Bon, je prends une grande respiration et je me décide à jaser très brièvement élections, prenant soin de noter que je risque d'être indigeste et en plus, de tourner les coins ronds.
Ils en ont très certainement parlé dans les médias canadiens, du moins dans un petit encart en page D12... Le 1er octobre, c'était donc jour d'élections en Bosnie, élections plutôt complexes. Pour résumer très sommairement, il régnait un scepticisme flagrant au sein de la communauté internationale, puisque l'on s'attendait d'une part à ce que les jeunes boudent encore les urnes et d'autre part à ce qu'une fois de plus, les partis nationalistes triomphent. Erreur : contre toute attente, les jeunes ont voté et il y a eu quand même des surprises.
Rappel des faits (tel que demandé par Christelle) : la Yougoslavie a été artificiellement créée après la conclusion de la Seconde guerre mondiale, alors que plusieurs ethnies ont été réunies sans qu'on leur demande leur avis. Ce bric-à-brac a tenu parce que le pouvoir communiste de Tito était basé sur un projet de socialisme reléguant religion et ethnicité en arrière-plan. Tito disparaît, le communisme s'effronte et le vide causé par la fin de l'idéologie est comblé par la montée des nationalismes. On a alors grosso modo trois morceaux : la Croatie (majorité catholique), la Serbie et Montenegro (majorité orthodoxe) et entre les deux, la Bosnie-Herzégovine, où aucune ethnie ne se détâche vraiment (musulmane bosniaque, croate, serbe). En 1987, sous prétexte de défendre l'intégralité du territoire de la Yougoslavie, Milosevic prend le pouvoir avec le projet de fomenter une Grande Serbie (partie serbe+ aller chercher la Bosnie et même plus) mais oups, la Croatie se réveille et veut aussi sa part du gâteau bosnien, dans une moindre mesure. Entre temps, la majorité de la population de la Bosnie, qui ne veut rien savoir de la gourmandise de ses voisines, déclare son indépendance, voulant préserver sa diversité. Résultat : agression de la Serbie avec la complicité de paramilitaires serbes de Bosnie, nettoyage ethnique, la Croatie entre dans la danse (à Mostar...), une faction bosnienne musulmane se durcit.
Lorsque les Accords de Dayton sont conclus en 1995, le mal est déjà fait : une partie de la Bosnie-Herzégovine a été « nettoyée » par l'armée yougoslave, et les accords de paix ne font qu'avaliser un état de fait. Résultats: la Yougoslavie n'existe plus, nous aurons la Serbie, la Croatie, et une Bosnie divisée en deux entités (fédération croate et bosniaque, avec Sarajevo comme capitale et une République serbe de Bosnie). C'est un aparteid avalisé et tous s'entendent pour dire que ce n'est aucunement viable à moyen-terme. Imaginez : un petit pays de 4 millions d'habitants, avec deux entités, trois réseaux de télévision nationaux, trois gouvernements à élire sur une base ethnique, comme si l'identité était un truc biologique et rigide! Lors des élections en Bosnie, les Croates devaient se choisir leur président, les Bosniaques aussi, de même que les Serbes. Mais attention : les Croates qui vivent dans la république serbe ne pouvaient même pas voter pour le représentant serbe de la république! Un peu comme si l'Ontarien présent à Montréal depuis son enfance ne pouvait voter aux élections québécoises! Le parallèle est grossier mais c'est pour donner un exemple.
Ok, Ok, j'en viens aux résultats : on s'attendait à ce que chaque ethnie vote pour son parti nationaliste. Surprise : les croates et les musulmans ont voté pour les candidats de la réunification de la Bosnie. Par contre, oups, les Serbes ont voté pour un candidat nationaliste qui s'est prononcé pour la sécession de la République serbe et son rattachement à la Serbie... Quand même, comme qui dirait le responsable du Centre culturel français Malraux que j'ai croisé, « au moins, les positions ont le mérite d'être claires, et puis il y a de l'espoir, les jeunes ont bougé et en ont assez des divisions ethniques ».
En marge de tout ceci, voilà que les ministres de la défense de l'Europe réunis en Finlande envisagent de réduire leur présence ici. Car bien entendu, il y a un Protectorat international qui chapeaute tout ce bordel, un haut-commissaire qui a des pouvoirs exécutifs et qui fait tenir le vernis. Réaction d'une prof de français de Sarajevo à l'évocation d'un éventuel retrait des forces étrangères : « Ah non, ils font ça et moi, je me casse ! ».
Bref, la marmite boue, ça peut sauter mais il y a aussi une population déterminée à fair en sorte que les tristes événements ne recommencent pas.
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1 commentaire:
merci pour ce petit cours d'histoire en accéléré. Les conflits se suivent et s'effacent les uns les autres dans nos mémoires trop parcellaires. Je commence à comprendre les vieux qui ne jurent que par l'histoire pour y comprendre quelque chose dans ce monde de fou. Prends soin de toi.
Nadine
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