12.30.2006

Sous bonne escorte

Sarajevo a finalement eu raison de l'incruste.

Pour être certaine qu'elle allait bel et bien quitter bon port, la police locale a fait appel à un commando spécial de la Mission de police de l'Union européenne et dépêché Raphael et Frédérik, deux agents sommés d'embarquer manu militari l'incruste dans un avion direction Munich. Le tout, avec la charmante complicité de Dame Nature qui a varlopé le brouillard et ainsi facilité le décollage.

L'incruste était cuite, les jeux étaient faits.

Aura-t-elle pour autant oublié Sarajevo ? Erreur. En attendant d'autres destinations, plus ou moins connues, reste encore quelques histoires à raconter, comme quoi tout départ force parfois la note.

Dernière leçon avant de partir : sur l'amitié.

Fikret est un guide de montagne bien connu ici. L'amitié, il connaît. Depuis des années (il se plaît à se dire vieux...), il amène des expats en montagne histoire de faire découvrir les beautés naturelles de Sarajevo et des environs. C'est ainsi que j'ai pu, à chaque week end, embrasser les vertes et les mures collines, capturer des images inoubliables, en excellente compagnie.

Pour un guide de montagne, un lendemain de guerre miné est une hérésie, un hold up, un sous-développement durable, un handicap pour l'avenir. Il en reste près d'un million au compteur, de ces mines meurtrières, qui polluent montagnes et forêts. Elles sont un crime perpétuel, perpétré contre les générations futures.

Chose moins connue : il y a des cerveaux qui ont également été minés.

Minés ?

Bien sûr : sinon, comment expliquer que des amitiés vieilles de 30 ans aient pu être reléguées aux oubliettes, du jour au lendemain ? Demandez à Fikret, qui se plaisait tant à parcourir ces mêmes montagnes aujourd'hui minées, avec son vieux pote d'enfance, d'humain à humain, et non de Bosniaque à Serbe.

Un jour fatidique, quelque part dans un bivouac en montagne...
- Hé! C'est qui ton ami ? C'est un musulman non ?
- Heu... oui, mais... lui, ce n'est pas un musulman comme les autres.

Le musulman, c'était Fikret qui, tout à coup, voyait son pote serbe sommé de s'expliquer cette amitié.

Puis, la descente aux enfers. Le pote qui ne le reconnaît plus dans la rue. Le pote qui fait la pute et s'embrigade dans l'armée. Le pote qui devient un Sniper, chargé de tirer à vue sur des civils de Sarajevo.

Au final, le pote qui meurt.

Deux versions à cette histoire. La première : il a été tiré dans les forces de défenses bosniennes. La seconde :

- Certains disent qu'il s'est tiré une balle dans la tête.

Fikret ne l'a pas dit, mais j'ai comme cette intuition... qu'il aimerait croire très très fort, comme on croit au Père Noël, en cette deuxième version.

Cela voudrait dire... en quelque part, que des restes humains émergent des cerveaux minés...

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