10.28.2008

Le Congo, encore

C'était si prévisible.
Entre secrets de polichinelle et initiatives de paix utilisées comme autant d’outils de guerre, les conflits de la région des grands lacs sont modes de vie, éléments de déstructuration continuelle, « nécropolitiques», pour emprunter l’expression d’Achille Mbemb.
Depuis quelques jours, quelques courriels d'amis congolais un peu affolés.
Je dis un peu, car après tant de feu aux poudres, l'affolement est devenu une habitude et le fatalisme, un ami proche.
D'abord Sam, journaliste à Radio Okapi, une petite station protégée par les Nations Unies. Il est en beau fusil. Pourtant, je ne l'avais jamais vu autrement que joyeux.
Mon amie Alyce-aux-mangues, qui pratique son métier au sud Kivu. Encore à l'abri des coups de feu. Pour l'instant.
Enfin, Louis, qui a quitté la paisible Université Laval pour retourner auprès des siens, en pleine zone de guerre.
Ce soir, un reportage au Téléjournal faisait état d'un million de déplacés. Un million. J'étais heureuse qu'enfin, on parle de ce conflit oublié. Mais je savais aussi que c'était là le signe d'un glissement irrécupérable. Lorsque le Téléjournal s'intéresse à un conflit africain, c'est qu'il est déjà trop tard.
Nous le savions. Nous l'avons toujours su. Nous savions ce qui s'y tramait : marchés de violence, armes, rôle des puissances, ressources naturelles, et cet incontournable Rwanda. Le Rwanda, encore et toujours.
Je n'ai jamais rien dit, jamais critiqué, parce que j'étais dans l'antre du loup et aussi parce que j'avais trop d'attaches. J'ai préféré parler en paraboles, je continue de le faire, tous dans la région le font, ils ne font que ça, fermer leur bouche, pour se préserver, pour sauver leurs familles, pour préserver leur avenir, car le maquisard d'aujourd'hui sera peut-être le leader de demain. Et parce que les leaders ont la mémoire longue et la gachette facile.
http://www.africatime.com/rdc/index.asp

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