Cauchemar matinal
Pendant mon séjour à Srebrenica, j'ai pris pension chez le sympatique Abdullah, qui tient le seul hôtel digne de ce nom. Le comble de la malchance pour le lève-tôt ? Demeurer enfermé dans la maison-hôte alors que notre tenancier est introuvable à 7 heures du matin. Outre le fait que ce ne soit guère approprié en cas de feu et de décès du maître des clefs, que faire ? Stratégie première : s'assurer que l'on est bel et bien enfermé en testant la porte. Stratégie seconde : chercher des clefs à proximité (sur les autres portes, les tables, dans les pots à fleurs). Stratégie troisième : chercher une autre sortie. Évaluation de la hauteur de la fenêtre. C'est jouable. Le hic, c'est qu'une fois dehors, on fait quoi si on ne peut plus revenir ? Stratégie quatrième : par quelques bruits caractéristiques, manifester publiquement son intention de sortir. Stratégie cinquième : trouver l'hôte! Ce que je fais, ouvrant une porte au hasard. Malédiction ! Je tombe sur... un lit avec l'hôte ronfleur dormant à poings fermés! Petit sursaut d'horreur, referme la porte vivement, réessaie les stratégies 1-2-3-4, retour sur la 5, mais cette fois tout en subtilités, en frappant doucement à ladite porte(on avait annoncé le petit-déj dès 7 heures après tout...). J'appelle cela, le réveil de Barbe-Bleue...
Cauchemar onusien
Potocari. Ai croisé le campement abandonné du commandement hollandais des Nations-unies mis en cause en 1995. C'est là, à proximité de Srebrenica, enclave « protégée », que les villageois en fuite au travers les collines ont trouvé refuge alors que l'Armée s'en prenait à tout ce qui bougeait. Se pointe le général Ratko Mladic (toujours recherché pour crimes de guerre...), qui demande à son vis-à-vis onusien de faire sortir tout ce beau monde, assurant qu'aucun mal ne leur serait fait. L'ONU obtempère, renvoie les centaines de villageois apeurés. Mladic sépare les hommes des femmes et enfants. L'ONU ne bouge pas. Mladic fait tuer illilo tous les hommes, sous les yeux de la mission de « paix ». Aujourd'hui, des centaines de tombes font face au campement abandonné, comme autant de giffles. Au sein du campement laissé vacant, Alexandre, Belge rencontré au PNUD, a trouvé des grafitis laissés par les soldats onusiens, des propos très offensants envers les bosniaques, en particulier envers les « bosnians girls ». Pas mal dégoûté. Moi aussi.
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