
8.19.2007

"Oui, je le veux. " Avant que le marié ne lève le voile de son épouse et ne lui donne un très chaste baiser. La cérémonie se déroulait en l'Église catholique St-Michel, quartier Kiyovu, une église très centrale et très connue de Kigali. Suivait une réception où tous les invités demeurent assis pour assister à la remise de la dot (traditionnellement une vache, désormais l'équivalent du prix d'une vache en argent), à un spectacle de danse, aux discours des anciens, à la coupe du gâteau. Les invités reçoivent à boire, fanta ou brière Mutzig, et se partagent le gâteau. Mais aucun repas n'est servi : cela n'est pas dans la tradition rwandaise. Aucun pas de danse non plus. Les cérémonies mettent l'amphase sur l'oralité : discours aux mariés, chants religieux, transmission des voeux.

Les mariés reçoivent les présents, dans ce cas-ci un porto pour le marié et des boucles d'oreilles, création québécoise, pour la mariée. Jean-Louis et Jacqueline se sont connus en 1998 au Rwanda, avant que Jean-Louis ne s'installe à Bruxelles. Il est revenu cette année "chercher" son épouse, qui doit officiellement émigrer en Belgique dans quelques semaines et... prendre l'avion pour la première fois. Un choc des cultures qu'elle ne sera pas seule à vivre, au moins...

Un rôle majeur que celui des patriarches (abasaza) des familles rwandaises, gardiens des valeurs familiales. Pendant la cérémonie, ils scellent l'alliance entre les deux familles en échangeant la bière et les voeux. Après la noce, lors de la traditionnelle fête familiale, la nouvelle mariée demeure cachée dans une chambre jusqu'à ce que sa famille, toujours guidée par le patriarche, vienne la chercher pour la faire sortir et la présenter officiellement.

La petite cousine du marié, que j'ai rencontrée lors de sa visite chez mon voisin il y a quelques semaines. Mireille a les traits et la voix qui me font penser à ma cousine Mélanie... Lors du mariage, elle portait la robe traditionnelle rwandaise. Elle me promet de me faire goûter les spécialités rwandaises... à suivre.
8.17.2007
Coup d’Etat
Je me promène dans la rue, dans le quartier Kiyovu, le ciel est sombre, la pénombre s’installe doucement. Quelques chars d’assaut croisent mon chemin, un seul pour commencer, puis deux, trois, et combien d’autres… j’entends des coups de feu. Je presse le pas, pour regagner mon domicile qui, déjà, n’en est plus un que de nom. Mes bagages, je devrai les boucler en quelques minutes, avant de sauter dans un taxi pour joindre- si chance il y a- l’aéroport de Kigali. Je suis calme. C’était dans le domaine du possible. Le ciel est presque noir à présent, ou est-ce là le fruit de mon imagination…
« Les étrangers font beaucoup de cauchemars ici » m’avait dit un jour Christine, chercheure en psychologie dans le domaine du trauma d’après-génocide. Comme je ne me rappelle jamais mes songes, j’avais haussé les épaules. Ai raconté mon rêve de coup d'État à un journaliste. Je n'y pensais plus, mais le lendemain, il est revenu me voir avec une lueur d'inquiétude dans les yeux. "T'arrive-t-il de faire des rêves prémonitoires?" J'ai éclaté de rire et l'ai rassuré à cet effet : "Mes rêves traduisent habituellement mon état d'esprit, et non un État réel".
« Les étrangers font beaucoup de cauchemars ici » m’avait dit un jour Christine, chercheure en psychologie dans le domaine du trauma d’après-génocide. Comme je ne me rappelle jamais mes songes, j’avais haussé les épaules. Ai raconté mon rêve de coup d'État à un journaliste. Je n'y pensais plus, mais le lendemain, il est revenu me voir avec une lueur d'inquiétude dans les yeux. "T'arrive-t-il de faire des rêves prémonitoires?" J'ai éclaté de rire et l'ai rassuré à cet effet : "Mes rêves traduisent habituellement mon état d'esprit, et non un État réel".
8.09.2007
Mon quartier (la suite)
Je m'habitue. Réveil à 6 heures le matin au son des dizaines de chauve-souris qui jasent. Hier, l'électricité a été coupée pendant plus de 12 heures parce que le proprio avait « oublié » de payer ses comptes. À part ça, quand je sors me promener à 19 heures à la noirceur, je dois m'habituer à la présence des 10 gardes de sécurité qui végètent aux entrées de maison, juste pour ma seule rue. Sans oublier les quelques militaires qui déambulent dans les rues, armés de mitraillettes et... les barrages routiers de la garde présidentielle la rue d'à côté. Enfin, les voitures qui déambulent discrètement et s'arrêtent parfois à ma hauteur ou à quelques mètres... Bon. Quoi faire de plus que de dire : « Bonne nuit » (muramuke) à tout ce beau monde? J'ai l'air tarte mais au moins, je suis polie!
J'ai mis au bas mot une heure à expliquer à mon voisin chinois qu'une de mes tantes a adopté trois petites chinoises. Un anglais laborieux. Il était tout content de discuter, son traducteur électronique à la main. <You are my teacher and I will become good good>, a-t-il lancé sous les regards amusés de mes autres voisins rwandais, fistons d'un ancien faucon des gouvernements respectifs de Habyarimana et de Kagame (un passage peu banal...). L'un des fistons se marie la semaine prochaine et tous les voisins, incruste, Chinois, Indiens, proprio, seront de la partie. Des personnages peu banals qui compensent franchement pour les quelques désagréments subis...
Chésie
En bon québécois, appelons cela une « run de lait ». Pascale, précieuse compatriote, qui a passé deux ans au Rwanda, n'avait remis une enveloppe à livrer à une amie rwandaise dans le besoin, une femme seule avec deux enfants. Noms de code : « Chésie » et un village « Gatagara ». Mission : trouver! En compagnie d'une jeune stagiaire québécoise, j'ai pris le bus, ai descendu au village puis, au prix de quelques phrases en kyniarwanda, me suis fait conduire en vélo jusqu'à la demeure de la brave femme qui, avenante, gentille et surtout, très émue, nous a accueillies au sein de sa demeure. Une visite essentielle, au coeur du vrai monde, là où les familles vivent à même le sol, sans eau courante, sans électricité, dans des conditions sanitaires précaires, pratiquement sans meuble...où la nourriture se limite à des haricots et des pommes de terre à tous les repas, 7 jours sur 7... Au Canada, même les étables sont mieux étriquées, c'est dire. Pendant ce temps à Kigali, nous, les étrangers, courons les piscines, les restos, les cafés internet, en béate admiration devant le développement vertigineux de la capitale...

