j'ai prétexté un rendez-vous pour m'éclipser à ma guise. C'est là qu'il a déconné. D'un ton agressif, il m'a demandé l'heure exacte de mon rendez-vous, comme pour vérifier mes dires.
« Je suis déjà en retard ».
– Quelle heure? a-t-il rugi de nouveau.
Voyant mon exaspération, il a changé de ton. « Non! Non! Ne partez pas! Non! » Il m'a retenue par la manche et un tiers a dû intervenir pour me dégager. Plus tard, ai appris du Père Faustin que cet homme, un ancien professeur en médecine, avait été chassé de l'université des causes d'un important problème d'ivresse. Il revient hanter les lieux du crime et on le tolère à reculons.
La Faculté de médecine a été le théâtre d'un massacre très documenté par Human Rights Watch. Pendant le génocide de 1994, de nombreux tutsis s'y étaient réfugiés avant d'y être découverts, avec les conséquences que l'on connaît. Le pauvre homme est, je le devine, un rescapé meurtri. Triste. Et je comprends mieux après coup son obstination à parler de « miracle ». Peut-être voudrait-il lui-même chercher à en incarner un, et voir ses mauvais souvenirs cesser de le ronger...
-Je vous le souhaite.
-Mais non! Il ne faut pas le souhaiter! C'est la ré-a-li-té! C'est un miracle!
Il avait le regard mi-fou, mi-enfant. Poliment, j'ai prétexté un rendez-vous pour m'éclipser à ma guise. C'est là qu'il a déconné. D'un ton agressif, il m'a demandé l'heure exacte de mon rendez-vous, comme pour vérifier mes dires.
« Je suis déjà en retard ».
– Quelle heure? a-t-il rugi de nouveau.
Voyant mon exaspération, il a changé de ton. « Non! Non! Ne partez pas! Non! » Il m'a retenue par la manche et un tiers a dû intervenir pour me dégager. Plus tard, ai appris du Père Faustin que cet homme, un ancien professeur en médecine, avait été chassé de l'université des causes d'un important problème d'ivresse. Il revient hanter les lieux du crime et on le tolère à reculons.
La Faculté de médecine a été le théâtre d'un massacre très documenté par Human Rights Watch. Pendant le génocide de 1994, de nombreux tutsis s'y étaient réfugiés avant d'y être découverts, avec les conséquences que l'on connaît. Le pauvre homme est, je le devine, un rescapé meurtri. Triste. Et je comprends mieux après coup son obstination à parler de « miracle ». Peut-être voudrait-il lui-même chercher à en incarner un, et voir ses mauvais souvenirs cesser de le ronger...
6.11.2007
Mes compagnons de voyage

Alyce et les mangues. Ce sont les faits saillants de mon voyage d'une semaine à Bujumbura. Ajoutons à cela le moustiquaire (nécessaire dans ce coin de pays) et (absent sur la photo), la voiture, grande vedette qui a failli me ravir la vie à quelques reprises... Cela dit, je suis bel et bien de retour au Rwanda, saine et sauve!
La plage
La croisière s'amuse
En pirogue

J'ai l'air sereine sur cette photo, mais il n'en est rien. En fait, je songe à ce que : a) la pirogue tangue dangereusement. b) le soleil est en train de brûler ma peau. c) ma crème solaire est dans ma poche, ce qui me ramène à... a) comme la pirogue tangue dangeureusement, je n'ose même pas me pencher pour la prendre...
Cyclotourisme
Waso!
Des hypos!
Une visite de groupe!
Dans mes bras
Attention chien méchant!
6.08.2007
Deux incrustes au Far west
Bujumbura. Gustave et des hypos, nulle trace ni d’Eve ni d’Adam. Mais déguster un poisson (muneke) grillé, les pieds dans l’eau, sur une plage bien proprette, puis nager dans une eau fraiche sous un soleil de plomb, cela vaut bien toutes les bestioles du monde !
Suicidez-moi
Pas demain la veille que le Burundi deviendra un haut lieu touristique. Commençons par sécuriser les lieux SVP. Vous croyez Montréal à la merci des automobilistes fous ? Erreur. Ici, les chauffards non seulement appuient sur le champignon pour écraser les piétons, mais de plus embarquent sur les trottoirs pour les ramasser… en un éclat de rire ! Après deux jours à ce régime, j’avais peine à croire que nous étions encore en vie, Alyce et moi.
Civilité 101
Alyce a de justesse sauvé son sac à main d’une saisie en règle. Moi, un type m’a carrément agressée dans la rue en plein jour… il s’est avancé vers moi et m’a saisi la poitrine. Ma réaction a été… heu… surprenante. Ai hurlé au type : « Hé ! Na kibazo hein ? » (traduction : y a pas de problème hein ???). Pas trop futé ni trop pertinent, je sais. Effet immédiat : hilarité des passants masculins et fureur de l’incruste. Inimaginable, une femme (fut-elle incruste) se fait agresser dans une rue et pas un chat pour lever le petit doigt… Pas trop rassurant. Consolation : le type n’avait pas grand chose à se mettre sous la main.
