Le choc existentiel du retour, un classique...
Il se pointe au détour d'une conversation anodine avec des copines qui font de la quête du Grand amour leur objectif de vie. Pendant un film insipide où défilent les marionnettes, les femmes au botox, les artifices. Ou lors d'un souper entre proches, pendant lequel les régimes alimentaires prennent le haut du pavé.
"Il y a des gens qui crèvent de faim!"
Quand je sors ma phrase assassine, le party est terminé.
J'essaie de me retenir, mais je n'y peux rien. La famine, qui frappe l'imagination, n'est encore qu'un alibi car le pire, c'est la crise de moralité. Je reviens d'un monde où la survie fait Loi, où l'amour s'efface devant la peur... Un monde où la ligne a été franchie : où il est devenu possible de tuer sa femme, son enfant, son frère, pour sauver sa peau, où toute relation amicale, sentimentale, familiale est devenue un vestige, une hantise future, un investissement en péril. Où l'ouverture amoureuse signifie le ressurgissement de l'émotion, intolérable devenue. Au Rwanda, dans certains contextes, le choix de l'amour relève de l'héroïsme. Alors oui, je suis sensible à la question de la surconsommation amoureuse, de la légèreté de l'être. Je n'arrive pas à m'amuser des aventures d'un soir racontées par des amis un peu blasés. Je n'arrive pas non plus à compatir aux litanies déjantées d'âmes solitaires en peine. Parce que ici, tout est possible et que seule l'impossibilité me chavire vraiment.
Une fois, un informateur, qui craignait pour sa vie, m'a appelée à l'aide. Je me suis débarrassée de lui, parce que je craignais pour ma peau. Je l'ai laissé tomber. C'eut été mon frère, mon père, ma meilleure amie, et je pense que... j'aurais fait la même chose. Je ne peux même plus m'illusionner sur moi-même. Il y a des lieux où la peur est plus forte que l'amour.
5.31.2008
5.27.2008
Double vie
Hier, coup de théâtre : arrestation à Bruxelles du maquisard Jean-Pierre Bemba, qui a sévi tant en République démocratique du Congo qu'en République Centrafrique. Chaque fois qu'un Seigneur de la guerre est écroué pour crimes contre l'humanité, je ne peux m'empêcher de sourire par en-dedans. Ces arrestations sont sélectives, hautement politiques, tant d'autres bandits restent sur les rangs, je sais, mais... tantpis pour la "realpolitic", je préfère applaudir chaque premier pas d'un bambin, chaque nouvelle enjambée sur la lune. C'est pour dire... je dévore chaque nouvelle en provenance de la région africaine des grands lacs, j'applaudis lorsqu'un quidam daigne s'y intéresser, que ce soit pour dénoncer les complicités coupables des grandes multinationales ou tout simplement pour y admirer les paysages. La moité de mon existence de chercheure est actuellement consacrée à un sujet qui n'intéresse qu'une infime minorité d'entre mes compatriotes. Le sourire béat que j'affiche lorsque les nouvelles sont bonnes n'a pas sens que pour moi. C'est une solitude étrange, parfois dérangeante.
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