9.23.2007


Tournages éprouvants, qui m'ont fait prendre conscience de la difficile juxtaposition du temps médiatique à l'occidental et du rythme rwandais. Des sources qui demandent de l'argent, des autorités qui font poireauter des heures devant la porte (vive le temps perdu!), la hiérarchie qui jugule jusqu'au travail d'équipe journalistique, le chef ayant toujours le dernier mot... De lancer Marc : « J'imagine mal comment une équipe de Radio-Canada pourrait travailler dans ces conditions! Ça coûterait une fortune! Ce qui prend une journée au Canada en prend trois ici ». Pas surprenant que la nouvelle d'une conférence de presse ne soit publiée que trois jours plus tard, et non instantanément. Et soudain, me voilà qui remets en question certains postulats journalistiques : « Marc, à quoi nous sert cette course contre la montre? Pourquoi vouloir sortir la nouvelle tout de suite? C'est parce qu'au Canada, l'action engendre la réaction. L'immédiateté peut permettre une intervention efficace et rapide. Mais ici, au Rwanda, là où un certain fatalisme règne, à quoi cela sert-il de connaître la nouvelle tout de suite? » Dans un pays où règne la sagesse du présent, demain est un jour lointain. Chaque minute préservée du malheur est une accalmie en soit, non?



Comment pratiquer le journalisme dans une société sans réelle culture journalistique ? Dans ce marché bondé inondé de soleil, qui sent le poisson à plein nez, la caméra est vite devenue une attraction. Un homme s'avance vers l'équipe. Il est énervé, il gesticule. « Je veux de l'argent. » Sous prétexte que son image a été capturée par la caméra dans un des plans, il exige une somme d'argent. Nous quittons le marché, il nous suit, gesticulant grossièrement. Médiatrice, la jeune intervieweuse, prend peur. Ce ne sera pas la dernière fois. Dans un chantier de construction, notre arrivée provoque l'arrêt complet des travaux. Les ouvriers nous regardent en silence. Média veut se pousser : « Il ne faut pas les filmer, ils ne veulent pas. Ces gens forment une petite communauté solidaire, ils peuvent réagir... » Toujours ce même nuage, cette même crainte de la masse populaire... Un peu comme si le génocide nous pendait sous le nez à chaque instant, conditionnant nos réflexes... un gaz inodore, un méthane toujours présent, dans les interactions humaines...

2 commentaires:

Stef! a dit...

Salut Annie!
Superbe réflexion journalistique! Particulièrement sur le rythme de la nouvelle et le contexte culturel. Ça s'annonce bien pour la rédaction de thèse!
J'ai bien hâte de te revoir et de t'entendre raconter tout ça de vive voix (sur plusieurs soirées!)

Annie a dit...

Merci Stef,
ça me manque ces soirs de parlotte, tu sais!
On va rettraper ça à mon retour!