Fantasme de mangue
Le summum du plaisir gastrique. Alyce et moi, on a risqué notre peau quatre fois plutot qu’une au paradis des pickpockets (lire : le marché) pour nous approvisionner en morceaux de paradis. Sans nous faire happer par une voiture en plus… La mangue est devenue un enjeu de paris entre nous, c’est dire… « Je gagne, je bouffe la dernière ». La mangue, c’est aussi le surnom donné a un journaliste de Bujumbura qu’affectionne particulièrement ma compagne de voyage.
Visa
Tout a commencé à la douane burundaise : on m’octroie un visa de trois jours, m’enjoignant de passer à l’immigration pour obtenir les quatre derniers jours requis. Ce qui ne devait etre qu’une formalité s’est transformé en cauchemar administratif. Premier essai : on me renvoie, sous prétexte que j’ai besoin d’une photo passeport et d’une photocopie de passeport. Parce que voyez-vous, le bureau n’a pas sa propre photocopieuse ou photomaton. Trouve une photocopieuse, mais pas de studio, finis par découper une de mes cartes existantes, puis retour au bureau. On me fait remplir deux formulaires, on me prend mon passeport et on me demande de revenir le lendemain pour recevoir la « réponse ». Jour deux : je reviens le matin, rien n’est fait. On me dit de revenir à 16h. Retour en fin de journée : non seulement rien n’est prêt mais de plus, le type a égaré mon passeport. S’ensuit la demi-heure de panique réglementaire de l’incruste, pendant que le type farfouille dans tous les classeurs. Je regarde le type dans les yeux : « Ne me dites pas que vous avez perdu mon passeport, monsieur ». Yeux méchants et lourds de sous-entendus. Cerveau empli de scénarios catastrophes. Le type finit par retrouver le Précieux. Retour à l’hotel, manque de me faire écraser par un chauffard…
Dodo
On a passé une nuit, une seule, dans un hotel que nous avait recommandé un « ami », l’Albatros. Le nom était charmant, mais après une presque noyade dans la salle de bain et des bruits nocturnes témoignant de l’agitation de nos voisins, nous avons plié bagages. Nous logeons à l’hotel de l’Amitié, endroit très très bien. J’ai compris l’origine de son nom après avoir traversé la rue une première fois : on est tellement heureuses quand on réussi à franchir le seuil de la porte
Mon frère, ce pygmé
Ai rencontré mon premier authentique pygmé à l’hotel. En ballade pour une conférence régionale, ce cher homme sortait de son antre boisé congolais pour la première fois, m’a t-il expliqué. « Je porte un nom pas trop original, par contre », a-t-il avoué, anticipant ma déception. « Pierre ». « Ah, le nom de mon frangin ». Ai toujours pensé que mon frérot, meme à 1m80, resterait toujours mon petit frère…
Tom Cruise
Fallait vraiment etre en manque de cinéma pour se farcir Tom Cruise, version Conte de fée 1985 (Legend) au centre culturel français. Du sous Seigneur des anneaux, mais bon, après deux mois loin du grand écran, ça passe la rampe.
Vive le Québec libre
La fierté, c’est se rendre compte que des inconditionnels africains, clients de l’hotel, se massent devant la tivi communautaire chaque 20h30 pour visionner Rumeurs sur TV5 Monde. Oui, Lynda Thomson, Geneviève Brouillette et James Hyndman ont gagné le cœur de l’Afrique… moyennant sous-titres bien sur.
Petits lynchages entre amis
Hier soir, la foule a attrapé un type dans la rue pour lui faire passer un fort mauvais quart d’heure. La justice sommaire à son meilleur. Je ne sais pas ce qu’il avait fait, mais force est de constater l’enthousiasme des passants qui se sont empressés de joindre la cohue pour lui régler son compte. Avec le sourire. Je ne sais pas ce qu’ils en ont fait, car Alyce et moi, on a déguerpi. Après des années de guerre, le moral a été atteint ici. L’alcool coule à flots, la violence est devenue une forme d’habitude.
Bon, il me reste deux jours ici. Je fais gaffe, et reviens avec des photos.
Suicidez-moi
Pas demain la veille que le Burundi deviendra un haut lieu touristique. Commençons par sécuriser les lieux SVP. Vous croyez Montréal à la merci des automobilistes fous ? Erreur. Ici, les chauffards non seulement appuient sur le champignon pour écraser les piétons, mais de plus embarquent sur les trottoirs pour les ramasser… en un éclat de rire ! Après deux jours à ce régime, j’avais peine à croire que nous étions encore en vie, Alyce et moi.
