10.20.2006

Mon terrain à Srebrenica

Les médias locaux ont été un ingrédient dans la préparation de la guerre. Leur rôle est tout aussi essentiel dans le façonnement de ce qui sera une paix durable ou une occasion manquée. C'est le travail de ces journalistes locaux, et aussi celui des reporters étrangers, qui m'intéresse. Srebrenica est devenu un symbole de l'horreur de par le monde et les journalises y reviennent, la plupart du temps dans un but de commémoration du massacre de 1995. Cette semaine, j'ai suivi le travail de reporters nationaux venus assister à une conférence de presse du Programme des Nations-Unies pour le développement, qui gère des projets à Srebrenica, et ai aussi accompagné un photojournaliste étranger, en plus de mener des entrevues avec des journalistes qui redémarrent des médias à Srebrenica.
Je retiens ces paroles d'un vieux routier d'origine serbe qui a décidé, de concert avec un Bosniaque, de fonder un journal qui réconcilierait les communautés : « Ce que je vous souhaite très fort, mademoiselle, c'est de ne jamais connaître de guerre ».
Je retournerai à Srebrenica car il est un angle de recherche que je veux creuser davantage : le rapport entre les reporters et les victimes qui témoignent pour eux, dévoilant ainsi leur vie privée. « Comment vous sentez-vous, face à ces reporters qui frappent à votre porte pour recueillir vos mauvais souvenirs? ». Je songe à ce photojournaliste que j'ai accompagné pour la mission qu'il s'était donnée : retrouver un type rencontré deux jours auparavant pour lui demander de lui raconter de nouveau son histoire! Motif? « C'est le visage le plus expressif que j'aie rencontré ! Je veux qu'il raconte encore son histoire, pour photographier son visage ». Comme mise en scène, douteux. Je rappelle que ce témoin est un survivant d'un massacre à grande échelle et qu'il a perdu amis et famille!

Aucun commentaire: