4.01.2007

La vache-qui-rit

L'incruste chez les pères de Butare

Ça y est, j'ai trouvé la solution facile à mes envies de me loger sans trop d'obligations (employée, achat de meubles, impossibilité de changer de ville assez facilement et sans trop de préavis) : je louerai une chambre chez des pères, à l'instar de professeurs de passage à l'Université nationale du Rwanda, du moins pour les deux-trois premiers mois. Après, on verra si mon terrain se déplace ou pas (vers Kigali, idéalement).

Il me fallait au préalable rencontrer le prélat local, en compagnie de mon intermédiaire Michel. Le père voulait me jauger au préalable, et j'avais instruction de dîner en sa compagnie, de parler pluie et beau temps, avant de passer au vif du sujet ensuite. Exercice périlleux au départ, le père jasant fort peu et scrutant ses vis-à-vis d'un regard de biais, par-dessus ses lunettes. Michel s'est mué en carpe, ce qui n'a guère aidé. Je croyais les choses mal embouties, essayant de démontrer plus ou moins subtilement que j'étais une bonne fille, disciplinée, quand, peu à peu, les conversations ont évolué, de même que la journée. À 20 heures le soir, j'avais mon logement et nous rigolions tous les trois devant une bouteille de whisky, avec trois autres pères très canadianistes. Nous avons aussi jasé génocide, un incontournable. Michel a perdu ses 6 frères et ses parents. Ne lui reste plus qu'une soeur. Ses frères ont péri parce qu'ils tentaient de fuir le pays.

« L'assassin de ma famille est en liberté, parce qu'il a demandé pardon au président de la République. Si je le croise... »


L'Hôtel des Mille collines

Il est connu de par le monde, cet hôtel au sein duquel la Gentille d' Un dimanche à la piscine à Kigali travaillait. Je m'y suis pointée le quatrième jour de mon arrivée, parce que le conseiller politique de l'Ambassade canadienne m'avait parlé d'un séminaire sur le journalisme d'investigation appelé à s'y dérouler. Information tronquée : comme le séminaire avait pris fin la veille, je me suis retrouvée en pleine conférence nationale de lutte contre le SIDA.

Toujours est-il que j'ai relevé deux énoncés de la maîtresse de cérémonie qui m'ont fait tantôt rire, tantôt tiquer. La première perle a été lancée lors de la présentation de l'horaire des conférenciers :

« Demain, nous allons parler de l'excision. Oui, comme ça fait mal, il faut le faire »

Éclat de rire général dans la salle, on s'en doute. L'autre perle m'a semblé plus inquiétante, s'agissant du contrôle des universités :

« Que la recherche soit passée à la présidence de la République, cela est un bon indice de l'importance qu'on accorde à la recherche ».

Hum, une fleur à l'indépendance du chercheur avec ça ?

Le Mannequin

C'est ma faute, voilà qu'un pasteur du nom de Dominique se voit affublé d'un nouveau surnom.

Tout a commencé lorsque Théo et Michel m'ont fait rencontrer ce pasteur président du Conseil de presse. Ils m'avaient averti : le pasteur, un amateur de bonne chair, avait un ventre plutôt proéminent. À ma grande surprise, le pasteur était on ne peut plus normal, c'est à dire légèrement arrondi, du moins d'un point de vue nord-américain. Après l'entretien, je ne peux m'empêcher de lancer aux deux compères :

– Hé! Mais il n'a pas de ventre, le père Dominique. Comparativement aux Américains, c'est un mannequin!

Les deux ont bien ri. Je croyais que l'histoire allait en rester là. Erreur. Michel le boute-en-train, qui connaît tout le monde à Kigali, a appelé Théo le lendemain pour lui annoncer qu'il rebaptisait officiellement le pasteur « Le Mannequin » et que... la plaisanterie avait déjà fait le tour de la ville. Je n'ai pas trop de mal à y croire, connaissant le personnage.

Les vaches hurlantes

Théo a bien dormi cette nuit, je pense, si j'en juge par la franche rigolade qui a salué son saut au lit. Tout comme moi, Théo dort comme une buche et est un lève-tôt. « Seul le chien a le pouvoir de me réveiller pendant la nuit. Mon subconscient fait son oeuvre », m'a-t-il dit hier soir, alors qu'il éteignait les lumières. Et votre incruste de rétorquer bêtement : « Ah bon, c'est donc une question de sécurité, et non de bruit. Alors si c'est une vache qui hurle, tu ne te réveilles pas ? ».
J'en pousse encore deux comme ça, et Théo m'expose dans un zoo. Je vous enverrai des tickets.

2 commentaires:

Stef! a dit...

Tu connais déjà mon adresse pour les tickets. C'est toujours plaisant de voyager pour de bonnes raisons ;-)

Annie a dit...

Ah ah ah, Stef, toujours prêt a appuyer les bonnes causes...