Les Rwandais sont maîtres dans l'art de retirer un maximum d'information d'un interlocuteur, tout en conservant jalousement leur propre vie privée. Une habileté qu'un blanc-bec muzungu se doit d'acquérir rapidement s'il veut avoir une chance de survivre socialement. L'occidental de service a coutume de mettre rapidement cartes sur table, mué d'une authenticité bon enfant qui peut vite être assimilée ici à de la sottise. Je ne compte plus les fois où je me suis fait avoir, au détour d'une rencontre. Quelle drôle de sensation que de se rendre compte, après un quart d'heure de bla-bla, que l'interlocuteur connaît l'ABC de nos activités, alors que son seul nom, on n'en sait que dale... Remarquez, à vivre à 10 millions sur une toute petite parcelle de continent, quoi de plus naturel que d'enseigner à des enfants à dire "je ne sais pas" aux questions des voisins. Un jour, j'ai essayé pour voir. Dans la rue, à un curieux qui me demandait "où allez-vous?", j'ai répondu : "chez moi, en Amérique", sans ne rien ajouter. "Chez-vous? Mais! Mais! C'est impossible, c'est trop loin!". Et moi de répondre, en un sourire énigmatique : "Oh, mais je ne suis pas pressée."
Les Rwandais ont horreur du rose
(InfoSud 17/09/2007) (Syfia Grands Lacs/Rwanda)
Le rose, autrefois symbole d'amour et d'amitié, est aujourd'hui une couleur détestée au Rwanda. C'est celle des vêtements des prisonniers, en particulier des accusés de génocide, qui réveille de trop mauvais souvenirs. Plus personne n'ose en porter. Course poursuite effrénée dans la ville de Musanze, au nord du Rwanda. Klaxon en action et phares allumés en pleine journée, un pick-up de la police roule à vive allure pour arrêter une voiture suspecte. À son bord, un jeune homme d'une trentaine d'années, portant une chemise rose. La voiture du pourchassé, Kamanzi, lauréat de l'Université nationale du Rwanda, s'arrête. Comme dans un film d'action américain, trois policiers sautent de leur véhicule et l'encerclent. D'abord menaçants, les hommes en armes finissent par sourire et s'excuser. Alors que Kamanzi reprend sa respiration et cherche à comprendre ce qui lui arrive, les policiers, kalachnikov en mains, lui expliquent : "Nous t'avons vu de loin passer à côté de la prison et avons cru que tu étais un détenu qui nous échappait. Ton pantalon noir nous prouve que tu n'en es pas un." Stupéfait, Kamanzi reprend sa route, regrettant l'argent que sa fiancée a dépensé pour acheter sa belle chemise rose à l'occasion de la soutenance de son mémoire de fin de cycle universitaire. Déçu, Kamanzi n'est pas surpris outre mesure que cette couleur lui attire des ennuis…
La suite : http://www.africatime.com/rwanda/index.asp
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