« Est tutsi un homme qui : est de la lignage d'une des grandes familles nobles tutsi ; possède au moins 10 vaches ; mesure 1m80 minimum. »
Ça, c'étaient les critères de début du 20e siècle, qui servaient à distinguer grossièrement
les tutsis des hutus, ces derniers condamnés à servir les premiers. Une classification en castes qui menait à en déclasser plusieurs, y compris tutsis, il faut dire.
En principe, un tutsi était plus grand, plus mince, stratège, avait le nez étroit, le teint plus clair, exerçait le métier d'éleveur ; le hutu, plus petit, trapu, nez épaté, grand travailleur, exerçait le métier de cultivateur. Il se mettait au service d'un tutsi et n'était pas exempté des corvées.
C'était avant la révolution démocratique, sensée abolir ce servage.
Aujourd'hui, tout ceci est encore plus caduque : après tant de métissage, il est souvent illusoire de distinguer un tutsi d'un hutu, même si des traits de caractères issus de leur socialisation différente (et leur rapport à leur identité) sont toujours apparents. Tenez, par exemple, j'étais persuadé que Michel était un hutu, à cause de son visage et parce que il est petit et rond. De même, Théo, du haut de ses deux mètres, était de mon point de vue un tutsi. J'avais tort sur toute la ligne : Michel est tutsi et Théo est à la fois tutsi de mère et hutu de père. « Mais nous, on le sait instinctivement », de m'expliquer Théo. Tout serait dans l'attitude.
Les tutsis, dont plusieurs aujourd'hui sont issus de la dispora ougandaise (ce sont les enfants des tutsis qui avaient fui lors de la révolution des années 60), forment environ 14% de la population. Ce retour des réfugiés, anglicisés et admis aux plus hautes fonctions (y compris présidentielle), est tout de même un choc pour les tutsis francisés de l'intérieur, qui eux sont les survivants du génocide.
J'ai demandé à Théo pourquoi se faisait-il que, depuis mon arrivée, je n'avais noué de liens qu'avec des tutsis francophones, eux qui composent finalement qu'une maigre proportion de la population. Il a eu un petit sourire: « parce que c'est nous qui t'avons réseautée. » Morale de cette histoire : qui se ressemble s'assemble. Mais Théo m'a promis de m'amener du côté de sa famille paternelle hutue, en campagne.
Traditionnellement, la minorité tutsi était plus éduquée, il faut dire, y compris aux langues. Un phénomène déjà constaté au sein d'autres minorités, y compris en Occident, où l'on compense le faible nombre par une importance accrue accordée à l'éducation. J'évolue dans les milieux universitaires, voire urbains, qui ne sont pas représentatifs de l'ensemble. De plus, de nombreux intellectuels hutus ont migré vers d'autres cieux.
Ce que j'aime du Rwanda
Les fruits de la passion, les ananas et les papayes, parce que tout goûte meilleur. Je n'incluerai pas les bananes dans cette liste car je suis écoeurée d'en manger à chaque matin.
Le café et les brochettes de mouton
Le climat de rêve : du soleil à tous les jours, et des pluies récurrentes tout juste rafraîchissantes.
Les repas avec mes colocs curés, parfois arrosés d'un bon vin rouge
L'accueil chaleureux, le sens de l'amabilité, l'esprit de famille
La nature : les fleurs, les palmiers, les mille collines, les cigales qui chantent le soir
La rareté des moustiques à Butare
L'Université nationale du Rwanda : pour son arboretum, où vivent de petits singes
La solidarité et le sentiment d'une ristourne sur mes impôts : enfin un ambassadeur canadien qui prend la peine de réseauter ses compatriotes
La sagesse des soeurs canadiennes
La marmaille de Laurien
Théo
Les promenades nocturnes, dans le noir, dans les routes de terre sans lampadaire, sous un ciel étoilé
Ce que je n'aime pas du Rwanda
Tomber dans une bouche d'égoût, lors d'une promenade nocturne, parce qu'on n'y voit rien à rien et qu'on a oublié sa frontale (ça va, rien de cassé).
La friture, les petits pois verts et les fèves, aussi dégoûtants qu'au Québec
Les enfants qui nous suivent comme des écureuils : « Ma'am, ma'am, argent, argent ». Parce que ça fait pitié. Parce que je sais que donner à un enfant en attirera 100 autres, et qu'en plus, il se fera racketter.
Le mot « muzunga » pour désigner la blanche, objet de curiosité et de convoitise
Le chien qui jappe tous les matins entre 4h et 5h. Sans doute pour réveiller le coq qui lui, prend le relais ensuite.
Les soupers à 9 heures le soir.
Le passé génocidaire
Voir une fillette hystérique craquer lors des commémorations du génocide à Murambi
L'odeur du formol sur les squelettes amputés
L'impression de vivre dans le film 1984 en permanence
La (fausse?) naïveté de bien des Occidentaux

3 commentaires:
SALUT ANNIE
TOUJOURS INTERESSANT D ALLER SUR TON BLOG ET DE TE SAVOIR EN BONNE FORME! JE RESTERAI A SARAJEVO JUSQUE DECEMBRE 2007... MA FEMME CONTINUE DE NE PAS ME CROIRE !!!SINON ICI J AI BEAUCOUP DE TRAVAIL
A BIENTOT
FRED
Bonjour Fred!
Contente d'avoir de tes nouvelles. La Bosnie c'est une maladie, je me demande si tu finiras par en sortir! Quant a moi, j'ai toujours projet d'y retourner! Bon travail alors, et bonnes promenades a cheval!
Annie
Comme tu dis je suis très infecté...déja 5 ans. Plus dur sera le retour...!!! Prends soin de toi. Pour la petite histooire équestre je suis tombé la semaine dernière pour la première fois...Mes fesses s en souviennent encore mais chutttt...!!!
A plus et bon courage
FRED
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