12.07.2006

Petits meurtres entre amis

Une guerre implique un jeu d'intérêts politiques et économiques croisés, s'appuie sur une propagande organisée et une utilisation intéressée de l'histoire. Mais après avoir lu des tas de bouquins sur la Bosnie, je vois mon incompréhension grandir jour après jour. Et je ne suis pas la seule. Je me souviens de cette coopérante locale qui, depuis son bureau de l'International Office for the Missing Persons, me parlait des cas affreux de disparitions d'enfants. « Je ne comprends pas. On a trouvé des petits corps crucifiés... tu ne peux pas imaginer ». Elle hochait la tête, complètement dépassée par les événements.

En 1997, pendant un séjour au Guatemala, également marqué par une guerre fratricide, j'ai compris un truc : je ne pouvais cautionner aucune action violente, même venant de la part d'autochtones chassés de leurs villages, je ne pouvais succomber à l'attrait romantique que représente encore aujourd'hui les guérillas guévaristes, parce que je crois dur comme fer que notre devoir comme êtres humains est de résister à la violence tant que nous en avons la possibilité. Nous pouvons essayer de comprendre la violence mais n'avons pas le droit de la cautionner au nom de la souffrance des autres. Nous ne pouvons endosser la violence de gens, sous prétexte qu'ils souffrent, sous peine de perdre notre propre innocence. Et cette virginité morale, elle est nécessaire. Que serait le monde sans innocence ? Rien de moins qu'une société sans enfant.

Être frappé d'incompréhension face à une guerre, c'est en quelque sorte y opposer une virginité. Rassurant. En même temps, je crois qu'il est impossible de saisir les causes d'une guerre sans une plongée dans les localités qui en sont victimes. Car une guerre, au-delà de toute bougie d'allumage politique, est avant tout vécue de l'intérieur. Une fois le prétexte trouvé, c'est la rapine, le gangstérisme, qui se saisissent du conflit, le mettent en application... en fait, la guerre devient un prétexte pour exécuter des basses oeuvres, pour régler des comptes personnels.

Le jeune serveur de Srebrenica : le beau-père a exécuté sommairement l'ancien amant de sa femme, quelle coïncidence... Mahir, épatant musicien bosniaque, une histoire longue comme le bras, a été gravement blessé par un ancien prof. Qu'à cela ne tienne : ce prof l'avait jadis battu à l'école. Réaction musclée du père de Mahir : « Ne touche plus à mon fils, ne le regarde même plus, sinon tu auras affaire à moi ».Voilà que la guerre survient, la brute devient chef de guerre, croise l'ancien élève et hop, lui tire dessus! Les dirigeants politiques ne sont pas des imbéciles : ils ont compris que les gangsters font les meilleurs meneurs de troupes.

Voici un aperçu des montagnes bosniennes, parce que je ne fais pas qu'explorer les bas-fonds de la nature humaine... hé hé... je célèbre aussi les beautés de la Nature avec un grand N, en bonne compagnie.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

bien intéressant ton commentaire sur la guerre. Je pars en excursion demain matin a 4h00 pour toute la fin de semaine et je passe par Chajul dimanche. Pourquoi, je n'en ai aucune idée, surtout que le climat politique n'est pas à son mieux ici au Guatémala, pire qu'en 2002 lors de mon premier séjour. En allant au chantier ce matin, j'ai assisté a une fusillade live dans la capitale, assez freakant... A ce qu'il parait le guatémala est devenu la plaque tournante du traffic de drogue en Amérique Central (laxisme politique???) et les gang de rue sont maintenant partout selon les habitants avec qui j'ai discuté C'est un reglement de compte de compte en mafioso ce matin...

ciao
Éric

Annie a dit...

Une des raisons pour lesquelles je n'ai pas remis les pieds dans ce pays pourtant magnifique. En 1997, c'était l'euphorie de la paix. Mais des signes naissants laissaient prévisager du pire : comme quoi l'après-guerre est parfois pire que la guerre. Je ne suis même pas étonnée. Que sont devenus les anciens combattants, élevés dans la culture de la violence? Ce sont eux que tu croises dans les rues de la capitale, gun en poche et poudre au nez...