5.01.2007

Une Pentecôte à remonter

L'expérience aurait pu s'intituler « Borat chez les prédicateurs rwandais »... parce que oui, je me suis enfin décidée à assister à une messe pentecôtiste, dans la pure tradition des preachers américains. Une cérémonie de trois heures, s'il vous plaît, en Kyniarwanda-français. Ayoye. C'est Christine, doctorante belge en psychologie, qui m'a entraînée dans le vice, au grand amusement de mes colocs curés catholiques. Une incruste-convertie? Que non! Le pentecôtisme est un phénomène de société extrêmement révélateur des états d'âmes post-génocidaires, et c'est par souci de le comprendre que j'ai sacrifié mon dimanche matin.

Nous avons eu droit à une heure de chants, de danse, de prière et de transes, puis à deux heures de sermont, dont une heure complète consacrée au thème « il faut donner plus d'argent à l'église ». Il fallait voir la prédicatrice gesticuler, interpeller les gens : « vous avez deux billets dans votre porte-feuille, un de 100 et un de 1000 francs. Pourquoi avez-vous le réflexe de donner le 100 à l'église? Moi, je vous le dis, ceux qui donnent peu méritent peu ». Et moi, de glisser à l'oreille de Christine : « Muzungu, prépare-toi à cracher le magot, sinon on va se faire lyncher par Madame ». Et la prédicatrice de renchérir : « Il y a des gens qui préfèrent acheter des rideaux neufs plutôt que de donner à leur église! Il y a des gens qui, sous prétexte d'être pauvres, ne donnent presque pas. Moi, je vous le dis, les pauvres qui ne donnent pas, hé bien ils ne donneront pas davantage quand ils seront riches ».

Facile à dire... à des familles qui doivent bien souvent se contenter de bouffer des pommes de terre à tous les repas, faute de billets verts. Évidemment, Christine et moi avons vite été repérées par une « responsable du protocole » qui est venue se glisser entre nous deux pour s'assurer que le message divin était bien compris. « Nous avons besoin de 10 000 francs pour recevoir une chorale burundaise. Que les volontaires se lèvent et viennent porter de l'argent dans le panier ». La quête venait de passer, et les bizungu-visages-pâles avaient largement fait leur part. Nous sommes donc restées assises alors que la moitié des familles, pressées par les regards, se levaient. Il me semble avoir vu Miss protocole sourciller, mais je ne saurais lui prêter de mauvaises intentions...

Au sortir de l'épreuve, terrassées par la chaleur et la lassitude, Christine et moi n'avions même plus envie de pouffer de rire, tant la manipulation semblait grotesque. « Je viens à l'église car ici, nous sommes tous des frères, hutus comme tutsis », a glissé une mère de famille de notre connaissance. Il me semble que c'est là la question essentielle à poser : pourquoi et comment ces gens trouvent-ils du réconfort dans cette église? Pourquoi ont-ils délaissé le catholicisme ? Par quels mécanismes des rescapés du génocide et des génocidaires parviennent-ils à cohabiter au sein de ce groupe ? Faut-il surligner la manipulation des dirigeants sectaires ou bien, avec bienveillance, l'oublier au nom du réconfort que viennent y puiser des gens souffrants? Je n'ai pas trouvé mes réponses. Christine non plus.

Journalistes en fête

Depuis le début de mon terrain, j'observe les actions de formation journalistique menées dans le cadre d'une coopération Canada-Rwanda. Samedi, une petite fête a réuni les jeunes journalistes rwandais et leurs profs canadiens, des journalistes chevronnés qui évoluent notamment pour The Montreal Gazette et CBC television. Quelques images pour vous...

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Rebonjour Annie,

Sincèrement, tu n'es pas du tout ennuyante dans ton blog, et je me bidonne complètement, alors ne lâche pas!

J'ai été particulièrement étonné par ton message sur la retenue des Rwandais... c'est tellement vrai, et j'avais jamais compris ca par moi même! Quel dommage! :(

Je t'embrasse et déjà 2 mois que tu es là-bas? Ca passe tellement vite!

Pascale.

Annie a dit...

Pas deux mois déjà, non non non et re-non! Arg, ça va trop vite.
Tu sais, je pense que la réserve est parfois dissimulée par la curiosité envers les étrangers...
Hum, je ne repartirai pas d'ici en tout cas avant d'avoir fait la petite commission chez ton amie... j'attends juste l'occasion
Mirigwe
Annie