1.08.2008

Premières leçons rwandaises

Même les deux pieds dans la neige, le parfum du Rwanda me suit, et une première leçon, tiens : l'existence de plusieurs modalités dans la mort. Il y a les morts effectives, les morts qui ont plus de poids que d'autres, il y a les morts-vivants, qui seront peut-être les bourreaux de demain.

Il y a l'oubli. Impardonnable. Celui qui fait des victimes d'hier des laissés pour compte et des enfants de de demain des héritiers de malheur. Celui qui ignore le courage des fourmies appelées à rebâtir en 10 ans ce que les armes ont détruit en 10 jours.

Les images médiatiques retiennent la main qui tue et le quidam qui s'écroule sous les balles. Les mots catégorisent, identifient des groupes de victimes et des armées d'assassins. Parfois l'on oublie que l'état de victime peut fluctuer au gré du temps, qu'elle n'est pas une catégorie figée sur une ligne chronologique.

La souffrance est un poison qui s'épand comme une tâche d'huile. Au fil des jours, elle s'immisce dans toutes les couches d'une société traumatisée ; contagieuse, elle franchit les frontières, enrobe les diasporas de son fiel, elle traverse les générations, allant jusqu'à ternir l'avenir d'enfants à naître. Car un bébé naît avec une identité parentale. Il est inmanquablement le « fils de ». Il a encore son innocence, mais on lui prête déjà des étiquettes.

Je repense à Christine, cette amie psychologue belge qui étudiait le comportement des enfants tutsis né après le génocide de leur ethnie. « Ils font des cauchemars, très souvent. Pendant les commémorations des massacres, ils se réveillent en sursaut pendant la nuit. Une fois, une petite fille m'a raconté avoir été poursuivie par des milices qui voulaient la massacrer, elle et sa famille »

J'ai parfois reproché à Christine de s'en être tenue aux enfants des rescapés et victimes. Nous en discutions souvent. Mais la recherche puise aux mêmes sources -financières- que la coopération internationale : l'attention se concentre sur des victimes bien catégorisées. Et tantpis pour les dits « hutus modérés » qui ont été victimes des exactions.

D'ailleurs, je déteste cette expression consacrée : hutu modéré. Elle laisse entendre qu'un hutu sans machette est une exception à la norme, pas vrai ?

1.05.2008

Bonne année

De retour au Québec pour les vacances, où m'attendaient des bancs de neige fabuleux et un froid pour le moins... sibérien. Premier réflexe : photographier la présentation météo d'un réseau de télévision locale, pour me rappeler comme il fait bon vivre dans un mercure négatif... et encore, quand on parle de -20 degrés, on parle ici d'un maximum de la journée. J'entame donc la rédaction de ma thèse mais tiendrai la route avec la suite de mes anecdotes rwandaises... Bonne année 2008!