8.09.2007

Mon quartier (la suite)

Je m'habitue. Réveil à 6 heures le matin au son des dizaines de chauve-souris qui jasent. Hier, l'électricité a été coupée pendant plus de 12 heures parce que le proprio avait « oublié » de payer ses comptes. À part ça, quand je sors me promener à 19 heures à la noirceur, je dois m'habituer à la présence des 10 gardes de sécurité qui végètent aux entrées de maison, juste pour ma seule rue. Sans oublier les quelques militaires qui déambulent dans les rues, armés de mitraillettes et... les barrages routiers de la garde présidentielle la rue d'à côté. Enfin, les voitures qui déambulent discrètement et s'arrêtent parfois à ma hauteur ou à quelques mètres... Bon. Quoi faire de plus que de dire : « Bonne nuit » (muramuke) à tout ce beau monde? J'ai l'air tarte mais au moins, je suis polie!

J'ai mis au bas mot une heure à expliquer à mon voisin chinois qu'une de mes tantes a adopté trois petites chinoises. Un anglais laborieux. Il était tout content de discuter, son traducteur électronique à la main. <You are my teacher and I will become good good>, a-t-il lancé sous les regards amusés de mes autres voisins rwandais, fistons d'un ancien faucon des gouvernements respectifs de Habyarimana et de Kagame (un passage peu banal...). L'un des fistons se marie la semaine prochaine et tous les voisins, incruste, Chinois, Indiens, proprio, seront de la partie. Des personnages peu banals qui compensent franchement pour les quelques désagréments subis...

Chésie

En bon québécois, appelons cela une « run de lait ». Pascale, précieuse compatriote, qui a passé deux ans au Rwanda, n'avait remis une enveloppe à livrer à une amie rwandaise dans le besoin, une femme seule avec deux enfants. Noms de code : « Chésie » et un village « Gatagara ». Mission : trouver! En compagnie d'une jeune stagiaire québécoise, j'ai pris le bus, ai descendu au village puis, au prix de quelques phrases en kyniarwanda, me suis fait conduire en vélo jusqu'à la demeure de la brave femme qui, avenante, gentille et surtout, très émue, nous a accueillies au sein de sa demeure. Une visite essentielle, au coeur du vrai monde, là où les familles vivent à même le sol, sans eau courante, sans électricité, dans des conditions sanitaires précaires, pratiquement sans meuble...où la nourriture se limite à des haricots et des pommes de terre à tous les repas, 7 jours sur 7... Au Canada, même les étables sont mieux étriquées, c'est dire. Pendant ce temps à Kigali, nous, les étrangers, courons les piscines, les restos, les cafés internet, en béate admiration devant le développement vertigineux de la capitale...





7 commentaires:

Anonyme a dit...

Chère Annie,

Je viens de lire d’un coup tout ce que tu as écrit ces deux derniers mois (je n’avais pas lu tes messages depuis juillet...et je n’ai aucune excuse valable). Merci de partager tes réflexions et ton expérience. C’est généreux, émouvant et enrichissant.

Najia revient du Mali demain, après deux mois et demi d’absence.

Vous me faites rêver de l’Afrique!

Anonyme a dit...

Merci encore Annie pour cette mission de première importance.

Pascale.

Annie a dit...

De rien Pascale! Merci de m'avoir fait découvrir le vrai monde.

Charaf : tu viendras en Afrique, je le sais, et tu aimeras car tu saura reconnaitre la beauté, la richesse et l'émouvante fatalité de ce continent magique. Je te souhaite des retrouvailles émouvantes avec ta belle!

RVeur23 a dit...

Je tiens aussi à te remercier même si je ne te connais pas pour cette "mission"... des fois j'aimerais tellement me reveiller la-bas...

Annie a dit...

Cher rêveur,

Nous avons tous pour mission d'aller porter un colis secret à quelqu'un... que ce soit au Rwanda ou à l'Ancienne-Lorette.
Quelque part, tous, nous avons ce pouvoir de combler de joie un humain... n'est ce pas charmant?

Anonyme a dit...

Quelle journée incroyable, tu te rappelles la balade en vélo taxi à travers toutes ces collines remplies de bananiers et d'enfants souriants.

Je me sentais si loin de ma vie à Québec et de tout ce que j'avais pu voir auparavant.

Je n'oublie pas l'accueil que nous avons eux chez cette dame cette journée la, c'était merveilleux.

Annie a dit...

Ma chere Jessica,
Oui, un beau souvenir partage en ta compagnie, mais aussi un souvenir difficile, car dans nous en sommes ressorties conscientes de notre propre chance de vivre dans la facilite n'est ce pas?