Registre « la vie de tous les jours »
Ai enfin aperçu mon voisin le policier espagnol, qui se trouvait en Espagne et non en Croatie. Sympatique, mais je ne suis pas certaine que le mélange des langues soit une bonne chose pour ma cervelle. Sport favori ces jours-ci : m'en aller marcher, et me perdre au retour, malgré une topographie de vallée quand même évidente!
Nouvelle loi de l'univers selon Annie : au Canada, quand on croise un tas de crotin d'ours frais dans le sentier, on reste vigilant. Ici, quand on croise une bouse de vache dans un sentier tout en haut de la ville, ça va, on sait que le terrain n'est plus miné depuis longtemps.
Il est des découvertes qui nous comblent comme être humains... se lier lentement d'amitié avec les enfants de la maison, conclure un pacte avec une mère de famille, pour un échange de leçons langagières, découvrir que notre hôte, qui a visiblement si bien traversé les âges, est un médecin adepte de l'agriculture biologique. Tour du jardin en compagnie de Gospodin (monsieur), qui cultive les fines herbes et les fruits avec un bonheur évident... Me faisant goûter un peu de ceci et un peu de cela, lui me nommait les fruits et plantes un à un, pendant que je répétais comme un perroquet.
Depuis quelques jours, fou comme mes compatriotes me questionnent à propos des pommes que je devais acheter. Ok, ok, je l'avoue : pour un mark de Bosnie (équivalent de ½ euros, ou 75 sous canadiens) -montant que je pensais raisonnable- j'en ai eu assez pour... terminer de remplir mon frigo.
Registre : « Images d'après-guerre »
Je ressens toujours une très grande pudeur lorsque je me promène avec ma caméra hors des attractions touristiques, surtout lorsque vient le temps de capter les effets de la guerre. Les tirs de mortier sont bien visibles sur les façades des maisons, et plusieurs demeures sont encore démolies et inhabitées, surtout celles qui se trouvent dans les flancs de montagne. Compréhensible : l'Armée yougoslave était embusquée tout en haut des montagnes, ceinturant ainsi la ville. Près de l'aéroport, subsiste le tunnel que des habitants avaient creusé de leurs mains pour se connecter avec le reste du monde. Un passage qui a sauvé bien des vies. D'autres édifices auront payé de leur beauté leur vocation musulmane : l'armée a effectivement sérieusement endommagé des bijoux bien ciblés, des mosquées entre autres ; l'hôtel le plus célèbre, le Holiday Inn, siège des journalistes pendant la guerre, a également reçu des salves mais a été rénové.
En 1991, la Bosnie-Herzégovine a déclaré son indépendance de l'Ex-Yougoslavie, un « oui » qui incarnait un rejet de la partition de l'entité sur des bases ethniques pour un rattachement à une Grande Serbie (visée de Slobodan Milosevic) ou une Grande Croatie. Un « oui » qui signifiait « nous, Musulmans, Croates catholiques et Serbe Orthodoxes de Bosnie, nous voulons continuer de vivre ensemble ».Un oui payé chèrement. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'assister à un « nous voulons revivre ensemble », même si la Bosnie est désormais séparée en deux entités, l'une serbe, l'une croato-musulmane. Et je commence à comprendre que la multiculturelle Bosnie-Herzégovine, c'était une poussière dans l'oeil des politiciens désireux d'asseoir leur pouvoir sur des nationalismes exacerbés. Les bons ingrédients d'une guerre : un État en déroute (après la chute du communisme), l'existence d'un marché de violence, des identités à manipuler, notamment par le biais de médias. Aujourd'hui, il y une pauvreté à endiguer, qui touche en premier lieu les personnes âgées sans allocations de retraites. Hier, ai croisé une vieille femme qui fouillait dans les poubelles à la recherche de quelques vivres. Une image qui frappe.
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