9.14.2006

Premières impressions

Je suis arrivée il y a deux jours. A première vue, Sarajevo s'impose comme une belle ville slave, très européenne, avec son centre-ville moderne enchâssé au creux d'une vallée, et ses flancs résidentiels, où s'entassent de coquettes maisonnées à toiture rouge. Une ville d'une relative petitesse (je dirais le Québec-fusionné), sise au coeur des montagnes et victime de sa géographie particulière : par temps chaud, comme c'est le cas actuellement, elle est recouverte d'un voile de smog très perceptible pour peu que l'on se trouve en hauteur. Ai croisé plusieurs habitants terrassés par des allergies, sans compter ce mal de gorge qui ne me quitte plus depuis mon arrivée. J'ai cru reconnaître la ville de Sofia, que j'ai brièvement habitée il y a six ans : il y règne cette même ambiance slave, faite d'odeurs des marchés et cuisines d'influence turque, des syllables fortes et saccadées des langues slaves, de ce curieux mélange de modernité et de bucolique. Sans oublier cette très présente explosion des cultures : les mosquées avoisinent les églises orthodoxes et catholiques, curieux mais pourtant heureux mélange des genres. Les femmes aux robes moulantes croisent dans la rue des dames voilées et une pléiade d'étrangers venus comme coopérants ou touristes. Une diversité que j'aime.

(pause)

Désolée, il me fallait écraser cette bestiole à mille pattes qui m'observait avec un peu trop d'insistance. J'en ai profité pour refermer la porte de la salle de bain, d'où j'entends un inquiétant bruissement d'ailes... celle-là, je m'en occuperai plus tard, en espérant entre temps qu'elle saura repartir par où elle est venue... Les insectes, ils finiront bien par s'éteindre puisque déjà, les nuits sont fraîches, promesses du froid à venir.

De retour parmi le monde des vivants... pour constater que Sarajevo a le panache des villes qui ont su perdurer et se relever des jours difficiles. Ici, nulle trace de la guerre. 10 ans après, la reconstruction a fait ses miracles, mais il suffit d'un oeil attentif pour découvrir l'horreur sous le manteau : près de mon nouveau chez moi, ce cimetière immense, blanc, presque trop neuf. J'y suis allée me ballader pour constater de visu l'évidence : tous sont morts en 1994 et en 1995, ce qui coïncide avec le siège de la ville par le général Ratko Mladic, toujours en cavale et dont on prévoyait (une fois de plus) l'arrestation cette semaine. 10 500 personnes sont décédées et 50 000 ont été blessées entre 1992 et 1995 alors que la ville était assiégée et coupée du monde. « Shoot at slow intervals until I order you to stop. Shell them until they can't sleep, don't stop until they are on the edge of madness », aurait ordonné le général. Les premières victimes : des personnes âgées qui auront connu sous l'ère communiste de Tito une relative paix interculturelle mais d'autres maux. Une ère communiste rejetée en bloc au début des années 80, mais qui inspire certaine nostalgie aujourd'hui. Le communisme était le contrat social qui devait en principe réunir des groupes disparates ; sa fin a signifié la montée des nationalismes. Mais la nostalgie est pernicieuse, il me semble : la Yougoslavie démantelée a été victime non pas de la fin du communisme en tant que tel, mais de l'anarchie qui guette toute fin de régimes, quels qu'ils soient.


La connectivité interculturelle

Elles étaient cinq... oui, cinq langues réunies dans mon salon, soit le serbo-croate, l'anglais, le français, l'italien et l'espagnol, personnifiées respectivement par une Canadienne parlant français, anglais et espagnol, un voisin coopérant italien (italien, anglais) et un couple de journalistes de Sarajevo (lui, Emir : serbo-croate, italien, français, anglais ; elle, Nina : anglais et serbo-croate). Vous me suivez? Le hic, c'est qu'il manquait bien une sixième langue, soit le langage informatique, pour parvenir à notre but ultime : l'installation de ma ligne internet. Qu'à cela ne tienne : après une heure de valeureux efforts, nous avons conclu qu'un détail (comme toujours) était sans doute en cause. Nina a suggéré de passer au plan B : le technicien informatique. Emir a appelé, et essuyé un tir groupé:
-Minute! De dire le technicien, vous allez commencer par faire taire la foule qui s'entasse autour de l'appareil. Coudonc, ils sont combien de langues à s'exprimer en même temps ? (traduction libre)
-Heu six, de mentir (à peine) Emir en riant. Mais désolé, on n'a pas le choix! La plus calée ici est ma copine Nina, qui ne parle que l'anglais, mais le clavier est en français, les instructions en serbo-croate, et en plus, seul l'Italien dispose de la même connection internet.
Pendant qu'Emir a procédé, grâce à notre plus ou moins précieuse assistance (la mienne consistant à traduire le système en anglais, et l'Italien à offrir un appui moral), nous nous sommes tous mis à nous gausser du choix de nom d'utilisateur d'Émir : Maxi.
-Qu'est-ce que c'est que ce truc? s'est enquit l'Italien.
J'ai alors émis une hypothèse, d'emblée acceptée par tous, à l'effet qu'Emir avait sans doute voulu faire référence à un lointain supermarché nord-américain, en l'honneur de ma visite (surtout) et celle (secondaire) de l'acteur Richard Gere, de passage pour le tournage d'un film.

Ma connection ? Si je vous parle maintenant, c'est qu'elle fonctionne, bien sûr. Ce qui boguait ? Un détail, comme prévu : une lointaine petite case de trop qui était cochée... Plus ça change...

Voisinage : imam et cie.

Mon logis est un coquet petit 2 ½ loué par un couple de retraités qui dispose d'une assez vaste demeure. Emir, qui y occupe également un appartement, m'a prévenu de considérer sa mère comme mienne. Si fait, elle a déjà entrepris mon éducation culinaire: jus et fruits frais, café espresso, plat tout préparé, j'y goûte dès que je la croise! Outre le coopérant, un autre voisin : un policier espagnol dont j'ignore s'il travaille comme un dingue ou s'il se la coule douce quelque part sur une plage de Croatie (paraît que c'est de saison...) puisque je ne l'ai jamais vu. Emir s'impose comme une ressource précieuse : il s'occupe de la maintenance pour ses parents, agit ponctuellement comme interprète auprès d'organisations internationales et organise des sorties montagnes comme moniteur de ski et de hiking. A bon entendeur, salut. Pour clore le chapitre, impossible d'oublier celui qui accompagne (plus qu'il ne provoque...) mon réveil à 5 heures du matin : l'imam qui occupe une petite mosquée au coin de la rue, et dont les appels chantés à la prière se glissent par la fenêtre de ma chambre.

Premières gaffes culinaires

Retour en arrière. Il y a six ans, à Sofia, je commettais l'erreur de commander l'équivalent de 50 sous en poivrons. Résultat : je me retrouvais avec deux sacs d'épicerie pleins à ras bord de ces poivrons certes fort comestibles, mais encore, à dose raisonnable! Hier, j'ai fait la preuve de mon incompétence crasse à apprendre de mes erreurs. Ai commandé pour 1$ de poivrons rouges et récolté, inflation oblige, un sac plein de légumes ! Arg! J'en ai pour deux semaines à m'en farcir à la douzaine. Aujourd'hui, j'y retourne pour commander des pommes. Je crains l'avalanche.

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