3.28.2007

Dialogues surréalistes

Après deux jours, je sais déjà que mon attitude de blogueuse différera de celle en Bosnie, où mes amis locaux lisaient mon blogue. Ici, j'ai déjà résolu de ne donner cette adresse à personne.

Dialogue surréaliste

Michel- Annie, as-tu ton permis de conduire ?
Annie- Oui.
Michel- Écoute, j'ai une mercedes à la maison qui ne sert à rien. Je peux te la prêter pendant ton séjour si tu veux ?
Annie- Tu as de bonnes assurances?

Bien sûr que j'ai refusé ! La marche est meilleure pour la santé... de tout le monde.

Théo et cie

Mon hôte est d'une gentillesse exquise. Vraiment. Nous nous entendons à merveille, et je suis déjà triste de quitter la maison lundi, pour un déménagement à Butare, près de l'université nationale. Lui part deux semaines à Moscou et à Paris, pour affaires et pour suivre les enseignements d'un maître de karaté japonais. J'ai promis de l'initier au hiking. Grâce à lui, mon atterrissage s'est effectué en douceur: il m'a présenté à son cercle d'amis, il m'a hébergée, aidée. Il m'assure que ma présence lui fait le plus grand bien : depuis que je suis là, ce divorcé solitaire ne saute plus de repas, au grand plaisir de sa domestique qui cuisinait pour rien la plupart du temps. Théo a un sens de l'humour grinçant et comme je ne donne pas ma place, nos conversations ne manquent pas de mordant.

J'ai fait la connaissance de Dominique, un pasteur et chef du conseil de presse, qui pourra m'aider dans mes recherches. Il a aussi trouvé une « procure » religieuse, où je pourrai louer une chambre à chacune de mes visites à Kigali. Théo est souvent en voyage, et ma présence continuelle pourrait ferait jaser. Pas trop envie que l'ex-femme ne trouve un prétexte pour lui refuser la visite de ses enfants... J'ai aussi fait la connaissance de Laurien, par l'entremise d'un ami québécois, un jeune fonctionnaire marié et père de cinq enfants (charmants) avec qui je me promènerai de temps à autres. Enfin, Gérard, professeur à Butare et ancien de Laval, me fera visiter ma future ville. Il y en a d'autres, bref, je suis bien entourée, sans que tout ne devienne trop lourd.

3.26.2007

Du faux au vrai!

Faux départ

Dans quoi je me suis embarquée ?

Jeudi, 22 mars. Je suis à l'aéroport de Montréal. On vient de m'apprendre (à la dernière minute) que mon vol pour Washington a été annulé. C'en est fait de ma connection pour Johanesburg, en Afrique du sud. Instant de panique : United Airlines s'en lave les mains, c'est mon problème semble-t-il (vive la sous-traitance). Du coup, il faut tout rebooker pour le lendemain, avec détour obligé par New York, New York. Non, je ne fais pas ici référence à la chanson bien connue, mais à la triste réalité : je dois atterrir à Newark, New York, mais redécoller à partir de JFK, New York. La navette entre les deux (une heure de route) sera à mes frais. Envolée aussi cette longue escale chez mon oncle Claude à Johanesburg, oncle que j'entreverrai à peine. Si je l'écris mot pour mot, c'est pour avoir des témoins : les compagnies aériennes américaines, c'est terminé.

Bienheureuse arrivée

Ouf, 15 heures de vol entre New York, New York et Johanesburg, c'est mauvais pour le cou, la peau, et surtout, pour le popotin. Après m'être tapé trois repas, deux longs métrages, un documentaire sur les éléphants, et dormi 6 heures, j'ai finalement touché le sol africain pour la première fois. À Johanesburg, j'ai eu le temps de voir Claude, son épouse Larissa et leur petit trésor, Daniel. De la ville à peine entrevue, je retiendrai ceci : si l'Apartheid politique est terminé, il reste un Apartheid économique encore plus pernicieux. Les blancs roulent en voiture. Les noirs marchent ou s'entassent dans un mini-bus. Les bidonvilles sont noirs, les quartiers riches presque exclusivement blancs. Un mince espoir : dans un complexe d'amusement hyper sécurisé, jadis réservé aux seuls blancs, j'ai vu un enfant noir courir avec trois petits visages pâles. Un jour, des couples mixtes se promèneront main dans la main, qui sait... mais je me demande si je rêve. Actuellement, Johanesburg, ville réputée la plus dangereuse au monde, croule sous l'insécurité. Qui osera donc emprunter le métro qui sera opérationnel dès 2010? Cette anecdote du rwandais Théo : de passage pour affaires pendant l'Apartheid, Théo s'est vu attribuer tous les avantages normalement dévolus aux blanc, afin qu'il puisse négocier en bonne et due forme. On a donc étampé sur son passeport l'insultante mention : « Temporary white ».

