7.26.2007

Un premier safari


Le Parc de l'Akagera, situé dans l'est du Rwanda, est l'une des destinations les plus populaires. Après avoir déserté le parc entre 1990 et 1994, soit pendant les années de guerre, la faune a recommencé à le repeupler. J'ai savouré la grâce de ces zèbres, malgré leur fâcheuse tendance à me tourner le dos pour me snober...

Hé, hé, une incruste dans la vraie savane africaine! En arrière plan, très très loin derrière, nos amis les zèbres Alakazou qui trottinent en toute quiétude, nullement dérangés par cette présence suspecte...

Le parc de l'Akagera est un tout petit parc en fait : à peine 70km de long. Il faut dire qu'il est constamment menacé par la croissance démographique et a récemment été amputé d'une partie de son territoire, au profit d'une paysanerie en manque de lopins de terre. La population rwandaise, d'environ 9 millions de personnes présentement, est appelée à doubler dans 20 ans. Imaginez, pour un pays qui s'étend sur un maximum de 248 km entre le nord-est et le sud-ouest... soit la distance entre Québec et Montréal!

Mon fantasme photographique (presque) réalisé. Je l'avais dit avant de partir : je rêvais de me faire photographier... en prenant une girafe par le cou. Celle-ci n'a pas voulu... mais a-t-elle au moins accepté de faire la belle. Parlons ici d'un demi-fantasme...Du coup, j'annonce officiellement que je renonce à mon projet initial... sachant qu'une girafe peut tuer un lion d'un seul coup de sabot.

Les ampalas... des bêtes magnifiques qui ont un petit côté "bambi" plus que vulnérable. Vu sous cet angle, on peut presque saluer la décision des lions de déguerpir du parc pour aller se réfugier en Tanzanie voisine pendant les années de tourmente. Ce n'est certes pas Bambi qui va se plaindre... (Andréanne... un autre animal pour toi).

Les girafes en raffolent, de ces acacias gigantesques et quelque peu perdus dans le décor... Mesdames, pour éviter le torticolis, se doivent de brouter la cime de ces arbres. Moi, je dois dire que j'ai passé la journée à essayer de trouver un angle original pour les capturer en images. Mais allez photographier un arbre!
Mes compatriotes de voyage : des stagiaires québécoises et des religieuses rwandaises, toutes de la communauté des soeurs du Bon-pasteur à Kigali (merci matante Simone...), de même que Umugabo w'umuteetsi, cuisinier de la communauté... qui a juré de mettre sa main dans la gueule d'un crocodile, pour prouver sa virilité. Ah zut, on n'en a même pas vus... peut-être le savait-il?

Un voisin de taille

J'ai enfin un toit à Kigali. Bonne nouvelle : l'appartement est petit mais sympatique, il est situé dans le quartier des ambassades, à proximité du célèbre Hôtel des mille collines, où l'on passe les « dimanches à la piscine à Kigali »... la mauvaise nouvelle, c'est qu'en cas de coup d'État, l'incruste saute aussi... mon voisin n'étant nul autre que Sa Présidence. Est-ce la raison pour laquelle les Rwandais semblent éviter le quartier ? Hum... en tout cas, j'ai aussi pour voisin une famille indienne et deux familles de diplomates chinois. Comme quoi les plus optimistes sont toujours les étrangers... lesquels sont après tout susceptibles de se faire évacuer dans les 72 heures en cas de pépin... Côté sécurité, c'est du béton armé, je vous dis. Des rues barrées à chaque coin, des militaires bien vigilants... le nec ultra, quoi. Petit test à ne pas faire : enfiler ses chaussures de course, se positionner devant l'une des barrières de sécurité entourant la Seigneurerie, retenir son souffle et... foncer!

7.13.2007

La bière de banane

Cela faisait un moment que je voulais vous parler de la bière de banane, un alambic local très très apprécié et très très très consommé par les hommes rwandais, pour qui la banane mure ne vaut la digestion que sous forme liquide... Si j'ai attendu si longtemps avant d'en parler, c'est surtout que je voulais être certaine d'avoir bien digéré la gorgée que j'ai accepté d'avaler. Je l'avais encore dans le gorgotton et sa seule évocation me donnait la nausée...
Donc... retour en arrière... Vroum.

C'est l'heure du souper, le père Sébastien s'amène avec une bouteille et une fierté non dissimulée.
-Annie, il faut goûter à cette bière locale.
Cela n'est un secret pour personne : je déteste la bière, sous toutes ses formes, fut-elle exotique.
- Père Sébastien, pas question! J'haïs la bière.
- Annie, tu dois goûter.
- Père Sébastien, vous savez combien j'haïs les pois verts. J'ai cessé d'en goûter depuis ma plus tendre enfance car vous savez quoi ? Je les détesterai jusqu'à la fin de mes jours. Et vous savez quoi? Pour la bière, ben c'est pareil.
- Ce n'est pas de la bière ordinaire, c'est de la bière de banane.
- Père Sébastien, même si les pois étaient bleus, je les détesterais pareil.
- Mais vous aimez la banane! Goûtez, je vous dis.
J'ai goûté, c'était infect. Je le savais.
-Ouach, ça goûte le vinaigre! Comment pouvez-vous me faire avaler un poison pareil ?

Cela dit, il semble que les touristes adorent. Et les Rwandais les plus pauvres, qui n'ont pas trop les moyens de faire dans la bière usuelle. J'en profite pour mentionner qu'ici, l'acte de manger n'a rien de très "fashion" : on invite volontiers les amis à boire un verre, mais pas à manger. D'ailleurs, si on ne se cache pas pour manger, il reste que rarement vous ne verrez un Rwandais bouffer un sandwich en pleine rue. Plusieurs aussi ne mangent qu'une fois par jour.

Les pères n'auront plus l'occasion de me faire goûter des spécialités locales, car je les ai quittés, avant qu'ils ne mettent leur menace à exécution : me trouver un mari rwandais. J'ai offert à ma tête de turc favorite (lire : le Père Faustin) de quoi être hanté par moi jusqu'à la fin de ses jours : un petit vase de table québécois Ketto, décoré d'une petite fée blanche.

"Comme ça, vous penserez à moi à chaque repas. Ma petite fée vous aura à l'oeil!"

Il a levé les yeux au ciel. Remarquez, je crois que ma présence a renforcé sa foi...

7.07.2007


L'Université nationale du Rwanda était en juin le théâtre d'un festival des arts de la scène rejoignant plusieurs universités de la région des grands lacs. Alors qu'en Occident, on se bat pour faire danser nos hommes, ici, la danse est un art très masculin...
On remballe!

J'ai appris à la dure... l'art de la recherche d'un appartement à la rwandaise! Un ami québécois avait un ami qui lui, avait un ami, qui lui avait un pote... au final, on a couru toute la journée, on m'a promis mers et mondes pour un prix raisonnable (lire : non muzungu...) pour finalement aboutir au final dans une piaule ridicule. Le tout m'a coûté la modique somme de 15 dollars US, mais aussi beaucoup beaucoup de temps. « J'en ai marre, la journée est terminée, au revoir et merci ». Ce fut mon soubresaut de colère de fin de journée, quand j'ai fini par renvoyer tout ce beau monde... pour ensuite en rire un coup sous cap. Ai fini par me réfugier chez un (vrai) ami qui m'a gentiment conseillée : « Annie, assume ton état de muzungu, va vivre dans le quartier des ambassades et accepte de payer une fortune ».
De jeunes figurants sur le plateau de tournage du film controversé "Opération turquoise", tourné au Rwanda.