Intéressante est la perception qu'ont les Rwandais de leurs voisins immédiats, à commencer par le Congo. Après un séjour-éclair à Cyangugu (prononcer Tchangougou) en compagnie de Florent, agronome français et Vieux-du-village, son collègue rwandais reconnu pour sa sagesse, je dois dire que mon imagination est plus que stimulée. Vieux-du-village a passé 30 ans au Congo, c'est une source fiable, et les histoires qu'il m'a racontées ont été dûment approuvées par mes colocs curés. Voici en primeur les idées reçues sur le Congo :
« C'est l'anarchie totale et la fête en permanence »
« Ils mangent tout tout tout : insectes, serpents, animaux variés, plantes »
« Tout moyen est bon pour extorquer de l'argent. Même demander le baptistère des passants... pour leur imposer des amendes comme ils ne le portent avec eux! »
Au Rwanda, circule une légende urbaine : on fait référence à « l'article 15 du Congo », qui signifie « débrouille-toi comme tu peux ». Mobutu avait, un jour, décrété que les fonctionnaires coûtaient trop cher à l'État. De fait, il a décidé d'abolir les fonctionnaires et de les remplacer par... l'esprit d'initiative des habitants. « Débrouillez-vous! »
On raconte aussi qu'en période d'inflation galopante, les habitants devaient se promener avec des valises d'argent pour seulement acheter un pain, comme l'argent ne valait plus rien. Et le président, de déclarer fièrement : « Les Congolais deviendront tous millionnaires! »
Autre phrase demeurée célèbre : « Nos habitants ont un fusil et leur débrouillardise. Ils n'ont besoin de rien d'autre! »
On comprendra que pour nos Rwandais « flegmatiques », dixit père Faustin, le tout tient du Far West. Étrangement, des scènes qui me rappelle le Guatemala de 1997 tiens...
Cela dit, Georges, toujours partant pour une affectation au Congo?
Incruste prof de lycée!
Lors d'un voyage de 2 heures entre Kigali et Butare, j'ai eu le loisir de discuter en espagnol avec une soeur de Madrid. J'étais cuite. En arrière de nous, le directeur du département de journalisme de l'université et membre du comité de parent du Lycée international local nous écoutait religieusement, ébauchant quelque plan machiavélique.
Par un tournemain inexplicable, j'étais deux jours plus tard professeure d'espagnol d'une classe d'ados, pour une période de deux mois. Le comité de parents était au désespoir, dans l'incapacité de trouver un prof parlant à la fois français et espagnol. Et comme je suis incapable de dire non...
J'ai eu mon premier cours ce matin. Des étudiants disciplinés, polis, respectueux, gentils, qui vouvoient leur prof... wow.
Nyungwé
Ah, la forêt, ce qu'elle me manquait! Hier, j'ai accompagné une classe de photojournalisme à Nyungwé pour une longue randonnée parmi les singes et les arbres tropicaux. Magnifique. Faits saillants : la performance de Carine, étudiante un peu fièrepette qui s'est pointée en talons hauts et qui a réussi à compléter la rando de 4 heures sans se plaindre. Je confirme : chaussures encore vivantes.
Autre fait saillant : au retour, avons cueilli un autostoppeur, en fait un jeune militaire. Le jeune s'est assied sans prononcer un mot ni broncher. Ai demandé aux étudiants à la blague si je pouvais lui demander son nom et son emploi du temps dans la forêt et lui emprunter sa mitraillette pour maintenir fermée la porte du bus qui ne cessait de s'ouvrir toute grande au moindre virage. Vous avez déjà vu un Rwandais pâlir ?
Cela dit, les étudiants y sont allés d'une bonne blague : ils ont commencé à entamer une chanson de soldats. Réaction du militaire : pas un son, pas un geste. De m'expliquer en riant un étudiant : « Bah, il faut l'excuser, c'était une chanson de l'ancien régime... »
Moi j'mange
Je vais paraphraser le Wally Waller : Merci Cipro, merci.
Pour les néophytes : cipro est un antibiotique anti-turista efficace, vraiment...
5.16.2007
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