Topo Théo. Qui est-il ? C'est celui qui, dès mon arrivée à Kigali le lendemain, a tout mis en oeuvre pour me faciliter la vie. Il m'a accueillie à l'aéroport, m'a aidée à entreprendre mes démarches bancaires et de visa, en plus de me loger chez lui pour une semaine. Homme d'affaires divorcé, président de la Fédération rwandaise de karaté (ya!), il occupe une spacieuse maison tout près du centre-ville. J'ai rapidement fait connaissance avec Gérard, un autre ancien de l'Université Laval, qui enseigne à l'Université nationale du Rwanda. Il m'aide actuellement dans mes recherches de logement. Bref, je suis très très bien entourée (ya! ya!), nullement inquiétée côté sécurité (ya! ya!). Du coup, je confirme: la douane américaine est infiniment plus dangeureuse que Kigali (clin d'oeil à celui qui m'a soumis à un interrogatoire, sous prétexte que je voyage trop. Je confirme aussi que je ne suis pas une trafiquante d'armes).

Topo météo. Après une première journée dans les 35 degrés, j'ai demandé à Gérard, vaguement inquiète: « Suis-je la seule ici à trouver qu'il fait chaud aujourd'hui ? Le pire est-il à venir? ». La bonne nouvelle : non, je ne suis pas la seule à suer. La mauvaise : en août, ce sera pire. On dit du Rwanda qu'il est le pays de l'éternel printemps. L'éternelle canicule, oui!

Topo ville. Après un Sarajevo au creux des montagnes, me voici en plein coeur d'une ville bossue, toute de colline revêtue. Les rues sont partiellement pavées, les bidonvilles avoisinent des quartiers riches et généralement situés dans les hauteurs. J'ai exécuté ma première bibitte, par noyade : un modeste mille-pattes. Les arbres sont magnifiques, fleuris, la végétation verte, dense, riche, donc pas si sèche. Forcément, il pleut ponctuellement. Je ne suis surprise de rien, pour l'instant. Zéro effet de décalage horaire. Zéro inquiétude. Tout marche comme sur des roulettes !

3.02.2007

En route pour le Rwanda

Il neige à mourir dehors. Ce sera peut-être ma dernière tempête de neige pour 2007. D'ici à trois semaines, je vivrai dans la chaleur des Grands Lacs africains, au Rwanda. La seconde partie de mon terrain m'amènera à suivre des journalistes du New Time (Kigali) et des coopérants qui tentent de rehausser des médias locaux. Comme pour la Bosnie, des journalistes ont été partie prenante des exactions commises, cette fois lors du génocide de 1994. Au Rwanda, certains de ces journalistes ont été condamnés pour crimes contre l'humanité, contrairement à ceux de la Bosnie. Comment la profession se relève-t-elle d'un tel choc ? C'est à voir. L'approche comparative que j'adopterai promet d'être intéressante. Ce que je m'attends à trouver? Une ambiance totalement différente d'une Bosnie caractérisée par des structures politiques axées sur la partition ethnique. Au Rwanda, pas de ça, me dit-on. Au contraire, on tente d'inculper une appartenance rwandaise, et non "hutue" ou "tutsi". "Tu verras, ton environnement ne te donnera aucun indice de ce qu'il y a eu un génocide". C'est une Rwandaise de Montréal qui m'a expliqué. On verra. J'ai hâte. Ce que je m'attends de trouver, encore? Des montagnes éblouissantes, des bibittes grosses comme ma main, sans oublier cette turista qui m'attend déjà au détour d'un chemin...