Annie ruinée
Le cauchemar a commencé vendredi à 7 heures du matin lorsque, pour la forme, je consulte mon dossier bancaire par internet. Soudain, le vertige : à sec! Vide, plus rien dans le compte courant, quelques milliers de dollars envolés, comme ça. « Virement manuel », indique-t-on en guide d'explication, le tout datant du 15 septembre. J'ai beau me creuser la cervelle, je ne me rappelle pas avoir eu l'idiotie de vider mon compte. Virement, virement, cela implique un déplacement, pas une disparition... cherche ailleurs, dans les autres comptes et pécadilles, toujours rien. En fouillant davantage, je découvre une seconde aberration : plus d'épargne-retraite, vide, envolé! Le vertige se transforme en angoisse. Je cherche, je cherche, je ne vois pas ; il s'agit d'une manip de compte, pas de visa, donc forcément, il n'est pas question ici de carte fraudée, à moins qu'Internet n'ait failli... Respire par le nez, respire. Il est 7 heures am, décalage de 6 heures, le gros bon sens me commande de contacter ma banque qui ouvrira... 8 heures plus tard. Je tente de me concentrer sur mes lectures, rien à faire je sors faire un tour, et me retrouve dans un quartier dévasté par la guerre. Le jeu de la relativisation se déclenche :
Annie-angélique « ils ont tout perdu : amis, famille, maison. De l'argent, c'est rien tous comptes faits ».
Annie-démone : « mouais, mais tout de même, ta mésaventure va signifier la fin de ta présence ici! Bonjour le terrain! ».
Annie-angélique : « des billets de banque ça se remplace, et puis, y a certainement une explication ».
Annie-démone : « hé l'angélus, tu te la fermes! On voit que du haut de tes nuages toutes dépenses payées, t'as pas besoin de gagner ta croûte!».
C'est une Annie ambivalente qui rentre de promenade quelques heures plus tard, avec un premier indice patent : comme j'avais donné instruction à une conseillère bancaire de renouveller des placements-retraites sous une autre formule, il est probable que le montant disparu ait été déplacé le 15 et qu'il n'apparaisse pas encore sur Internet. Cela n'explique pas le compte courant vidé de toute substance : peut-être que cette manip aura ouvert la porte à une fraude par internet, je le présume du moins. Dès son ouverture, j'appelle la banque, par téléphone normal : « Allo? ». Je les entends, eux ne m'entendent pas. Je rappelle trois fois, eux croient à du harcèlement téléphonique et me congédient. Essaie avec Skype. C'est pire. J'éclate de rire, c'en est trop. Appel à la famille pour intervenir pour moi. Rappelle à la banque, ça marche. Là, on confirme pour le placement : cela n'apparaît pas sur Internet, ils ont changé le tout, et l'onglet a été retiré et déplacé ailleurs et tutti quanti. Pour le compte courant : erreur de la banque, qui a aussi placé l'intégralité de mon compte courant !!!! Je fulmine, on promet de rétablir le tout sur-le-camp, on est désolé, ect. Fiou!
Vos nouvelles
Je les attends de pied ferme. J'en reçois par courriel et je suis bien contente ; ce qui me ferait plaisir aussi : recevoir des commentaires, même courts, sur ce blog (petit hyperlien bleu en bas de chacun des épisodes), histoire de savoir que je n'écris pas complètement dans le vide, que quelques amis me suivent une fois de temps en temps. Savoir aussi que ces commentaires seront consignés pour archives, et mis en contexte. J'ai changé le titre de mon blog parce que « dernière croisade », même en référence taquine à Indiana Jones, faisait trop péjoratif pour le monde musulman. J'en fais amende honorable, et j'envoie un clin d'oeil à Paul... J'aime bien ce titre-ci, qui se devait d'être provisoire mais qui finalement, se rapproche un peu plus de ce que je suis : celle qui surfe sur les accidents de parcours, sans réel but autre que d'apprendre, en tentant le plus possible de garder son sens de l'humour et de museler tant soit peu la démone et l'angélus qui la suivent constamment...
Oslobodjenje
C'est le nom d'un journal local dont l'histoire m'a tout de suite fascinée. Oslobodjenje (prononcer : « oslobodiennié »), qui signifie « libération », est un quotidien de la capitale qui a traversé le siège 92-95 avec courage et fermeté, refusant de clore ses activités, même sous les bombes, les morts et la destruction. Kemal Kurspahic, alors rédacteur en chef, réunit ses journalistes au début de la guerre pour leur lancer à peu près ceci : « Je ne peux pas promettre que vous serez vivants quand le siège sera terminé. Je ne peux pas vous garantir de récompense ou de promotion. Mais je peux promettre ceci : aussi longtemps que Sarajevo existera, ce journal sera publié tous les jours ». Il a tenu parole. Malgré les scribes décédés, malgré les destructions massives, les pénuries de papier. Je suis à lire cette histoire, en attendant une entrevue pour ma thèse, du moins je l'espère. Le plus remarquable : l'équipe du journal était de toute étiquette confondue (serbe, croate, bosniaque).
Kosovo
Ça brasse un peu chez le voisin. Boycott serbe des institutions. On craint qu'une déclaration d'indépendance ne vienne signifier la marginalisation des Serbes et même le rattachement éventuel de la majorité albanaise musulmane à l'Albanie. Appris hier : à l'approche des élections ici en Bosnie (le 1er octobre), l'entité serbe de Bosnie (je rappelle que la Bosnie est séparée en deux : fédération serbe, et fédération croato-musulmane, où je me trouve) menace de faire sécession pour un rattachement à la Serbie. J'évite de porter un jugement : encore une fois ici, la partie se joue non pas entre ethnies, mais bien souvent entre extrémistes et multiculturalistes. D'écrire Kurpahic : "pourquoi devoir à tout prix avoir une étiquette religieuse, alors que plusieurs d'entre nous vivons de manière séculière!". Bien honnêtement, je ne saurais même pas distinguer un Bosniaque d'un Croate ou d'un Serbe, sauf exception.
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1 commentaire:
Annie, je te lis avec énormément d'intérêt. Je vais devoir me discipliner car je commence à être dans le jus avec toutes tes histoires et surtout je ne veux rien manqué de ton périple. T'as bien raison de nous botter le cul un peu, on se contente de lire sans répondre.
Je te donne des nouvelles, pour le moment rien d'autre à dire qu'il fait froid à Fermont et que la forêt subarticque est magnifique en automne...bye
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