Un an sans écrire, un blogue en perdition...
Incroyable comme l'inspiration quitte à l'instant même où les incrustes sont de retour à la maison.
Alors j'ai eu l'idée de reprendre le flambeau, cette fois en me consacrant aux impossibles retours. (L'incruse en cavale est devenue une incruste chez elle...) Après avoir vibré en 2006 et 2007, quelque part hors du familier, j'ai traversé la délicate période du retour sans fin.
Il est si facile de quitter... le plus dur est de retomber sur ses pieds... n'est-ce pas ?
Reprendre le quotidien, c'est accepter au fil des jours de laisser une partie de soi mourir au loin.
Pas une journée ne passe sans que je n'aie au moins une pensée pour le Rwanda. Mais après avoir cassé les oreilles de mes proches pendant les six premiers mois du retour, j'ai vite réalisé que certaines sensiblités étaient impossibles à partager. Revenir - je veux dire revenir vraiment- c'est accepter la solitude. C'est comprendre qu'un cri dans le désert vaut la peine d'être poussé même s'il ne trouve pas résonnance. A suivre :)
9.30.2009
11.27.2008
Le libérateur
L'inimitable général rebelle Laurent Nkunda, qui sévit au Nord Kivu, entend "libérer" tous les Congolais, sans doute investi de la toute puissance de Dieu. Il exige la renégociation d'un accord d'investissement de 9 milliards de dollars passé avec la Chine, accord qui offre au géant nippon un accès aux précieuses ressources minières. Je suis persuadée que Nkunda y a pensé tout seul. Aussi bien dire qu'aucune puissance n'a intérêt à concurrencer la Chine sur ce terrain et que... je crois au Père Noël.
Un excellent bouquin : Les Fantômes du Roi Léopold d'Adam Roschild, qui raconte les années de calvaire endurées par les Congolais sous la colonisation belge, au début du siècle dernier. Des hommes réduits à l'esclavage, forcés à cueillir le précieux caoutchouc, pendant que l'on violait leurs femmes, détenues en otage. Et cette politique des mains coupées : le roi belge exigeait que ses hommes de main, un peu trop portés sur la chasse aux éléphants, prouvent que leurs douilles de fusils servaient bel et bien à tuer du Congolais rebelle, et non des bestioles-à-ivoire. Les Belges devaient donc couper la main droite des locaux abattus et la rapporter à l'administration coloniale, pour fins de recensement. Nos amis ont-il pour autant cessé leur chasse à l'éléphant ? Que nenni! Ils ont continué leur petit jeu, et entrepris d'amputer volontairement des enfants pour satisfaire les quotas.
Jamais rencontré un peuple à la fois si châtié et si souriant. Une belle leçon de courage.
Un excellent bouquin : Les Fantômes du Roi Léopold d'Adam Roschild, qui raconte les années de calvaire endurées par les Congolais sous la colonisation belge, au début du siècle dernier. Des hommes réduits à l'esclavage, forcés à cueillir le précieux caoutchouc, pendant que l'on violait leurs femmes, détenues en otage. Et cette politique des mains coupées : le roi belge exigeait que ses hommes de main, un peu trop portés sur la chasse aux éléphants, prouvent que leurs douilles de fusils servaient bel et bien à tuer du Congolais rebelle, et non des bestioles-à-ivoire. Les Belges devaient donc couper la main droite des locaux abattus et la rapporter à l'administration coloniale, pour fins de recensement. Nos amis ont-il pour autant cessé leur chasse à l'éléphant ? Que nenni! Ils ont continué leur petit jeu, et entrepris d'amputer volontairement des enfants pour satisfaire les quotas.
Jamais rencontré un peuple à la fois si châtié et si souriant. Une belle leçon de courage.
11.23.2008
Autre mort d'un scribe
Didace Namujimbo, journaliste à radio Okapi, a été abattu par balle à bout portant vendredi soir par des inconnus à Bukavu. Il est le second journaliste de cette radio parrainée par les Nations unies assassiné dans cette ville, capitale de la province du Sud-Kivu. La Mission des Nations unies au Congo (Monuc) a déclaré ne rien savoir de l'identité des agresseurs.
