11.05.2006

Nomination

J'ai été nommée à mon insu Présidente de la section canadienne d'une association multiculturelle de Bosnie. Ainsi en a décidé Gospoja, elle même présidente-fondatrice de la maison-mère. Et ce, en ma qualité de fille adoptive de la maison. Enquête interne en cours. En attendant, je plonge au fond de mon moi le plus profond (communément appelé « âme » en bon français) pour mettre à jour les sentiments que peut procurer ce nouveau statut. Seconde enquête interne en cours. Peu concluant pour l'instant.

Christelle m'a demandé récemment des détails sur le Kosovo, et du coup, je suis bien embêtée. Le Kosovo, théâtre (j'insiste sur ce mot) d'une intervention de la communauté internationale (lire : occidentale, OTANesque) en 1999, fait partie de la Serbie, issue de l'Ex-Yougoslavie. On y retrouve une importante minorité serbe et une majorité d'Albanais. L'entité, sous le coup d'une intrusion de la Serbie de Milosevic, a été « délivrée » par l'OTAN, dit la version officielle (à l'époque, les Chetniks serbes avaient le dos large après l'invasion de la Bosnie). Aujourd'hui, les Albanais du Kosovo (eux-mêmes divisés politiquement, c'est dire...) veulent leur indépendance au grand déplaisir de la minorité serbe. Dans les journaux albanais, on lit des histoires à propos de la méchanceté des envahisseurs serbes en 1999, et à propos également des exactions présentes de Serbes contre des enfants albanais tués, noyés, ect. Du côté de la Serbie, on raconte les mêmes histoires d'Albanais qui s'en prennent aux Serbes. Qui croire ? Je vous donne l'opinion d'un agent de renseignement de la Police de l'Union européenne rencontré hier (vive les joies du covoisinage) : il a passé deux ans au Kosovo, deux ans en Bosnie, est allé au Kosovo avec un préjugé favorable envers les Albanais kosovars (eux-même craints par les Albanais de l'Albanie...) et... a complètement changé d'idée sur le terrain. M'a raconté des histoires éclairantes à propos de noyades accidentelles d'enfants albanais et d'accusations gratuites portées contre des Serbes qui avaient malencontrueusement découvert les corps. C'est vérifié : il a mené l'enquête. Imaginez la propagande médiatique... M'a raconté aussi des histoires de villages serbes incendiés et avoué avoir de justesse échappé à un lynchage par des Albanais. Conclusion : la mafia albanaise locale (évitons ici de porter un jugement sur un peuple) dirige le jeu et profite de la sympathie internationale. Conclusion : dans les balkans, toute ethnie confondue, les minorités ont la vie très très dure.

Inutile de raisonner en termes de « quelle ethnie a raison ». Il faut penser : « à qui profite le crime » : mafias, politiciens véreux, seigneurs de la guerre. Il faut penser en termes de « pacifistes et tolérants » versus les « intolérants de toute origine confondue ».

Le Kosovo indépendant ? La minorité serbe boycotte actuellement les institutions. Pendant ce temps, les Serbes de la République serbe de Bosnie boycottent les pourparlers pour une réforme de la police bosnienne (eux aussi songent à leur indépendance et à leur rattachement à une Serbie qui... ne veut pas d'eux). Assez complexe. A retenir : le Kosovo pourrait avoir un effet domino.

Le policier rencontré au cours d'un souper de fête est l'un des plus fins limiers que j'ai croisés ici. Sa prédiction est assez sombre. A ma question : « combien de temps tu leur donnes ici avant que les troubles ne recommencent », il a répondu : «  10 ans ». Je commence malheureusement à partager son avis.

Reçu hier : le courriel d'une connaissance albertaine "Hope Studies Fellow". Elle étudie l'espoir chez les immigrants canadiens. Mon commentaire : "moi, je fais dans le Despair studies". Et comme toute Despair student qui se respecte, je retourne à Srebrenica pour 5 jours.

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