J'ai mis au bas mot une heure à expliquer à mon voisin chinois qu'une de mes tantes a adopté trois petites chinoises. Un anglais laborieux. Il était tout content de discuter, son traducteur électronique à la main. <
Chésie
En bon québécois, appelons cela une « run de lait ». Pascale, précieuse compatriote, qui a passé deux ans au Rwanda, n'avait remis une enveloppe à livrer à une amie rwandaise dans le besoin, une femme seule avec deux enfants. Noms de code : « Chésie » et un village « Gatagara ». Mission : trouver! En compagnie d'une jeune stagiaire québécoise, j'ai pris le bus, ai descendu au village puis, au prix de quelques phrases en kyniarwanda, me suis fait conduire en vélo jusqu'à la demeure de la brave femme qui, avenante, gentille et surtout, très émue, nous a accueillies au sein de sa demeure. Une visite essentielle, au coeur du vrai monde, là où les familles vivent à même le sol, sans eau courante, sans électricité, dans des conditions sanitaires précaires, pratiquement sans meuble...où la nourriture se limite à des haricots et des pommes de terre à tous les repas, 7 jours sur 7... Au Canada, même les étables sont mieux étriquées, c'est dire. Pendant ce temps à Kigali, nous, les étrangers, courons les piscines, les restos, les cafés internet, en béate admiration devant le développement vertigineux de la capitale...

8.05.2007
Deux vitesses

Le Programme des Nations-unies pour le développement au Rwanda dévoilait son rapport annuel la semaine passée. On y apprend que "les objectifs de développement établis pour 2020 sont atteignables", mais que le pays fait face à de lourds défis, parmi lesquels : une population appelée à doubler, un écart entre les classes qui se creuse (les 20% les plus pauvres ayant vu leur revenu stagner ces 20 dernières années)... le Rwanda fait partie du top 15 des pays les plus inégalitaires au monde. Je voulais vous montrer un aperçu de certains quartiers populaires où il n'y a ni eau courante ni électricité, et où la gestion des déchets est un casse-tête. Bref, du pain sur la planche...
S.O.S. génocide


À Kigali, il y a un petit musée commémorant la mort des 10 casques bleus belges pendant le génocide. L'on se souviendra que le général Dallaire avait essuyé un blâme, pour son incapacité à protéger ses hommes, avant d'être exonéré... Outre les commentaires très durs à son endroit laissés par les familles des victimes ("Dallaire, tu n'as pas de coeur"), quelle ne fut pas ma surprise, en visitant les lieux, de découvrir qu'un génocide était en cours en Amérique du nord.
Aie, aie, aie! Mes compatriotes m'en ont caché de belles!!!
8.03.2007
Ras-le-pompom
Ça arrive.
Heureusement, ce n'est jamais pour très longtemps. De mauvaises nouvelles en provenance du Canada... un ami proche qui quitte... des embûches... la découverte des stigmates du génocide, qui handicapent les relations humaines... la difficulté de discerner le vrai du faux... et pire... le fait soudainement de ne voir que les faux-semblant...
C'est la faute aux chauve-souris qui habitent sur le terrain de ma maison. Elles piaillent toute la nuit. Je déteste ces bestioles. Quand je me réveille le matin au son de leurs jacasseries, je me sens comme un Joker en face d'une batmobile. Je sens que je suis seule en principe, mais toute solitude est impossible. Il y a toujours quelqu'un à quelque part qui est conscient de notre présence.
Heureusement, ce n'est jamais pour très longtemps. De mauvaises nouvelles en provenance du Canada... un ami proche qui quitte... des embûches... la découverte des stigmates du génocide, qui handicapent les relations humaines... la difficulté de discerner le vrai du faux... et pire... le fait soudainement de ne voir que les faux-semblant...
C'est la faute aux chauve-souris qui habitent sur le terrain de ma maison. Elles piaillent toute la nuit. Je déteste ces bestioles. Quand je me réveille le matin au son de leurs jacasseries, je me sens comme un Joker en face d'une batmobile. Je sens que je suis seule en principe, mais toute solitude est impossible. Il y a toujours quelqu'un à quelque part qui est conscient de notre présence.
S'abonner à :
Messages (Atom)

