6.22.2007

Scènes de ménage

La vie avec trois pères (dont un Burundais), les invités occasionnels, deux cuisiniers, trois veilleurs et une blanchisseuse (j'oublie aussi le coupeur de bois) regorge d'anecdotes les plus folles les unes des autres, et qui en révèlent souvent beaucoup sur la dynamique locale.

Les cuisiniers d'abord : ils se relaient aux 15 jours. Joséphine, taciturne, timide et -je le soupçonne- un peu hypocrite et rapporteuse, se montre d'une efficacité digne de mention. Son travail est impeccable, ses petits plats variés et bien parfumés. Le Père Faustin la taquine souvent, et parvient à lui arracher un sourire... mais en même temps, mon intuition féminine me suggère que quelque chose chez elle sonne faux. Sa conscience du travail bien fait en est une naturelle et n'a rien à voir avec quelconque sympatie pour ses patrons...

Emmanuel : quand il a son tour de travail, je me pousse plus souvent qu'autrement. Il est bouffon, gentil, plus souriant, mais il est d'une paresse indélébile : il peut nous servir du boeuf pendant cinq jours consécutifs, sans souci de diversité, sans oublier les petits insectes que nous trouvons parfois dans sa nourriture à lui... Pris en flagrant délit de vol de denrées à quelques reprises, il a été grondé par ses patrons plus souvent qu'à son tour... mais il recommence toujours au bout de deux semaines.

La palme de la paresse revient aux deux veilleurs de nuit qui dorment tout le temps. Comme dirait le Père Caillot, recteur désabusé, « leur présence est symbolique et dissuasive ». Je me demande pour qui. Ils sont tellement invisibles, tapis dans le noir et profondément endormis, que même une armée de guérilleros pourrait envahir la cour sans les voir et sans être inquiétée.

Hier soir, un conduit d'eau a éclaté dans l'appartement du recteur, voisin du mien. L'eau s'est infiltrée sous sa porte, sous le nez du veilleur profondément endormi, que j'ai dû moi-même prévenir. « Ikibazo y'amazi! ». Il a hoché la tête et... est resté assis. Pas dans sa description des tâches, je présume. Emmanuel était en fonction : arg, pas de chance. J'ai couru prévenir le Père Faustin, qui a fini en désespoir de cause par ordonner aux veilleurs de fermer l'eau. Le Père Faustin, furieux, de dire au recteur un peu plus tard: « Tu devrais parler à tes veilleurs! Je me demande sur quoi ils veillent! ».

Moi je le sais : ils veillent sur les aléas et les habitudes de la maison. Les ragots des employés de maison voyagent à la vitesse de la lumière... des employés qui gagnent une bouchée de pain, moins de 20 dollars US par mois, alors qu'un sac de pain coûte 10 sous, mais une carte de téléphone 10$, un livre 10 à 20$... une société à deux vitesses, où tous les biens de la modernité sont au tarif occidental, et sont donc inaccessibles pour la masse. Les maîtres, qui vivent dans une oppulence relative, peuvent se permettre d'embaucher un tas de personnes, chacune pour le prix mensuel de deux cartes de téléphone hebdomadaires. Il et vrai que l'absence d'électroménagers ici rend nécessaire la présence d'employés de maison... mais il reste que les salaires misérables qui sont versés contribuent à laisser une classe dans la pauvreté, de même qu'à attiser les convoitises. Oui, le conflit de classe ici est plus qu'apparent, et se voit au jour le jour...

2 commentaires:

Souvenirs retrouvés.... a dit...

Wooowww! ok..je viens de rattraper quelques mois de tes périlleuses aventures....encore une fois cousine, tu écris bien, à merveille! Ha oui..bonne St-jean Annie, mais toi tu l'as probablement tres loing Mr. Baptiste présentement!! :)
En te souhaitant le moin paresseux de la gang, soit prudente, je vais tenter de te suivre plus régulièrement. Dernière chose, nous sommes maintenant deux 'laserifier' dans la famille, he oui, la myopie est une chose du passé pour moi aussi, and i enjoy it a lot!
Ton cousin Charles, xxxx

Annie a dit...

ah ah ah, je le savais, cousin, que tu appécierais ta nouvelle vie de lasérifié. Se débarrasser de la myopie, c'est s'ouvrir la porte du paradis. Pars camper, admire le feuillage, et tu ne verras même plus la nature de la même manière. Psssst, en passant, ce sera encore beaucoup mieux 6 mois après... alors imagine! Club Med garanti. Moi je savoure ma chance encore tous les jours.
Cela dit, merci pour le compliment, vraiment. Mais si je pouvais écrire tout ce qui me traverse la tête sans retenue, j'en aurais encore pas mal plus long à dire.
Le ti-St-Jean Baptiste, je l'ai un ti-peu loin effectivement, surtout qu'il me vole des correspondants. Personne ne m'écrit ces jours-ci, donc je présume qu'il fait beau à merveille et que tous sont partis camper, yeux lasérifiés ou pas...
Je t'embrasse cousin!