Civilité 101
Alyce a de justesse sauvé son sac à main d’une saisie en règle. Moi, un type m’a carrément agressée dans la rue en plein jour… il s’est avancé vers moi et m’a saisi la poitrine. Ma réaction a été… heu… surprenante. Ai hurlé au type : « Hé ! Na kibazo hein ? » (traduction : y a pas de problème hein ???). Pas trop futé ni trop pertinent, je sais. Effet immédiat : hilarité des passants masculins et fureur de l’incruste. Inimaginable, une femme (fut-elle incruste) se fait agresser dans une rue et pas un chat pour lever le petit doigt… Pas trop rassurant. Consolation : le type n’avait pas grand chose à se mettre sous la main.
Fantasme de mangue
Le summum du plaisir gastrique. Alyce et moi, on a risqué notre peau quatre fois plutot qu’une au paradis des pickpockets (lire : le marché) pour nous approvisionner en morceaux de paradis. Sans nous faire happer par une voiture en plus… La mangue est devenue un enjeu de paris entre nous, c’est dire… « Je gagne, je bouffe la dernière ». La mangue, c’est aussi le surnom donné a un journaliste de Bujumbura qu’affectionne particulièrement ma compagne de voyage.
Visa
Tout a commencé à la douane burundaise : on m’octroie un visa de trois jours, m’enjoignant de passer à l’immigration pour obtenir les quatre derniers jours requis. Ce qui ne devait etre qu’une formalité s’est transformé en cauchemar administratif. Premier essai : on me renvoie, sous prétexte que j’ai besoin d’une photo passeport et d’une photocopie de passeport. Parce que voyez-vous, le bureau n’a pas sa propre photocopieuse ou photomaton. Trouve une photocopieuse, mais pas de studio, finis par découper une de mes cartes existantes, puis retour au bureau. On me fait remplir deux formulaires, on me prend mon passeport et on me demande de revenir le lendemain pour recevoir la « réponse ». Jour deux : je reviens le matin, rien n’est fait. On me dit de revenir à 16h. Retour en fin de journée : non seulement rien n’est prêt mais de plus, le type a égaré mon passeport. S’ensuit la demi-heure de panique réglementaire de l’incruste, pendant que le type farfouille dans tous les classeurs. Je regarde le type dans les yeux : « Ne me dites pas que vous avez perdu mon passeport, monsieur ». Yeux méchants et lourds de sous-entendus. Cerveau empli de scénarios catastrophes. Le type finit par retrouver le Précieux. Retour à l’hotel, manque de me faire écraser par un chauffard…
Dodo
On a passé une nuit, une seule, dans un hotel que nous avait recommandé un « ami », l’Albatros. Le nom était charmant, mais après une presque noyade dans la salle de bain et des bruits nocturnes témoignant de l’agitation de nos voisins, nous avons plié bagages. Nous logeons à l’hotel de l’Amitié, endroit très très bien. J’ai compris l’origine de son nom après avoir traversé la rue une première fois : on est tellement heureuses quand on réussi à franchir le seuil de la porte
Mon frère, ce pygmé
Ai rencontré mon premier authentique pygmé à l’hotel. En ballade pour une conférence régionale, ce cher homme sortait de son antre boisé congolais pour la première fois, m’a t-il expliqué. « Je porte un nom pas trop original, par contre », a-t-il avoué, anticipant ma déception. « Pierre ». « Ah, le nom de mon frangin ». Ai toujours pensé que mon frérot, meme à 1m80, resterait toujours mon petit frère…
Tom Cruise
Fallait vraiment etre en manque de cinéma pour se farcir Tom Cruise, version Conte de fée 1985 (Legend) au centre culturel français. Du sous Seigneur des anneaux, mais bon, après deux mois loin du grand écran, ça passe la rampe.
Vive le Québec libre
La fierté, c’est se rendre compte que des inconditionnels africains, clients de l’hotel, se massent devant la tivi communautaire chaque 20h30 pour visionner Rumeurs sur TV5 Monde. Oui, Lynda Thomson, Geneviève Brouillette et James Hyndman ont gagné le cœur de l’Afrique… moyennant sous-titres bien sur.
Petits lynchages entre amis
Hier soir, la foule a attrapé un type dans la rue pour lui faire passer un fort mauvais quart d’heure. La justice sommaire à son meilleur. Je ne sais pas ce qu’il avait fait, mais force est de constater l’enthousiasme des passants qui se sont empressés de joindre la cohue pour lui régler son compte. Avec le sourire. Je ne sais pas ce qu’ils en ont fait, car Alyce et moi, on a déguerpi. Après des années de guerre, le moral a été atteint ici. L’alcool coule à flots, la violence est devenue une forme d’habitude.
Bon, il me reste deux jours ici. Je fais gaffe, et reviens avec des photos.
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