11.27.2006

Belgrade

Les Anglais ont ce mot qui saurait si bien la décrire : gorgious. La capitale de la Serbie, Belgrade (ville blanche) en est une moderne, fonctionnelle, majestueuse, même qu'elle frise l'arrogance, petit reproche. Son centre-ville, très européen, me rappelle Bruxelles, la vie le soir se veut trépignante, branchée. En 24 heures, je me suis permise une orgie de visites : tour guidé en voiture, entre quartier bohème, institutions gouvernementales, citadelle le long du Danube (un clin d'oeil à Québec...), résidences royales (la vraie, mais aussi les autres, celles des Milosevic –détruite- et autres Lords of the War,...), et, enfin, rue principale bombardée par l'OTAN en 1999. J'ai complété le tout par une longue ballade à pied dans les remparts de la ville, au musée de l'ethnographie, sans oublier cette soirée Festival de courts métrages à l'Institut français de Belgrade.

Je viens de Sarajevo, cela ne laisse pas indifférent. Milosevic a téléguidé la guerre de Bosnie depuis son confort belgradois. À l'Institut français, une professeure me lance : “Nous avons ouvert nos portes tout au long de la guerre de Bosnie, nous tenions à être un refuge pour tous ceux qui pensaient encore! Nous avons protesté dans les rues. De nombreux journalistes ont été emprisonnés. Quand l'OTAN est intervenu, il était trop tard.” Même que l'institut a subi des dommages...

Pour mémoire, le défunt président Slobodan Milosevic, que la mort a tiré des griffes du Tribunal pénal international de La Haye, a entraîné sa Serbie dans sa mégalomanie insensée. Désireux de réunir les minorités serbes de Croatie et de Bosnie (et avant, la Slovénie) au sein d'une Grande Serbie, il a déclenché une agression contre la Croatie avant de lancer les hostilités en Bosnie. En 1999, le Kosovo, territoire majoritairement albanais en Serbie, a aussi fait l'objet d'une attaque de l'Armée serbe qui a déclenché l'ire et le bombardement de l'OTAN sur Belgrade, en riposte. Rien de réglé au Kosovo, où une haine viscérale a coloré les relations et alliances entre Serbes et Albanais, y compris pendant les guerres mondiales. Mais comme pour tout conflit, il s'agit avant tout d'une guerre entre pacifiques et belliqueux, entre ceux qui succombent à la haine et ceux qui croient en une forme de civilité. Et je crois cette femme de l'Institut français quand elle me dit que nombre de Belgradois, fort au courant des manoeuvres de Milosevic, ont refusé de succomber à la propagande. Ils ont souffert, leur nom a été entaché. Ils ont voulu la fin d'un régime, mais le prix à payer, soit le bombardement, ils n'ont pas demandé...

Au musée de l'ethnographie, je suis soufflée de constater à quel point la culture serbe a intégré les cultures européennes (surtout française), slaves et aussi arabes. Les nationalistes guerriers comprennent-ils à quel point tuer l'Autre, c'est déjà se tuer soi ? Quelle part d'eux-mêmes ont-il cherché à exorciser ? Du coup, je conçois cette souffrance des justes, mais... me reste ce malaise. Au musée, on explique que l'exposition des coutumes vise à “démontrer l'existence d'une unité serbe”. Je veux bien croire à cette culture, mais je doute qu'elle soit uniforme et qu'elle n'admette pas une identification à d'autres ensembles. Cela vaut pour toutes les nations. Et je ne comprends pas que ce musée puisse inclure une carte de la “serboculture” incluant Sarajevo... mais omettant certaines minorités serbes ailleurs dans l'Ex-Yougoslavie.

J'étais à Belgrade quand j'ai appris, par TV5 Monde, que Harper admettait l'existence de la Nation québécoise au sein du Canada. Quelle ironie. C'était admettre l'évidence. Admettons donc l'évidence ici aussi... mais n'oublions jamais que rien au monde ne justifie une guerre, même pas les évidences...

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Intéressant... Belgrade a l'air pas mal différente de l'idée que je m'en faisais.