-RFI
Mes amis de Radio Okapi et d'Hirondelle sont de nouveau en deuil aujourd'hui. Vraiment, je ne sais plus trop que dire. Cette semaine, nous étions justement à parler projets, avenir, pour les journalistes de la région. Puis, vlan, la Grande Faucheuse.
-RFI
Mes amis de Radio Okapi et d'Hirondelle sont de nouveau en deuil aujourd'hui. Vraiment, je ne sais plus trop que dire. Cette semaine, nous étions justement à parler projets, avenir, pour les journalistes de la région. Puis, vlan, la Grande Faucheuse.
11.16.2008
L'entretien de la misère
« Il est évident que les ressources naturelles de la RDC alimentent la convoitise de certaines puissances et ne sont pas étrangères à la violence que l’on impose à sa population. En effet, tous les conflits se déroulent dans les couloirs économiques et autour des puits miniers. Comment comprendre que les différents accords soient violés sans aucune pression efficace pour contraindre les signataires à les respecter ?"
- évêques catholiques, message à la Nation
Un journal congolais titrait ces derniers jours que "des multinationales canadiennes" sont derrière le mouvement rebelle animé par Laurent Nkundabatware, aux côtés de consoeurs israéliennes, américaines, etc. Du coup, ce souvenir. Septembre 2007, Lac Kivu. Avec un groupe de journalistes, nous nous pointons sur un chantier possédé par des intérêts canadiens (une mystérieuse industrie presqu'à numéro dont on ne saura rien qui vaille). Gros projet en cours : extraction de gaz méthane (pour fins humanitaires), en vue de produire de l'électricité (pour les locaux, oui, bien sûr), dans une région où sévit la misère, où le quidam n'a ni eau ni électricité, et où une élite bien pensante a le culot de me dire : "Ces gens, ce ne sont que des paysans, ils ne sauraient pas quoi en faire, de l'électricité." On parie? Aux dernières nouvelles, le terrain a été repris par une entreprise israélienne et les paysans, bien... les paysans, ils restent dans le noir, sans cette électricité dont on a décidé qu'ils étaient indignes.
Quant à nous, pauvres scribes sans odeur, bien... nous avons été virés du terrain manu militari. N'eût égard à mon statut de Canadienne.
Quelques questions sans réponses, qui commencent à m'irritier royalement :
-Que fait la MONUC en RDC?
-D'où viennent les armes qui pullulent dans la sous-région ?
-Où transitent les ressources naturelles ? Quelle destination ?
-Pourquoi les mondes anglosaxons sont-ils si peu empressés de traduire ces questions dans leur langue?
- évêques catholiques, message à la Nation
Un journal congolais titrait ces derniers jours que "des multinationales canadiennes" sont derrière le mouvement rebelle animé par Laurent Nkundabatware, aux côtés de consoeurs israéliennes, américaines, etc. Du coup, ce souvenir. Septembre 2007, Lac Kivu. Avec un groupe de journalistes, nous nous pointons sur un chantier possédé par des intérêts canadiens (une mystérieuse industrie presqu'à numéro dont on ne saura rien qui vaille). Gros projet en cours : extraction de gaz méthane (pour fins humanitaires), en vue de produire de l'électricité (pour les locaux, oui, bien sûr), dans une région où sévit la misère, où le quidam n'a ni eau ni électricité, et où une élite bien pensante a le culot de me dire : "Ces gens, ce ne sont que des paysans, ils ne sauraient pas quoi en faire, de l'électricité." On parie? Aux dernières nouvelles, le terrain a été repris par une entreprise israélienne et les paysans, bien... les paysans, ils restent dans le noir, sans cette électricité dont on a décidé qu'ils étaient indignes.
Quant à nous, pauvres scribes sans odeur, bien... nous avons été virés du terrain manu militari. N'eût égard à mon statut de Canadienne.
Quelques questions sans réponses, qui commencent à m'irritier royalement :
-Que fait la MONUC en RDC?
-D'où viennent les armes qui pullulent dans la sous-région ?
-Où transitent les ressources naturelles ? Quelle destination ?
-Pourquoi les mondes anglosaxons sont-ils si peu empressés de traduire ces questions dans leur langue?
11.13.2008
Attention danger
Les événements se précipitent : en Allemagne, arrestation de la rwandaise Rose Kabuye, épouse d'un éditeur que j'ai côtoyé pendant mon terrain. Elle est accusée d'avoir fomenté l'attentat contre le président Habyarimana, prélude au génocide. Au Rwanda : expulsion subséquente de l'ambassadeur de l'Allemagne. Or, la coopération allemande est très très importante là-bas.
En RDC, preuves de plus en plus évidentes de l'implication du Rwanda dans le conflit opposant l'armée aux rebelles. De même, on signale un changement de discours très inquiétant chez la présidence rwandaise, qui a cessé de nier catégoriquement son implication en RDC et qui... pourrait se chercher un bouc émissaire. Tous masques tombés, serait-ce là un prélude à une invasion armée en sol congolais ? De même, fragilité extrême des populations tutsies du Congo, les Banyamulengue, face à une population congolaise poussée à bout. Dans ces régions, les ethnies peuvent être instrumentalisées pour fins de culpabilisation, et l'on sait rarement qui attaque qui exactement. Ce qui a commencé à se dessiner pendant mon terrain, et les pires cauchemars d'alors, seraient-ils en train de se matérialiser ?
En RDC, preuves de plus en plus évidentes de l'implication du Rwanda dans le conflit opposant l'armée aux rebelles. De même, on signale un changement de discours très inquiétant chez la présidence rwandaise, qui a cessé de nier catégoriquement son implication en RDC et qui... pourrait se chercher un bouc émissaire. Tous masques tombés, serait-ce là un prélude à une invasion armée en sol congolais ? De même, fragilité extrême des populations tutsies du Congo, les Banyamulengue, face à une population congolaise poussée à bout. Dans ces régions, les ethnies peuvent être instrumentalisées pour fins de culpabilisation, et l'on sait rarement qui attaque qui exactement. Ce qui a commencé à se dessiner pendant mon terrain, et les pires cauchemars d'alors, seraient-ils en train de se matérialiser ?
11.04.2008
La belle illusion
Demain, la tête reprendra le dessus.
Je me dirai : Barack ou McCain, cela ne changera pas grand chose, car les politiciens américains confronteront invariablement contraintes, guerres, crises économiques, résistance. L'économique continuera de gruger le pouvoir du politique.
Et 50% versus 49%, cela n'a rien de si éclatant tous comptes faits...
Mes amis congolais continueront de souffrir, car les racines de leurs souffrances sont ailleurs, dans les marchés de violence, ces marchés fructueux qui alimentent aussi les grands partis.
Mais aujourd'hui, j'ai le goût de fêter, parce que les Américains ont dit "oui" à la tolérance et rendu leur fierté à ces hommes et ces femmes qui, jadis et encore, ont été ostracisés à cause de la couleur de leur peau.
Aujourd'hui, je fête parce que les Américains ont dit :"oui, on se réconcilie avec le reste du monde".
Je me dirai : Barack ou McCain, cela ne changera pas grand chose, car les politiciens américains confronteront invariablement contraintes, guerres, crises économiques, résistance. L'économique continuera de gruger le pouvoir du politique.
Et 50% versus 49%, cela n'a rien de si éclatant tous comptes faits...
Mes amis congolais continueront de souffrir, car les racines de leurs souffrances sont ailleurs, dans les marchés de violence, ces marchés fructueux qui alimentent aussi les grands partis.
Mais aujourd'hui, j'ai le goût de fêter, parce que les Américains ont dit "oui" à la tolérance et rendu leur fierté à ces hommes et ces femmes qui, jadis et encore, ont été ostracisés à cause de la couleur de leur peau.
Aujourd'hui, je fête parce que les Américains ont dit :"oui, on se réconcilie avec le reste du monde".
10.28.2008
Le Congo, encore
C'était si prévisible.
Entre secrets de polichinelle et initiatives de paix utilisées comme autant d’outils de guerre, les conflits de la région des grands lacs sont modes de vie, éléments de déstructuration continuelle, « nécropolitiques», pour emprunter l’expression d’Achille Mbemb.
Depuis quelques jours, quelques courriels d'amis congolais un peu affolés.
Je dis un peu, car après tant de feu aux poudres, l'affolement est devenu une habitude et le fatalisme, un ami proche.
D'abord Sam, journaliste à Radio Okapi, une petite station protégée par les Nations Unies. Il est en beau fusil. Pourtant, je ne l'avais jamais vu autrement que joyeux.
Mon amie Alyce-aux-mangues, qui pratique son métier au sud Kivu. Encore à l'abri des coups de feu. Pour l'instant.
Enfin, Louis, qui a quitté la paisible Université Laval pour retourner auprès des siens, en pleine zone de guerre.
Ce soir, un reportage au Téléjournal faisait état d'un million de déplacés. Un million. J'étais heureuse qu'enfin, on parle de ce conflit oublié. Mais je savais aussi que c'était là le signe d'un glissement irrécupérable. Lorsque le Téléjournal s'intéresse à un conflit africain, c'est qu'il est déjà trop tard.
Nous le savions. Nous l'avons toujours su. Nous savions ce qui s'y tramait : marchés de violence, armes, rôle des puissances, ressources naturelles, et cet incontournable Rwanda. Le Rwanda, encore et toujours.
Je n'ai jamais rien dit, jamais critiqué, parce que j'étais dans l'antre du loup et aussi parce que j'avais trop d'attaches. J'ai préféré parler en paraboles, je continue de le faire, tous dans la région le font, ils ne font que ça, fermer leur bouche, pour se préserver, pour sauver leurs familles, pour préserver leur avenir, car le maquisard d'aujourd'hui sera peut-être le leader de demain. Et parce que les leaders ont la mémoire longue et la gachette facile.
http://www.africatime.com/rdc/index.asp
Entre secrets de polichinelle et initiatives de paix utilisées comme autant d’outils de guerre, les conflits de la région des grands lacs sont modes de vie, éléments de déstructuration continuelle, « nécropolitiques», pour emprunter l’expression d’Achille Mbemb.
Depuis quelques jours, quelques courriels d'amis congolais un peu affolés.
Je dis un peu, car après tant de feu aux poudres, l'affolement est devenu une habitude et le fatalisme, un ami proche.
D'abord Sam, journaliste à Radio Okapi, une petite station protégée par les Nations Unies. Il est en beau fusil. Pourtant, je ne l'avais jamais vu autrement que joyeux.
Mon amie Alyce-aux-mangues, qui pratique son métier au sud Kivu. Encore à l'abri des coups de feu. Pour l'instant.
Enfin, Louis, qui a quitté la paisible Université Laval pour retourner auprès des siens, en pleine zone de guerre.
Ce soir, un reportage au Téléjournal faisait état d'un million de déplacés. Un million. J'étais heureuse qu'enfin, on parle de ce conflit oublié. Mais je savais aussi que c'était là le signe d'un glissement irrécupérable. Lorsque le Téléjournal s'intéresse à un conflit africain, c'est qu'il est déjà trop tard.
Nous le savions. Nous l'avons toujours su. Nous savions ce qui s'y tramait : marchés de violence, armes, rôle des puissances, ressources naturelles, et cet incontournable Rwanda. Le Rwanda, encore et toujours.
Je n'ai jamais rien dit, jamais critiqué, parce que j'étais dans l'antre du loup et aussi parce que j'avais trop d'attaches. J'ai préféré parler en paraboles, je continue de le faire, tous dans la région le font, ils ne font que ça, fermer leur bouche, pour se préserver, pour sauver leurs familles, pour préserver leur avenir, car le maquisard d'aujourd'hui sera peut-être le leader de demain. Et parce que les leaders ont la mémoire longue et la gachette facile.
http://www.africatime.com/rdc/index.asp
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